J’accuse le boycott

Photo d'archive du 2 mai 2018, le réalisateur Roman Polanski apparaissant dans un festival international du film, où il a promu son dernier film, "Based on a True Story", à Cracovie, en Pologne. L(Photo AP, fichier)
Photo d'archive du 2 mai 2018, le réalisateur Roman Polanski apparaissant dans un festival international du film, où il a promu son dernier film, "Based on a True Story", à Cracovie, en Pologne. L(Photo AP, fichier)

Né en 1933, Roman Polanski n’avait pas vocation à devenir l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Petit de taille, cet immense artiste est un rescapé de la Shoah, qui n’a dû son salut qu’à son évasion du ghetto de Cracovie à l’âge de huit ans, et qui fut ensuite privé d’école parce que Juif.

La mère de Polanski a été assassinée au camp d’extermination d’Auschwitz alors qu’elle était enceinte, et bien des années plus tard son épouse, elle aussi enceinte, a été massacrée par une secte de monstres. Son père quant à lui a survécu au camp de concentration de Mauthausen.

Polanski a été condamné en 1977 aux Etats-Unis pour abus sexuel sur Samantha Geimer, une jeune fille mineure. Le féminisme contemporain incite à la libération de la parole, ce que Samantha Geimer a mis en pratique en accordant son pardon à Polanski et en déclarant que sa mésaventure ne l’a traumatisée ni mentalement ni physiquement. La libération de la parole, c’est aussi cela.

A chacun de se faire une idée de l’homme Polanski, mais rien dans son œuvre n’est illicite. Les Césars décernés à son film « J’accuse » constituent avant tout un hommage à son talent et à celui de ses collaborateurs, mais peuvent aussi contribuer au combat contre l’antisémitisme.

Non seulement est-il absurde de boycotter « J’accuse », mais il faudrait au contraire que le bon sens élémentaire commande d’en faire la promotion. Toute opposition à ce film est d’office et d’avance une obstruction au combat contre l’antisémitisme. Les jeunes, les moins jeunes, les vieux et les ignares en tous genres doivent apprendre ce que fut l’affaire Dreyfus. Qu’ils sachent que cette ignominie a été le terreau de l’antisémitisme de l’Etat français lors de la Shoah. Que c’est l’affaire Dreyfus qui a accouché du régime de Vichy, celui-là même qui a décrété le « Statut des Juifs » et qui les a envoyés à la mort dans les camps nazis.

Mais l’affaire Dreyfus a aussi accouché d’un autre enfant : l’Etat d’Israël.

C’est tout cela que raconte le film de Polanski.

à propos de l'auteur
Daniel Horowitz est né en Suisse, où ses parents s’étaient réfugiés pour fuir l’occupation de la Belgique. Revenu à Anvers il grandit au sein de la communauté juive. A l’âge de quinze ans il entre dans l’industrie diamantaire et y fait carrière. Passé la soixantaine il émigre en Israël où il se consacre désormais à l’écriture. Il a récemment publié aux éditions l'Harmattan un ouvrage intitulé "Leibowitz ou l'absence de Dieu".
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