Jean Félix Ullmann : 1900 Mulhouse – 1944 Buchenwald

Rue des Bons Enfants à Mulhouse - carte postale - Collection Ch. Woehrle ©
Rue des Bons Enfants à Mulhouse - carte postale - Collection Ch. Woehrle ©

Un héros mulhousien (dont personne ne se souvient) …

ULLMANN Jean Félix est né le 21 janvier 1900 à Mulhouse, 10 rue des Bons Enfants, fils d’Henri Samuel, commerçant et de Marguerite Marie née Weill. Il épouse à Paris 16e en 1922, Odette Elise Bokanowski. Le couple a trois enfants, dont un fils, Georges né en 1924, enseigne de vaisseau sur le Jeanne d’Arc, bateau école. Odette décède à l’âge de 26 ans, le 7 octobre 1929 à Paris dans le 16e. Directeur des Papeteries Navarre à Paris, il se réfugie à Toulon en 1940 où il est employé au service du ravitaillement des viandes.

Membre de la résistance depuis 1941, il est membre de l’Armée Secrète dans la formation de Franc-Tireur. Arrêté une première fois en décembre 1941 dans le cadre de l’affaire Bardanne, journaliste belge qui publie dans Le Petit Var et qui fait partie de l’antenne du SOE de Marseille, il est finalement libéré. Il est chef départemental des Forces Françaises de l’Intérieur du Var sous le pseudonyme de Morand et obtient le grade fictif de Lieutenant. En 1943, un vaste coup de filet opéré par le SD de Marseille conduit à l’arrestation de nombreux résistants dans ce que l’on appelle le rapport Flora.

Le rapport Flora : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rapport_Flora

Arrêté par la Gestapo à Toulon (Var) le 28 mai 1943, alors qu’il tente de recruter des maquisards. Il est emprisonné à Marseille à la prison Saint-Pierre jusqu’en août 1943. Puis il est transféré à la prison de Fresnes jusqu’en janvier 1944, avant d’être interné à Compiègne puis déporté à Buchenwald le 29 janvier 1944 où il reçoit le matricule 43514 et est interné au Block 61.

Extrait Fiche Buchenwald – ITS Bad-Arolsen ©

Un certain Gaillard, étudiant en médecine, témoigne après la guerre que Jean Félix a été interprète à Buchenwald et usait de son influence sur le chef allemand de son Block pour améliorer le quotidien de ses codétenus. Véritable soutien psychologique et patriote ardent il clamait sa foi en la victoire finale de la France. Marc Baron, devenu son ami proche témoigne que Jean Félix insistait pour que ses codétenus ne soient pas brutalisés et recevait les coups qui leur étaient destinés.

Prit de pitié par les très jeunes déportés, Jean Félix leur donnait fréquemment sa part de l’insuffisante pitance qui leur permettait de ne pas mourir trop vite. Il dira : « je n’ai jamais connu un homme aussi bon, aussi sincère et aussi courageux ».

Sa mort fut celle d’un Saint – DAVCC – Dossier AC21P ©

Au début de mars 1944, il est atteint d’une pleurésie qu’il néglige et qui se transforme en fièvre terrible. Son acte de décès à Weimar-Buchenwald indique qu’il est catholique, décédé le 8 avril 1944 à 16 heures d’une tuberculose pulmonaire gauche. Une liste de Buchenwald indique que le 8 avril 1944, ce sont 2 prisonniers politiques, dont Jean Félix et 12 droits communs allemands qui décèdent au camp de Buchenwald, la plupart appartenaient au Bloc 32. Ce jour là, 95 déportés croates arrivent au camp, portant à 43101 détenus au camp de Buchenwald à la date du 9 avril 1944.

Etat effectifs Buchenwald 9 avril 1944 – ITS Bad Arolsen ©

Il obtient la mention Mort pour la France en 1945 et obtient le statut de Déporté et Interné de la Résistance Française. Il est médaillé de la Résistance avec rosette Croix de Guerre en 1953 et proposé pour la Légion d’Honneur à titre posthume mais qu’il n’obtient finalement pas. Son nom ne figure pas sur le monument aux morts de sa commune de naissance, son nom ne figure pas sur le mur du Memorial de la Shoah, son nom ne figure sur aucun monument aux morts ou plaque commémorative. Un boulevard Jean Ulmann a été inauguré à Toulon en 1945 pour lui rendre hommage.

Musée de la Résistance – médaille de la Résistance avec Rosette ©
à propos de l'auteur
Christophe Woehrle est docteur en histoire contemporaine - Chevalier de l'ordre des arts et des lettres
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