Israéliens, vous avez changé !

© Stocklib / Artem Kniaz
© Stocklib / Artem Kniaz

Il est plus dépensier, plus gros, plus connecté, plus heureux… Le citoyen israélien s’est métamorphosé sous l’emprise du Covid qui a produit de nouveaux comportements culturels et sociaux.

À l’aube de son 74e anniversaire, Israël compte 9,5 millions d’habitants ; champion de la fécondité et de la longévité, l’Israélien est un éternel optimiste que rien n’a jamais arrêté, pas même une pandémie mondiale.

Bref, un peuple difficile à suivre car après deux années de crise sanitaire et des mois de confinement, l’Israélien est de plus en plus pressé : il a hâte de consommer, d’innover, de s’informer, de voyager…

Les données disponibles sur le portail de l’OCDE consacré à Israël ainsi que les enquêtes sociales réalisées par le Bureau de la Statistique fournissent une radiographie de l’évolution de la société israélienne en 2022.

Voici les grandes lignes du portrait du citoyen israélien tel que deux années de crise sanitaire l’ont façonné.

Dépenses de Consommation

L’Israélien est plus dépensier que jamais ; après une pause due au Covid, il a largement rattrapé son retard de consommation. En 2021, la consommation des ménages a fait un bond de 11,7%, compensant largement le recul de 9,2% enregistré en 2020. Début 2022, la course à la consommation s’est accélérée : au premier trimestre de cette année, les achats à crédit ont bondi de 14,2% par rapport à l’an passé, battant tous leurs records antérieurs.

Alimentation contre Garde-robe

Sous l’effet de la crise sanitaire et des confinements à répétition, l’Israélien a modifié la composition de ses dépenses courantes. Ses dépenses en alimentation ont augmenté ; en 2021, l’alimentation représentait 17,9% du panier de la ménagère, contre 17,5% en 2019. En revanche, ses dépenses en vêtements ont diminué en deux ans, passant de 30,6% de la consommation des ménages en 2019 à 28,8% en 2021. Covid oblige, l’Israélien dépense plus pour sa santé et moins pour ses transports. Quant à ses dépenses de logement, elles continuent d’augmenter pour absorber, en 2022, 24,7% de ses dépenses mensuelles (contre 24,1% avant la pandémie).

Surpoids et Obésité

Depuis quelques années, Israël fait face à une augmentation rapide de l’obésité ; en 2019, 51% de la population adulte (un Israélien sur deux) souffraient de surpoids. Entretemps, la crise sanitaire est passée par là : durant la pandémie de 2020, 32% des Israéliens ont déclaré avoir gagné du poids. Et ce n’est pas tout : 7% des Israéliens ont déclaré consommer davantage d’alcool et 3% ont commencé à fumer durant la pandémie.

Connexion Internet

L’Israélien est de plus en plus connecté : si en 2019, 86,8% des Israéliens faisaient un usage fréquent d’un ordinateur et de l’Internet, en 2020, ils étaient 90,1% à être connectés pour travailler, communiquer, se divertir. Désormais, l’Israélien s’informe en ligne, fait ses achats en ligne et n’hésite plus à utiliser les services bancaires, médicaux et gouvernementaux en ligne.

Course contre le Temps

Le temps passé au travail constitue un aspect important de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. En Israël, un peu plus de 14% des salariés travaillent de très longues heures (cinquante heures ou plus par semaine), un taux plus élevé que la moyenne de 10% observée dans les pays de l’OCDE. Conséquence : la durée moyenne que l’Israélien consacre à soi et à ses loisirs (14 heures par jour) est moins importante que la moyenne de l’OCDE (15 heures). La pandémie n’a pas forcement amélioré l’équilibre travail-vie, beaucoup d’Israéliens ayant transformé leur maison en bureau.

Home, Sweet Home

La crise sanitaire n’a pas atténué le rêve d’une majorité d’Israéliens, l’accès à la propriété ; les achats d’immobilier ont continué de progresser, accélérant la flambée des prix. En 2021, 67% des Israéliens étaient propriétaires de leur logement et 31% habitaient en location. Si le taux de propriétaires est élevé, les Israéliens vivent à l’étroit dans leur logement : un logement moyen comprend 1,2 pièce par personne, ce qui est inférieur à la moyenne de l’OCDE qui s’établit à 1,7 pièce par personne.

Longévité

L’Israélien vit toujours plus vieux : en 2020, la femme vivait jusqu’à 84,8 ans, l’homme jusqu’à 80,7 ans (soit 83 ans en moyenne nationale). L’excès de mortalité observé durant la pandémie a réduit de 3 mois la longévité de l’Israélien ; en revanche, son espérance de vie reste supérieure de deux ans à la moyenne des pays de l’OCDE (81ans).

Fécondité

L’Israélienne reste la championne de la fécondité des pays occidentaux ; avec 2,9 enfants par femme en 2020, la fécondité israélienne est la plus forte de l’OCDE. Il est vrai que la tendance est à la baisse depuis 2015 (3,1 enfants par femme) ; malgré la pandémie, la natalité israélienne est presque le double de celle des pays de l’OCDE (1,6 enfant par femme). Quant au ralentissement des naissances observé en 2020, il a été partiellement compensé par le baby-boom de l’été 2021.

Déchets ménagers

On sait que la préservation de l’environnement n’est pas le point fort de l’Israélien ; en 2020, Israël était le cinquième pays de l’OCDE (sur 38) pour la quantité de déchets produits par les ménages ; 691 kg par habitant, très au-dessus de la moyenne OCDE (533 kg). En Israël, contrairement à d’autres pays occidentaux, la quantité de déchets générés par les ménages a continué d’augmenter durant la crise sanitaire. Il semble que l’Israélien ait profité des journées de confinement pour faire de l’ordre dans sa maison et se débarrasser d’objets encombrants : les déchets collectés dans les poubelles publiques par les municipalités israéliennes ont augmenté de 2% entre 2019 à 2020 alors qu’elles ont baissé de 1% en moyenne dans l’OCDE.

Religion

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la pratique religieuse en Israël est en recul. Le niveau de religiosité de la population juive va en s’affaiblissant ; en 2021, 48% des Juifs de plus de 20 ans se déclaraient « non religieux ou laïcs » contre 45% en 2016. En revanche, les musulmans sont plus pratiquants que les autres confessions : en 2021, 9% d’entre eux se déclaraient laïcs.

Bonheur

La crise sanitaire n’a pas touché le moral de l’Israélien : optimiste invétéré, l’Israélien n’hésite pas à se déclarer très heureux dans les enquêtes internationales. Selon le rapport 2022 du bonheur mondial publié sous l’égide de l’ONU (World Happiness Report), Israël est le 9e pays le plus heureux au monde. L’Israélien est même plus optimiste qu’avant le Covid puisqu’en 2019 Israël n’arrivait qu’à la 13e place au classement mondial du bonheur…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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