Joe Biden et les Palestiniens

Le vice-président américain Joe Biden rencontre le président palestinien Mahmoud Abbas, à Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mars 2016. Photo de FLASH90
Le vice-président américain Joe Biden rencontre le président palestinien Mahmoud Abbas, à Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mars 2016. Photo de FLASH90
Si la défaite de Trump a déçu la droite israélienne qui s’attend à des jours difficiles avec l’administration américaine, les Palestiniens ne croient pas à un changement notable de la politique américaine à leur égard car le soutien indéfectible des États-Unis à Israël est une constante intangible.
En revanche des changements politiques internes peuvent intervenir au sein de l’Autorité. En particulier, Mahmoud Abbas avait prévu des élections en accord avec le Hamas mais rien ne sera entrepris avant l’installation de Joe Biden à la Maison Blanche., donc en 2021.

Les Palestiniens préfèrent attendre de connaître les réelles intentions américaines au sujet de leur conflit. La pression pro-israélienne de l’administration Trump avait poussé Mahmoud Abbas à se rapprocher du Hamas en entamant avec lui des pourparlers de réconciliation et en promettant des premières élections en Cisjordanie depuis 2006, pour rompre sa solitude.

Mais il ne peut plus prendre de décision brutale qui risque de détériorer ses relations avec Biden. Il attend de voir l’attitude américaine face au projet d’annexion de la Cisjordanie.

Mais comme le Hamas est classé organisation terroriste par les États-Unis, l’autorité ne prendra aucune mesure qui pourrait affecter le retour de bonnes relations avec la nouvelle administration américaine. Le Hamas risque donc d’être le perdant des élections américaines.

L’optimisme qui a prévalu lors des réunions des factions à Beyrouth le 3 septembre n’est plus de mise. Le Hamas vient de comprendre que son rapprochement avec le Fatah était tactique après la vague d’accords de normalisation des États arabes avec Israël.

Fort de nouvelle position, le Fatah renverse la situation et exige l’application stricte des accords d’Istanbul qui prônent la tenue des élections législatives, présidentielles et du Conseil national de l’OLP. Il renvoie donc la balle dans le camp du Hamas. Selon Yusef Rizqa, ancien ministre du Hamas : «Abbas ne veut pas aller à la Maison Blanche accablée par le Hamas, qui est classé par l’Amérique et l’Europe comme une organisation terroriste».

D’autres dirigeants palestiniens sont plus prudents et pensent que parier sur Joe Biden serait une grosse erreur car il ne s’écartera pas de la politique américaine traditionnelle. Ils attendent de connaître sa position au sujet de la solution à deux États et du retour du financement de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens.

On constate ainsi que la victoire de Biden a eu pour effet de créer un nouvel obstacle sur la réconciliation Hamas-Fatah. Cela rassure Israël qui sait qu’une réunification des clans palestiniens entraînera la création d’un État palestinien. Si Netanyahou devra s’adapter à une administration Biden moins généreuse que celle de Trump, les Palestiniens doutent que leurs attentes soient totalement satisfaites.

Ils ne se font pas beaucoup d’illusions mais ils se réconfortent en pensant que cela ne pourrait pas être pire qu’avec Trump. Joe Biden a précisé que, même s’il ne relocaliserait pas l’ambassade américaine à Tel-Aviv, il entendait renouer les contacts avec l’Autorité palestinienne.

Si les Palestiniens sont persuadés que leur cause sera revigorée sur le plan international, le FPLP (Font de libération de la Palestine) est convaincu que : «la victoire de Biden n’apportera aucun changement fondamental concernant nos droits. Biden est un prolongement de l’approche des administrations démocrates américaines précédentes, qui ne cesserait de soutenir l’entité sioniste à tous les niveaux».

Il a également appelé les dirigeants palestiniens «à la méfiance vis-à-vis de toutes promesses mensongères inspirées par l’administration de Biden pour le retour aux négociations palestino-israéliennes ainsi que de ne nourrir aucune illusion d’atteindre, à travers celles-ci, un des objectifs du peuple palestinien».

La réalité est que depuis avril 2014, les négociations de paix entre les parties palestinienne et israélienne sont dans l’impasse, en raison du développement des constructions en Cisjordanie et parce que les Israéliens refusent d’accepter les lignes de cessez-le-feu de 1967 comme base d’une solution à deux États.

Par ailleurs, la direction palestinienne a interrompu ses contacts politiques avec l’administration américaine, après le transfert, en mai 2018, de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, dans le cadre de l’Accord du siècle.

Malgré tout, la disparition de Donald Trump de la scène politique a fait renaître chez les Palestiniens un espoir de voir une politique américaine moins agressive vis-à-vis d’eux et plus conforme «aux droits légitimes du peuple palestinien reconnus par le droit international et la légitimité internationale».

D’ailleurs Mahmoud Abbas a immédiatement félicité Joe Biden et a exprimé son aspiration à travailler avec lui et son administration afin de «renforcer les relations palestino-américaines et d’assurer la liberté, l’indépendance, la justice et la dignité pour le peuple palestinien, ainsi que d’œuvrer pour la paix, la stabilité et la sécurité pour tous dans la région et dans le monde». Pour Nabil Shaath, son conseiller : «il n’y a pas eu pire que l’ère Trump et sa fin est déjà une victoire». Le chef du Hamas, de son côté, souhaite que Joe Biden «corrige les politiques injustes des Etats-Unis en annulant le plan Trump pour le Moyen-Orient».

Pour Ahmed Tibi, député arabe israélien à la Knesset «le monde sans Donald Trump serait plus sain et moins absurde». Il s’attend à ce que le dialogue reprenne sous peu entre l’Autorité palestinienne et Washington.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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