Je porte ce pays dans ma voix
Depuis le 7 octobre, ma vie a changé. J’ai du mal à m’intéresser, ne fût-ce qu’aux nouvelles du reste du monde. Mes lectures, mes recherches, mes articles n’ont qu’un but : tout savoir sur Israël.
Chaque matin, je me réveille et lutte contre cet hiver qui n’en finit plus, cet hiver qui me cache le soleil et qui souffle pour que me parviennent les cris et les pleurs des familles d’otages, des enfants qui ne reverront jamais leur papa, parti pour leur assurer une vie meilleure, mais qui ne reviendra jamais.
J’écris parce que je ne peux plus parler ni débattre de la guerre à Gaza. Je sais que j’ai déjà énoncé les idées qui me tourmentent, que je vais sans doute me répéter. Mais recourir aux mots reste pour moi la seule issue, le seul moyen de résistance, dans ce monde faux, menteur, lâche et hypocrite.
Je n’écris pas ces lignes pour nourrir la haine ; j’écris parce que la douleur exige d’être mise en mots. Parce que derrière chaque statistique, je vois une chambre vide, une chaise froide, une parole qui n’a pas eu le temps d’être dite.
Le cœur battant de toute nation est fait d’histoires individuelles, particulièrement celui de l’État juif qui n’a connu depuis des millénaires tant de souffrances ; des histoires qui n’émeuvent pas les diplomates, trop occupés à soigner leur image.
Qui nommera, si ce n’est la conscience, l’absolue cruauté de ceux parmi les Palestiniens qui prennent des otages, sourient de leur propre barbarie et se vantent d’avoir imposé à des familles des mois, des années d’attente et de cauchemar ?
Deux années se sont écoulées sans que nous, Juifs, puissions trouver le repos. Deux années terriblement douloureuses, surtout pour les Juifs d’Israël qui attendent inlassablement le retour des otages. Leurs nuits sont écourtées, chaque bruit devient un soupçon, chaque absence un cri qu’ils n’osent pas prononcer trop fort au cas où le monde, ému une heure, oublierait l’heure suivante.
Deux années au cours desquelles tout a été tenté pour que les otages rentrent à la maison et que les familles réapprennent à vivre. Mais quand viennent les nouvelles, on n’y parle que de réunions, de déclarations, de chiffres, de juridictions.
Aucun média ne se penche sur le sort des otages. Pendant que l’on débat du droit international, en Israël des mères apprennent à compter les jours qui les séparent de ceux et celles qu’ils aiment.
Je suis lasse. Lasse de voir Israël, après s’être battu comme un lion, se battre maintenant avec l’énergie du désespoir contre un gouvernement-terroriste qui avoue clairement que le pogrom du 7 octobre avait pour but l’éradication de l’État juif et du peuple juif.
Et ce même gouvernement, bien qu’il ait clairement annoncé son intention de se lancer dans une autre tentative d’extermination, jouit aujourd’hui du soutien de la communauté internationale. Comment ne pas être scandalisé par cette situation ? Et ce d’autant plus que rares – pour ne pas dire inexistantes – sont les voix qui crient au scandale et qui se portent à la défense de l’État juif.
Comble de malheur, certaines voix juives, désireuses de voir les caméras se braquer sur elles, ne reculent devant rien pour salir leur pays et hurler avec les loups.
Pis encore, j’appris le 19 septembre que 9 000 Israéliens – parmi lesquels certaines familles d’otages – avaient signé une pétition pour reconnaître l’État de Palestine avant même le sommet de l’ONU ! J’en fus littéralement sidérée !
L’ont-ils fait avec l’espoir que leurs proches seraient libérés ? Je comprends leur souffrance ; mais récompenser le Hamas, l’organisation terroriste sans foi ni loi qui leur a volé ceux qu’ils aiment, me parait un acte irréfléchi qu’ils ne tarderont pas à regretter. Ont-ils été manipulés au point d’être convaincus, eux aussi, qu’Israël est un « État criminel » ?
Israël, un État « criminel » ?
C’est ce que laissent entendre un grand nombre de dirigeants de la planète. Ils ne parlent que de condamnations, de menaces, de mises en demeure, d’accusations :
- contre l’État juif,
- contre son armée,
- contre son gouvernement,
- et en fin de compte, contre tous les Juifs du monde.
L’antisémitisme n’est plus un crime, on peut maintenant, non seulement crier sa haine du peuple juif, mais aussi la traduire par des actes répréhensibles, voire criminels.
Le 15 septembre, pour préparer une riposte contre Israël, cinquante-six pays se sont réunis. Cinquante-six pays, cinquante-six voix pour juger un crime commis par ce petit État, pour le condamner, pour le menacer, et lui promettre une « riposte » qu’il n’oubliera pas. Cinquante-six pays contre un !
