Je me pare de tes atours

Drapeau israélien flottant alors qu'une équipe de voltige de l'Armée de l'Air vole en formation au-dessus du centre médical Hillel Yaffe, lors du confinement à la suite de mesures gouvernementales visant à empêcher la propagation du coronavirus, le 72e jour de l'indépendance d'Israël, dans la ville israélienne de Hadera, dans le nord d'Israël. Israël, mercredi 29 avril 2020. (Photo AP / Ariel Schalit)
Drapeau israélien flottant alors qu'une équipe de voltige de l'Armée de l'Air vole en formation au-dessus du centre médical Hillel Yaffe, lors du confinement à la suite de mesures gouvernementales visant à empêcher la propagation du coronavirus, le 72e jour de l'indépendance d'Israël, dans la ville israélienne de Hadera, dans le nord d'Israël. Israël, mercredi 29 avril 2020. (Photo AP / Ariel Schalit)
Deux ans.
Il y a deux ans, j’ai pris l’avion et j’ai réalisé mon rêve sioniste.
Il y a deux ans, je suis partie avec 69 kg de vêtements et de chaussures, un pas après l’autre, le ventre rempli de peur, d’appréhension, d’excitation et larmes de joie striant le visage de ma mère et le mien. Il suffisait de voir le sourire de l’hôtesse d’El Al à 14H ce jour-là. Elle m’a prise la main et a dit à mon père que ça irait : »בארץ היא לא תשאר לבד » (« En Israël, elle ne restera pas seule »).
Deux ans de questionnement.
Deux ans à surmonter cette petite voix. A se surpasser.
Deux ans, ce n’est rien.
Je me souviens de tout. Chaque rire, chaque fête, chaque larme, chaque drame innatendu.
Chaque effort fait après être sorti de l’Ulpan, pour s’intégrer à ces 9 millions d’habitants.
Repartir à zéro. Recommencer, ou plutôt avancer.
Passer la seconde.
Apprendre à surmonter la peur de se tromper, de ne pas être à la hauteur.
Apprendre à connaitre chaque nouvelle ruelle de cette ancienne ville.
Apprendre à nouer des relations avec nos vendeurs préférés du shouk.
Apprendre à accepter l’implication et l’invasion privées dans votre espace personnel de chacun(e), que l’on rencontre lors d’un trajet en bus.
Apprendre à trouver un nouvel appartement (encore et encore). A fêter sa crémaillère de manière parfaitement imparfaite.
A trouver un nouveau job de rêve.
Apprendre à travailler sur des évènements hyperboliques, et à comprendre ce qu’est une Skitsa, veille de l’évènement en question.
Apprendre à envoyer un colis avec l’aide du facteur, après vous être démené à comprendre dans quelle mesure le bureau de Poste ne vend pas de boite adaptée à votre colis.
730 jours.
17 520 heures où votre entourage vous manque, où la vie a été en perpétuel mouvement.
Où celle-ci prend le temps de ralentir pendant 25 heures toutes les semaines.
Deux ans pour réaliser une fois de plus : une belle décision.
J’ai attendu des heures au téléphone pour essayer de payer une facture d’électricité, qu’ils vous ont fait payer cinq fois – parce que oui, effectivement, ils subissaient une תקלה (takala – panne) sur le site. Des jours où chaque matin, vous expliquez à votre נציג (natsig – représentant) que vous souhaiteriez que cet argent vous soit retournée immédiatement. Sans rancune חברת החשמל (h’evrat h’echmal – société d’électricité).
J’ai appris que parfois, même si on ne se comprend pas, certaines colocs peuvent être des tueuses de cafards aguerries, à l’aide d’un simple balais brosse.
J’ai été bousculée, prise au dépourvue, remise en question constamment, et je suis devenue amie avec ma banquière chaque fin de mois.
Qu’une coloc peut devenir plus qu’une amie, a sister from another mother.
