Jérusalem et Ramallah

© Stocklib / Jacek Sopotnicki
© Stocklib / Jacek Sopotnicki

On nous avait dit que la question n’était plus d’actualité, qu’avec les accords d’Abraham, la paix israélo-arabe était faite, ce qui prouvait que le conflit israélo-palestinien n’était pas au cœur du différend. Mais, comme le disait Lénine, « les faits sont têtus » et au mois de mai dernier, dans le bruit et la fureur, le problème palestinien est revenu au centre de l’actualité.

Pendant onze jours, l’opération « Gardien des murailles » et les émeutes dans les villes mixtes en Israël ont montré que chez les Palestiniens, des deux côtés de la Ligne verte, la revendication nationale n’était pas morte. Cet été, les attaques venant de Gaza et un certain nombre d’incidents violents en Cisjordanie ont fait craindre la possibilité d’une troisième Intifada.

A tel point que le chef d’Etat-Major, Avi Kochavi, a donné à ses troupes des consignes de modération dans leurs rapports avec les Palestiniens et les habitants des implantations. Last but not least, Jo Biden a rappelé son attachement à la solution des deux Etats et fait pression sur le gouvernement israélien pour qu’il reprenne contact avec l’Autorité palestinienne. Ce n’est donc pas un hasard si au lendemain de la visite du Premier ministre, Naftali Bennett, à Washington, le ministre de la Défense, Benny Gantz, s’est rendu à Ramallah pour rencontrer le président de l’AP, Mahmoud Abbas (Abou Mazen).

Il n’y avait pas eu de réunion de ce type depuis onze ans ! Pourtant, les deux entités sont encore liées par les accords d’Oslo (qui n’ont jamais été abrogés) et leur application sur le terrain avec des arrangements de sécurité, et des échanges économiques régis par les accords de Paris. Benny Gantz l’a souligné : Israël a tout intérêt à une stabilisation de l’AP et donc à un renforcement de l’économie palestinienne. D’où les dispositions qui ont été prises, dont un prêt de 500 millions de shékels (155 millions de dollars) d’Israël à l’AP.

Le cabinet du Premier ministre s’est empressé de rassurer l’aile droite de la coalition, en déclarant qu’il ne s’agissait pas d’une relance du processus de paix. Naftali Bennett avait déjà fait savoir au président Biden qu’il n’avait pas de mandat pour cela. C’est vrai, mais en même temps, il ne le souhaite pas. Sans doute que sur ce point, Benny Gantz serait prêt à beaucoup plus d’audace, et d’ailleurs, après la rencontre, les deux hommes ont eu une explication rude. C’est bien un évènement qui s’est produit le 30 août à Ramallah. Les Israéliens et les Palestiniens se parlent à nouveau. L’affaire aura peut-être aussi des conséquences en politique intérieure.

Depuis Shimon Peres, le camp de la paix en Israël n’avait plus de leader. Cette semaine, Benny Gantz a peut-être posé sa candidature pour le rôle. Sans l’accord de son Premier ministre, il ne pourra pas aller bien loin dans ses discussions avec l’AP. Mais il est peut-être en train de devenir le point de passage obligé entre Jérusalem et Ramallah.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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