Jamais deux sans trois !

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu présidant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, dimanche 5 janvier 2020. (Ronen Zvulun / Pool via AP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu présidant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, dimanche 5 janvier 2020. (Ronen Zvulun / Pool via AP)

Ce lundi 2 mars, les électeurs israéliens se rendront aux urnes pour la troisième fois en moins de onze mois, situation inédite dans l’histoire du pays. Pour nombre d’observateurs, seule l’obstination de Binyamin Netanyahou est en cause. L’explication n’est pas fausse, mais insuffisante. Le mal est plus profond.

Le système électoral – la proportionnelle intégrale avec un seuil d’éligibilité relativement bas (3,25%) – prédispose à l’instabilité. Les gouvernements durent en moyenne trois ans, période dont il faut soustraire six mois consacrés à la procédure de dissolution de la Knesset, à la campagne, au vote, et aux tractations qui suivent pour former un gouvernement.

La proportionnelle intégrale conduit aussi à l’éclatement de la représentation politique : douze groupes parlementaires dans la 19ème Knesset, dix dans la 20ème … qui se livrent à un marchandage permanent de leurs votes pour appuyer le gouvernement, le contester, ou simplement montrer qu’ils existent.

Les débats parlementaires se transforment allègrement en discussions de marchands de tapis, chacun voulant obtenir législations et crédits correspondant aux intérêts de son « secteur » : les Arabes, les ultra-orthodoxes, les habitants du centre, de la périphérie …

Curieusement, personne ou presque ne met à profit la situation actuelle pour proposer la seule grande réforme qui pourrait ouvrir des perspectives en ces temps d’incertitude : un mode de scrutin majoritaire qui, comme dans la plupart des démocraties occidentales, permet au gouvernement de gouverner, au parlement de légiférer …

Ce silence des agneaux ne doit rien au hasard, chacun des protagonistes espérant que le flou artistique entretenu par le système finira par lui profiter cette fois-ci. Et demain est un autre jour … En tout état de cause, le 3 mars, le pays pourrait se retrouver avec un Parlement sans majorité pour former une coalition gouvernementale.

Dans l’hypothèse où l’un des grands partis ferait des concessions – Bleu-blanc acceptant de siéger avec Binyamin Netanyahou ou le Likoud accordant la préséance à Benny Gantz dans le cadre d’un accord de rotation – le pays sortirait de la crise.

On peut aussi envisager le cas de figure où Avigdor Liberman jouerait enfin son rôle de faiseur de roi en ralliant l’un ou l’autre camp. Mais rien ne dit que la raison finira par l’emporter. D’autant que le début du procès de Binyamin Netanyahou le 17 mars pourrait rebattre les cartes.

Les concurrents de l’éternel Premier ministre au sein du Likoud ou dans l’opposition guettent le moindre signe allant dans le sens d’une mise hors-jeu de King Bibi, et seraient prêts à délaisser les négociations en vue de la formation d’un gouvernement … négligence qui pourrait conduire à une nouvelle dissolution de la Knesset et à une quatrième consultation en septembre.

Jamais trois sans quatre ?

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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