Itamar, le retour

Après une cure de (relatif) silence médiatique, Itamar Ben Gvir est de retour. Il a toujours sa kippa blanche, sa bouille de petit gros, et ses lunettes épaisses d’élève studieux. Avec un tel accoutrement, Itamar Ben Gvir pourrait faire rire, mais le personnage n’incite guère à la plaisanterie, et la période encore moins.

Dans un Israël traumatisé et inquiet pour son avenir, la petite musique du leader de Puissance juive (Otsma ha Yéoudit) pourrait entrer en résonance avec l’attente de populations en désarroi. Déjà, lors des élections du 1er novembre 2022 (il y a un an, il y a un siècle), en alliance avec son ami et néanmoins rival Bezalel Smotricht, il avait réussi une percée remarquée, en mobilisant notamment les abstentionnistes de villes pauvres. Il enregistrait un gain de 8,4 points avec une participation en hausse de 5,7 % à Beit-Shean ; de 14,3 % à Sdérot, avec 4,7 % de votants en plus ; de 10,5 % à Dimona avec un pourcentage identique d’électeurs supplémentaires…

Après une brève période de déception, ses partisans renouent avec leur mentor. Sur tous les plateaux de télévision, il s’emploie à promouvoir son action du moment : la distribution d’armes individuelles destinées à « défendre la maison ». Qui pourrait reprocher aux Israéliens de les accepter, de les demander ? Le 7 octobre, dans les localités martyrisées du sud du pays, avec un revolver, un père de famille pouvait abattre des terroristes qui assaillaient sa maison ; avec un fusil, un soldat réserviste était capable de délivrer des enfants terrorisés et prostrés dans la pièce forte (mamad) dont la porte n’avait pas cédé.

Itamar Ben Gvir n’entend pas s’en tenir là. Avec son projet d’en finir avec les « colonies de vacances » qui permettraient aux terroristes palestiniens de passer un agréable séjour dans les prisons israéliennes, il touche une autre corde sensible : l’incompréhension grandissante d’une opinion publique à l’égard d’un État de droit qui aurait failli à sa mission première, celle de protéger les honnêtes citoyens.

Plus encore, en minorant les violences commises en Cisjordanie par les « jeunes des collines » galvanisés par les discours ultra-nationalistes, Itamar Ben Gvir entend bien faire avancer son grand projet : l’annexion de ces territoires. Last but not least, en mettant en avant sa proposition de loi sur la peine de mort automatique pour les terroristes, il veut ravir le titre de « Monsieur Sécurité » au chef du gouvernement et faire basculer une partie de l’électorat de droite en sa faveur. Il est vrai que nombre d’élus et d’électeurs du Likoud envisagent désormais sans indulgence le départ de Binyamin Netanyahou. Itamar Ben Gvir est de retour. Et on n’a pas fini d’en entendre parler.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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