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Israël, un pays en guerre sans budget

Nouveaux billets de shekels israéliens, 24 septembre 2023. Illustration (Crédit : Hadar Youavian/Flash90)
Nouveaux billets de shekels israéliens, 24 septembre 2023. Illustration (Crédit : Hadar Youavian/Flash90)

Alors qu’Israël a lancé des frappes militaires sur l’Iran, l’Etat juif ne dispose toujours pas d’un budget voté pour 2026 ; le Trésor public devra faire preuve d’improvisation budgétaire pour financer une guerre qui n’a pas été prévue dans les dépenses militaires de l’année en cours.

Les retombées économiques d’un conflit armé avec l’Iran seront significatives pour Israël : non seulement le budget 2026 n’a pas encore été voté par les députés israéliens, mais le projet de budget en discussion à la Knesset ne prend pas en compte la possibilité d’une guerre avec l’Iran.

Il sera difficile de financer une guerre sans budget ; autrement dit, immédiatement après le vote du budget 2026, il sera nécessaire de voter un correctif budgétaire pour financer une guerre avec l’Iran.

Guerre des chiffres

Le conflit actuel avec l’Iran va relancer en Israël la polémique entre Tsahal et le ministère des Finances autour du budget militaire. Une polémique qui peut se résumer en trois chiffres :

  • la demande initiale de Tsahal pour 2026 s’élevait à 140 milliards de shekels ;
  • le budget prévisionnel 2026 prévoit 112 milliards de dépenses militaires, soit nettement moins que les exigences des responsables de Tsahal ;
  • depuis le début 2026, l’Etat d’Israël est géré avec le budget initial de 2025 qui a été reconduit en 2026 et qui consacre 90 milliards de shekels pour la Défense.

En prenant en compte que la guerre des 12 jours Israël-Iran, déclenchée le 13 juin 2025, avait coûté 20 milliards de shekels aux caisses de l’Etat, on peut comprendre que le Trésor public va devoir jongler avec les chiffres pour financer l’actuel conflit en Iran.

Etat d’urgence

Le projet de loi de finances 2026, actuellement en discussion à la Knesset, ne répondra donc pas aux besoins de Tsahal pour financer les dernières frappes sur l’Iran et les retombées éventuelles sur le territoire israélien.

Israël a la mauvaise habitude de démarrer l’année sans budget de l’Etat voté. Cette année, le conflit avec l’Iran brouille les cartes budgétaires ; le budget de la Défense 2026 qui n’a pas encore été voté, n’est déjà plus suffisant.

Pour l’heure, on voit mal comment le projet de budget 2026 pourrait être corrigé dans les délais qui lui sont impartis : si le vote n’intervient pas jusqu’à la fin mars, la Knesset est dissoute automatiquement, déclenchant des élections anticipées.

En ce début mars, deux options s’offrent au gouvernement israélien :

  • dissoudre la Knesset et organiser des élections anticipées pour le mois de juin prochain ;
  • faire adopter une loi spéciale justifiée par l’état d’urgence pour repousser l’échéance du budget de quelques mois sans dissoudre la Knesset.

Dans tous les cas, la décision du gouvernement Netanyahou concernant le budget 2026 sera politique et non économique…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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