Jacques Bakouch (zal), une vie tournée vers les Autres

Jacques Bakouch. DR
Jacques Bakouch. DR

Educateur hors pair, formateur BAFA, membre de Sos racisme et fervent acteur du dialogue interreligieux, il a marqué de nombreuses générations. Portrait d’un grand Monsieur qui avait été élevé au grade d’officier de l’Ordre national du mérite en 2009.

Né à Constantine en 1937, cadet d’une grande famille, Jacques Bakouch grandit dans le dialogue autour de ses cinq frères et sœurs et devient Chef, puis commissaire des EI (Eclaireurs Israélites). Arrivé à Marseille, il travaille à l’Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes) et crée le DEJJ en 1962 (Département Educatif de la Jeunesse Juive) avec sa sœur Viviane, Roland Draï et Georges Fhal.

Chantre de l’éducation transformatrice, directeur d’un centre de formation pour le Bafa, il tissait des contacts directs, particulièrement avec ceux qui avaient des problèmes. L’un des anciens responsables du Dejj Marseille, Alain Benhamou (dit Puma), fut l’un des compagnons de route de Jacques Bakouch pendant plus de 50 ans. Ensemble, ils ont organisé des colos, des stages ainsi que des activités communautaires. Cet ancien instituteur se souvient de lui : « Jacques avait pour habitude de ne retenir que le positif. Il ne condamnait personne, même ceux qui étaient critiqués ».

Son fils Daniel se dit fier de ses actions : « C’était un papa extraordinaire qui nous a élevés, avec mon frère et ma sœur, dans la tradition de la religion juive, l’amour d’Israël et dans l’action communautaire. Sa grande générosité et son altruisme faisaient qu’il pouvait devenir le papa de substitution de nombreux jeunes, leur permettant d’aborder la vie avec confiance ». Une anecdote traduit pleinement la dimension de son engagement : il a convaincu deux jeunes juifs sans ressources croisés à la cité du Clos, à la Rose, de s’inscrire sans frais à la colo ; il a été un guide pour ces jeunes qui lui doivent leur réussite.

Amoureux d’Israël

Garder son identité de juif était très important pour lui et son lien à Israël, viscéral. Lors d’actions sociales dans le sud d’Israël, il prenait en charge des enfants israéliens en difficulté (Netivot, Sderot, Ofakim) et organisait bénévolement des activités à Ashkélon pendant les vacances. Fidèle dans ses convictions, cet ancien acteur de Marseille Espérance présentait l’étranger « non pas comme un oiseau de mauvais augure comme certains peuvent le ressentir parfois, mais comme une personne capable d’apporter des valeurs positives ».

Retraité depuis de nombreuses années, il vivait à Allauch avec son épouse Sonia, cultivant son jardin et s’occupant de ses canaris, qui étaient ses passions. Pilier de la communauté juive d’Allauch, il avait été l’un des créateurs, avec trois autres personnes, de la synagogue Zéhout Avoth (le mérite des pères), avait participé au jumelage entre Allauch et Afoula, et pris part à la création de la communauté de La Rose aux côtés notamment du Rav Mimoun et de Francis Aouizerate.

Le rabbin d’Allauch Jonathan Chocron parle avec émotion de son authenticité dans la prière : « Il chantait pour chaque personne qui montait à la torah et demandait des prières pour les fidèles malades et disparus. La crise sanitaire a été pour lui une période difficile à vivre, mais il n’a pourtant jamais cessé de manifester son enthousiasme et il était d’ailleurs régulièrement présent aux réunions via l’application Zoom ». Bien qu’à la retraite, il avait cette vocation de pédagogue chevillée au corps : « il n’y a pas si longtemps, il m’avait proposé de s’occuper des formations du Bafa », se rappelle le rav Chocron.

Jacques Bakouch a fait preuve d’une grande ténacité, jusque dans la maladie, et n’a jamais altéré son humour. Sa brutale disparition a attristé beaucoup de monde, mais le magnifique hommage qui lui a été rendu par les 50 jeunes du Dejj à Zéhout Avoth était à la hauteur de l’homme qu’il était. Sa devise était « Je Pense donc j’Agis ».

Au revoir « Belette » !

à propos de l'auteur
Diplômée de l’Ecole de journalisme et de communication de Marseille, Magali fait le choix d’un parcours éclectique. Ses sujets oscillent entre le sport, l’écologie, la politique, ou encore l’actualité internationale. Après une expérience au Petit Journal.com de Londres, un parcours de journaliste sportif, elle a collaboré à plusieurs médias francophones (La Presse de Tunisie, Le Soir...). Elle travaille actuellement pour divers journaux israéliens et communautaires depuis la France.
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