J’ai appris à déménager ma vie en moins de 24 heures entre Kippour et Succot.
J’ai appris à réparer une machine à laver et un sèche-linge, en même temps.
J’ai pleuré de nerfs au téléphone parce que certaines personnes me manquent chaque jour.
J’ai eu d’innombrables conseils de chauffeurs de taxi, complimentant mon style et me promettant qu’en les suivant je devrais « le » trouver.
J’ai appris à ne pas perdre patience lors du fameux rendez-vous aux bureaux de la Arnona.
J’ai appris à compter sur certaines personnes, qui viennent à monter vos meubles IKEA pour vous (tout en vous emmenant chez IKEA).
J’ai appris à voyager de Jérusalem à TLV avec 50 cartons de bouteilles d’alcool sans exagération, un Motsach, et non sans obtenir des regards dubitatifs des autres conducteurs.
Une année de plus à me tester, à grandir et de ne pas abandonner.
Encore une année de verres de vin partagés avec de nouveaux amis.
Une année de plus d’une vie sioniste.
Pour faire le point : plus ou moins, nous ne sommes jamais seuls ici.
Les amis sont la famille que vous créez.
Les étrangers ne le sont plus, après 5 minutes de conversation lors d’un trajet en bus.
Que le jour où tu ne passes pas prendre ton café, tu joues avec les attentes de ton barista, qui t’attend patiemment chaque matin, à la même heure.
On doute, oui.
On tombe, oui.
On perd un emploi, et on se relève.
On prend des claques et on apprend que ceux ne sont que des petits obstacles sur un chemin plus attrayant. Bouleversant et émouvant.
Saches que le temps pris pour apprendre à t’aimer ne fait que commencer.
Je deviens semblable et me pare de tes atours.
J’ai appris à aimer tes hauts, tes bas, à m’adapter à ta patience, à ta pluie torrentielle et à ta neige inattendue, à ton soleil brulant et ta sueur quotidienne, à tes qualités inombrables et dans l’ensemble ? Je continue de sourire.
On m’a dit que j’ai changé.
J’ai grandi.
Je sais vers qui me tourner et qui remercier.
Prête à continuer.
Tu es le pays des miracles.
Tu es le pays de mon peuple.
Tu es le pays de la lutte contre les probabilités.
Tu es le pays où le moindre feu rouge grillé peut faire sortir de leurs gonds deux chauffeurs de taxi, qui vont finir par se réconcilier, indubitablement.
Tu es le pays où on apprend à aimer les autres et à les accepter tels qu’ils sont.
Tu es le pays où on continue d’espérer – même en l’absence de gouvernement depuis 15 mois.
Nous nous battons pour être dignes de ta nationalité et du bénéfice de ta Teudat zeut (carte d’identité).
Je souhaite aux autres (ils se reconnaitront comme mes vrais copains d’Ulpan) de continuer à grandir et de continuer à faire sourire des étrangers dans les rues. De surmonter des défis tous les jours.
Parce que oui : je n’aurais jamais déménagé en 48 heures d’un appartement avec 25 cartons entassés dans un camion de fortune, ni appris à être une מפיקה, ni à surmonter mes défis personnels si tu ne m’avais pas poussé à me battre.
Continue à me défier et à me questionner.
Je donne tout mon amour et mon admiration à notre pays dont nous n’aurions jamais rêvé il y a 72 ans.
Merci pour mon inquiétude, ton lait et ton miel.
Merci à tous mes cactus.
Deux ans plus tard.
Merci pour ces הרגשות (émotions).
On verra d’ici l’année prochaine.
à propos de l'auteur
Liana, du haut de son 1m65, est une brunette atteinte du syndrome typique de la Parisienne, niant une addiction sensible au café. De l'énergie à revendre, la seule chose qui lui importe est d'en finir avec les préjugés sur les françaises, sioniste convaincu, ayant fait l'Alyah, quittant la ville Lumière.
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