Les vidéos de cette réunion me saisissent, me laissent sans voix, me glacent le sang. Les souvenirs m’envahissent : la Guerre de 48, la Guerre des Six jours, la Guerre de Kippour… Quelle disproportion étrange entre la rhétorique de ces diplomates qui mesurent la puissance, mais jamais la blessure !
Quel crime ce pays a-t-il donc commis pour que les foudres de tous les pays arabes et musulmans s’abattent sur lui ?
Il a commis un crime jugé « impardonnable » : il s’est permis de « violer » le territoire d’un État souverain, le Qatar. Mais on oublie de préciser qu’Israël n’a ciblé que le refuge des terroristes du Hamas, de ses chefs opérationnels, ceux qui ont mis son pays à feu et à sang.
Attaqué sur son propre territoire par le Hamas, une organisation terroriste, Israël a cru naïvement, en s’appuyant sur les Résolutions votées en 2014 par le Conseil de sécurité, pouvoir agir librement contre les terroristes, comme l’a fait la coalition contre Daech.
Mal lui en prit. Sa riposte, jugée disproportionnée, lui vaut une condamnation de tous les pays du monde. Ils évoquent des violations de territoire, des infractions formelles, comme on évoquerait des fautes administratives. Israël est devenu à leurs yeux, aujourd’hui, un État-paria qu’on ne craint pas de qualifier d’État-voyou.
Mais alors à quoi servent donc toutes ces fameuses résolutions anti-terroristes votées au fil des ans par le Conseil de sécurité si elles ne sont pas suivies d’effets ?
Israël a oublié que, contrairement aux autres États du monde, l’État juif, parce que « juif », ne peut pas bénéficier de toutes les mesures prévues dans lesdites résolutions pour lutter contre le Hamas qui lui a déclaré la guerre. Il a oublié que, aux yeux des organisations internationales de l’ONU (CPI, CIJ, UNRWA, etc.) :
- le Hamas n’est pas Daech,
- les terroristes du Hamas sont des « Résistants » au sens noble du terme, et non de vulgaires terroristes qu’il faut abattre à tout prix.
Il est temps d’interroger la moralité de ceux qui condamnent l’État juif parce qu’il veut neutraliser des terroristes. N’est-ce pas là la vraie hypocrisie : voter des lois contre la barbarie, mais dont l’application se voit être sélective ?
Si les résolutions et conventions internationales ont un sens, elles doivent s’appliquer partout, et d’abord et surtout contre des terroristes :
- qui prennent des otages, y compris des enfants en très bas âge et des femmes âgées,
- qui annoncent que leur but est le génocide du peuple juif,
- et qui décident délibérément de prolonger la souffrance humaine.
Hélas, un constat lamentable s’impose à nous : ce n’est pas le cas quand il s’agit de l’État juif.
Et la responsabilité du Hamas ?
Silence et bouche cousue.
- Pourquoi la responsabilité du Hamas n’est-elle jamais évoquée dans le procès que la communauté internationale mène contre Israël ?
- N’est-ce pas au Hamas, « élu » en 2006, de protéger son peuple, de se soucier de ses besoins humanitaires[1] ?
- Comment l’Union européenne, qui le considère comme une organisation terroriste, peut-elle tolérer que le Hamas soit totalement insensible aux souffrances que connaît son propre peuple[2] ?
- Pourquoi serait-ce à Israël de s’apitoyer sur le sort des Gazaouis, alors que leur gouvernement refuse de prendre les mesures qui s’imposent pour les sauver ?
- Jusqu’à quand le Hamas va-t-il refuser de libérer les otages et de déposer les armes comme le demande le Premier ministre d’Israël[3] ?
La passivité de la communauté internationale face à cette organisation terroriste ne fait que la renforcer dans sa détermination à tenir bon face à l’ennemi, quel que soit le prix à payer.
Le Hamas peut agir à sa guise sans craindre d’être condamné – au contraire de l’État juif. Son insensibilité face aux souffrances de son peuple a été dénoncée à maintes reprises par Israël : civils servant de boucliers humains, vol de l’aide humanitaire, etc… Mi-septembre, il aurait même « réquisitionné » quatre camions transportant du lait maternisé dans Gaza, ce que l’UNICEF a confirmé[4]. Elle a déclaré :
Ce vol a privé au moins 2 700 enfants souffrant de malnutrition sévère et aiguë d’ATPE.
Des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, des aliments vitaux. Mais la communauté internationale n’en a cure ; elle ferme les yeux sur tous les actes du Hamas.
Un non-lieu pour le Hamas ?
De toute évidence, s’il a été condamné par la communauté internationale au lendemain du 7 octobre pour avoir commis un pogrom, il en a été blanchi très rapidement, aussitôt que d’agresseur il est devenu, aux yeux du monde, l’agressé.
Et si son dirigeant Yahya Sinwar a été frappé d’un mandat d’arrêt international par la CPI – comme l’ont été le Premier ministre de l’État juif et son ministre de la Défense – c’était, selon toute vraisemblance, parce que la CPI craignait l’accusation de pratiquer le « deux poids, deux mesures ».
