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J’ai fui l’antisémitisme en Syrie… Pour le retrouver en France

Marche contre l'antisémitisme sur l'esplanade des Invalides, à Paris le 12 novembre 2023. (Crédit : CC-BY-SA 4.0)
Marche contre l'antisémitisme sur l'esplanade des Invalides, à Paris le 12 novembre 2023. (Crédit : CC-BY-SA 4.0)

Je suis né en Syrie, dans un pays où l’antisémitisme n’était pas une opinion marginale mais une doctrine d’État. À l’école, dans les manuels, dans les discours des professeurs, dans les prêches des mosquées et à la télévision, Israël et les Juifs étaient présentés comme l’ennemi absolu. L’antisionisme y était glorifié, enseigné, transmis comme une vérité indiscutable.

Quand j’ai quitté la Syrie pour la France, j’ai cru fuir à jamais cette obsession morbide. Et j’ai trouvé plus qu’un simple refuge : j’ai découvert la République. Ses valeurs, sa liberté, son ouverture m’ont sauvé. Elle m’a offert une seconde vie, la possibilité de déconstruire la culture de haine que j’avais héritée.

J’y ai aussi découvert une partie de l’histoire qu’on nous cachait en Syrie : la Shoah. La mémoire de l’extermination des Juifs d’Europe m’a bouleversé. Elle a changé ma perception, brisé une part du mensonge dans lequel j’avais grandi. Grâce à la République, et grâce à cette vérité historique, j’ai pu croire en la coexistence, non seulement en Europe mais aussi au Moyen-Orient.

Le contraste douloureux

Mais aujourd’hui, je dois le dire avec tristesse : la France n’est plus celle que j’ai connue à mon arrivée. Ce pays que j’ai admiré, qui m’a réconcilié avec l’idée d’un vivre-ensemble possible, est en train de changer. Je redécouvre l’antisémitisme, celui que je connaissais dans mon pays d’origine : parfois le même, parfois sous d’autres formes, avec d’autres visages, mais toujours avec la même obsession — Israël et les Juifs.

Une partie de la classe politique entretient ce climat, par ignorance, par calcul, ou parfois par un antisémitisme à peine voilé. Une partie de mes frères de culture arabo-musulmane ont importé avec eux la haine apprise dès l’enfance et continuent de la nourrir sur le sol européen.

Quand le sommet de l’État cède à la propagande

Le plus grave, c’est que cette dérive atteint le sommet de l’État. Emmanuel Macron, qui se dit centriste et garant de l’unité nationale, reprend aujourd’hui les discours des pires antisémites du monde arabe. Il relaie la propagande et les revendications des islamistes, il reçoit leurs représentants à l’Élysée comme s’ils incarnaient une voix respectable. Ce faisant, il légitime leur narratif et alimente, de fait, la haine des Juifs.

Je le confesse : à mon arrivée en France, encore plein de préjugés hérités de Syrie, j’aurais applaudi ce discours. J’y aurais reconnu mes obsessions d’alors. Mais aujourd’hui, après mon cheminement, après la libération que m’a offerte la République et la confrontation avec l’histoire, je le vois pour ce qu’il est : dangereux, complice des extrêmes et des islamistes.

Mon cheminement, mon avertissement

Si je parle ainsi, c’est parce que j’ai moi-même vécu ce renversement. La République m’a permis de déconstruire un héritage de haine, d’accéder à une vérité historique qu’on m’avait cachée, de rencontrer Israël, d’aller au-devant de cet « ennemi » qu’on m’avait appris à détester. Ce chemin m’a libéré.

Mais c’est au nom de cette même République que je m’inquiète aujourd’hui. Car ce que j’avais fui en Syrie, je le vois réapparaître en France, enveloppé dans des slogans « humanitaires » et des discours sur le « droit international ». La haine change de langage, mais pas de nature.

Je le dis en tant que témoin de ce double visage : la France a été pour moi un salut, elle m’a offert la liberté, la vérité historique, la possibilité de me reconstruire. Mais aujourd’hui, elle change. Elle se détourne de ses propres valeurs, elle banalise des discours qui rappellent ceux que j’ai connus en Syrie. Si même le pays des Lumières peut céder à cette dérive, alors c’est un avertissement non seulement pour les Juifs de France, mais pour tous les Français et les Européens.

à propos de l'auteur
Faraj Alexandre Rifai est un essayiste franco-syrien diplômé de l’ESSEC,auteur de deux livres dont “Un Syrien en Israël”. Il a fondé Ashteret, une plateforme multilingue pour le dialogue interculturel, la lutte contre l’islamisme et pour la coexistence. Il tient un blog personnel 1001histoires.fr et publie des tribunes dans Le Figaro, Le Point, Causeur, etc. Ainsi que sur le site de son initiative Ashteret. Faraj Alexandre Rifai est très actif sur X (anciennement Twitter), où ses fils analytiques sont suivis et relayés par de nombreuses personnalités. Souvent invité à s’exprimer dans des conférences, des synagogues, ou des cercles intellectuels, il est bilingue (français, arabe). Son ton est à la fois personnel, politique et littéraire — à contre-courant, mais ancré dans l’expérience vécue.
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