« Israélitude » ?

Rue Jaffa au centre-ville de Jérusalem le 3 mars 2021. Photo par Yonatan Sindel / Flash90
Rue Jaffa au centre-ville de Jérusalem le 3 mars 2021. Photo par Yonatan Sindel / Flash90
Vivre en Israël peut parfois s’apparenter à être acteur de télé réalité tant notre actualité est constamment scrutée, observée, critiquée et déformée. Mais surtout mal comprise. Pour le meilleur et pour le pire. Car même ceux qui aiment Israël ne la comprennent pas parfois.
Notre campagne de vaccination a été encensée et jalousée par tous. Certains en ont même profité pour nous accuser, une fois encore, d’être de vils racistes refusant la vaccination aux citoyens arabes puis aux Palestiniens, puis aux prisonniers palestiniens.
Pourtant les arabes israéliens sont inscrits aux caisses d’assurance santé, comme tout citoyen israélien, et de ce fait ont été vaccinés.
Les Palestiniens, depuis les accords d’Oslo jouissent d’une autonomie sanitaire administrée par le gouvernement de l’Autorité palestinienne. Ils ont donc commandé leurs propres vaccins et ont refusé l’offre d’Israël de grouper leurs commandes.
À ce sujet, je trouve d’une ironie mordante les cris d’orfraies de ceux qui reprochaient à Israël de faire preuve de respect de l’autonomie des Palestiniens. Finalement l’indépendance est saluée lorsqu’il s’agit de briguer un poste à une instance internationale pour blâmer Israël de tous les maux mais lorsqu’il s’agit d’exercer concrètement sa souveraineté, les dirigeants palestiniens n’en seraient plus capables ? Paternalisme néo colonialiste ?
Et enfin, les prisonniers palestiniens y compris les terroristes ont également reçu le vaccin car étant sur le territoire israélien, tout comme les travailleurs étrangers et ceux moyennement légaux.
Mais qui se soucie de la réalité dans ce monde aux abois ?
Mais ce n’est pas tout.
L’incompréhension et la stupeur ont également gagné ceux qui soutiennent Israël, face aux mesures musclées de fermeture du pays, de confinement à répétition, de restrictions de libertés.
Car il est vrai que nous subissons sans interruption depuis un an des entraves majeures à nos libertés essentielles et ce sans jamais de véritable préavis décent permettant de s’organiser. C’est ainsi que de nombreux Israéliens se sont retrouvés à l’extérieur du pays tandis qu’une fermeture de l’aéroport a été inopinément annoncée, sans qu’ils puissent prendre les dispositions nécessaires pour rentrer à temps. Ou pensant innocemment que la date de réouverture des frontières ne serait pas sans cesse repoussée. Depuis un mois.
Et puis contrairement à nombre de pays occidentaux, nous n’avons pas bénéficié des mannes étatiques pour palier à l’inertie de l’activité économique. Des pans entiers de l’écosystème israélien, dont le tourisme, se retrouvent exsangues après un an d’ère Corona.
Ajoutez à ce cocktail déjà relevé, une vie politique ubuesque avec des élections à répétition sans espoir d’obtenir un gouvernement stable au sortir des urnes. Des manifestations quotidiennes, un mouvement populaire sans direction réelle mais pourtant excellemment bien organisé.
Et pas de révolution. Une grogne certes qui gonfle, mais ceux qui ont grandi sous l’influence omniprésente de la Révolution française sont surpris de cette attitude locale. Surprenant car lorsque l’on connaît le caractère israélien on ne peut accuser les habitants de ce pays de passivité ou de manque de courage.
Manque d’éducation à la révolution ? C’est vrai que le pays n’a pas de culture insurrectionnelle mais il s’est néanmoins construit sur une idée révolutionnaire, changer le destin des damnés sans cesse persécutés.
Alors ?
Alors il suffit de se pencher un peu plus sur ce qui cimente la population, ce qui façonne le système scolaire, ce qui occupe l’esprit de chacun à partir de 15, 16 ans.
L’armée.
Les jeunes y pensent se demandant ce qu’ils y feront, les parents y pensent pour leurs enfants, les employeurs pour leur recrutement. Même l’opposition au service militaire demeure un sujet brûlant et les empoignades avec certains milieux ultra orthodoxes focalisent l’attention de tous.
Car l’identité israélienne se construit autour du rapport au service militaire, de son expérience de cette période, des liens tissés à l’occasion du service national.
2 ans pour les filles, près de 3 ans pour les garçons. Au sortir de l’adolescence. Un rite de passage obligatoire à l’âge adulte. Comme la semaine de bizutage dans les universités.
Mais réglementé.
Ordonné.
Et cette expérience fondamentale forge le futur de tous ces citoyens qui sauront organiser en un temps record une campagne de vaccination ou suivre les consignes de confinement. Ou prétendre les suivre mais sans organiser une insurrection pour renverser les chefs.
Pour autant Israël n’est pas un Etat militaire. Juste un modèle unique. Encore. Une spécificité locale qui fait de ses citoyens des individus capables de répondre à une menace quelconque. À exécuter des consignes. Mais à conserver paradoxalement l’aptitude à ne pas se soumettre. Sans se rebeller.
Un modèle unique.
Qui n’est pas encore malheureusement retranscrit au niveau de la classe dirigeante.
À seulement 72 ans Israël va devoir aussi réinventer son système politique et façonner son propre modèle.
Pour faire entendre la voix de tous ses citoyens.
Et les faire passer avant.
Pas par calcul électoral.
à propos de l'auteur
Née à Paris, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles, Myriam a quitté l’Europe en 2005 pour s’installer à Montréal, où elle est devenue une travailleuse communautaire au FNJ-KKL puis directrice des relations communautaires et universitaires pour CIJA, porte parole officiel de la communauté juive, avant de faire son alyah
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