Certes, il a été, comme la plupart des dirigeants de son organisation, neutralisé par Israël. Mais le Hamas a pu poursuivre sa stratégie en toute quiétude, la plupart des dirigeants de la communauté internationale n’ayant requis aucune action contre lui.
- Pourquoi la justice internationale fait-elle bénéficier le Hamas d’un tel non-lieu ?
- Peut-être juge-t-elle qu’un pogrom ne constitue pas une infraction pénale ?
Je le dis avec une colère qui n’excuse rien, et une douleur qui n’explique rien :
- Comment la justice internationale peut-elle oser établir une équivalence entre celui qui protège et celui assassine ?
- Comment peut-elle frapper Israël de toutes les condamnations possibles, incluant le crime suprême de « génocide », et garder le silence face aux actes scandaleux – pour ne pas dire monstrueux ou barbares – qu’ont commis les membres du gouvernement de la Bande de Gaza ?
La justice internationale est arbitraire, incohérente, absurde : elle met sur le même plan celui qui protège et celui qui assassine. Elle n’est plus aujourd’hui qu’un miroir déformant qui renvoie l’image d’égalité entre le bourreau et la victime.
Le Hamas est un mouvement terroriste qui ne mérite rien de moins qu’une condamnation sans appel, que son éradication pure et simple du territoire qu’il contrôle. Une opération dans laquelle Israël s’est lancé seul, sans l’aide d’aucun État, mais qui lui a valu des condamnations en nombre et l’isolement sur le plan international.
Au lieu de multiplier à l’infini les accusations contre l’État juif – ce qui satisfait on ne peut plus le Hamas – l’Union européenne ferait mieux d’appliquer contre le Hamas, mais aussi contre tous les pays qui offrent l’asile à ses dirigeants, toutes les sanctions prévues dans les résolutions anti-terrorisme de l’ONU.
Heureusement, l’Amérique de Donald Trump n’a pas cédé aux pressions exercées par la communauté internationale ; elle refuse d’emboîter le pas aux accusateurs de l’État juif.
Il est encore temps pour ces dirigeants qui ont oublié le massacre du 7 octobre de se ressaisir
Il s’agit de réagir car, si leurs résolutions ne sont que des mots, la parole perdra son autorité.
Pour éviter que demain, leurs propres lois ne soient brandies comme des instruments de condamnation sélective, il suffit d’exiger que soient appliquées les sanctions déjà prévues par l’ONU contre les organisations terroristes :
- la coupure des flux qui alimentent la haine ;
- une pression diplomatique suffisamment forte pour que le Hamas soit contraint de rendre les otages à leurs familles ;
- des mécanismes internationaux pour enquêter sur les actes du Hamas, etc.
Alors, il sera peut-être possible d’envisager la paix, non pas celle des accords bien signés mais qui peuvent tout aussi bien être déchirés du jour au lendemain, mais la vraie paix, celle qui marquera le retour des Shabbatot en famille dans la joie, le rire et la bonne humeur.
Selon les mots de Golda Meir :
Le pessimisme est un luxe que les Juifs ne peuvent pas se permettre.
Je caresse l’espoir que nos cris ne seront pas que des mots que le vent emporte, que la justice se réveillera, qu’elle cessera de condamner le bouc émissaire des nations – Israël – pour justifier la barbarie des terroristes, qu’elle laissera l’État juif et ses alliés mettre tout en œuvre pour réussir, sinon à éradiquer le terrorisme, tout au moins à l’affaiblir suffisamment pour que les Juifs puissent vivre en paix sur leur terre, Israël.
Espérons que pour connaître enfin la paix, nous n’aurons pas à attendre jusqu’au jour où, comme le disait Golda :
les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils ne nous haïssent.
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[1] Mousa Abu Marzouk, responsable et membre du Bureau « politique » du Hamas : « Les tunnels de Gaza ont été construits pour protéger les combattants du Hamas, et non les civils »; la protection des civils de Gaza est la responsabilité de l’ONU et d’Israël. (Source : interview de Mousa Abu Marzouk diffusée sur Russia Today TV le 27 octobre 2023, analysée et commentée sur MEMRI)
[2] Ismaïl Haniyeh, chef du Hamas : « Nous avons besoin du sang des femmes, des enfants et des personnes âgées des civils de Gaza […] pour réveiller notre esprit révolutionnaire ». (Source : allocution vidéo d’Ismaïl Haniyeh retransmise par la chaîne libanaise Al-Mayadeen television le 26 octobre 2023 à la suite des massacres du 7 octobre, analysée et commentée par JNS (Jewish News Syndicate), l’American Jewish Comitee, MEMRI)
[3] NDLR : article rédigé avant l’acceptation de la phase 1 du « Plan Trump ».
[4] Gaza : l’UNICEF dénonce le vol d’aliments thérapeutiques destinés aux enfants

