Israël-Turquie : place au business !
Après treize années de gel politique et diplomatique, la visite prochaine du président israélien Herzog en Turquie ouvrira une nouvelle voie dans les relations entre les deux pays.
Sur fond de crise ukrainienne, le président turc Erdogan doit se rendre à l’évidence : la Turquie a besoin d’Israël, sans doute davantage qu’Israël a besoin de la Turquie.
Membre de l’OTAN et engagée aux côtés de l’Ukraine, la Turquie pourrait trouver en Israël un allié qui l’aidera à sortir de son isolement régional sans s’attirer les foudres de la Russie.
Si les relations politiques sont au point mort depuis une bonne décennie, il en est allé autrement du commerce bilatéral qui a continué de prospérer et qui a créé des liens de dépendance réciproque entre les deux pays.
C’est surtout du côté turc que la dépendance vis-à-vis d’Israël s’est particulièrement renforcé ; et elle se pourrait s’affermir encore si la crise russo-ukrainienne se prolongeait.
Boom du commerce
En 2021, les échanges commerciaux entre les deux pays ont fait un bond spectaculaire : Israël a acheté pour 4,8 milliards de marchandises à la Turquie soit 36% de plus qu’en 2020 et 48% de plus qu’en 2019. Dans l’autre sens, Israël a vendu à la Turquie pour 1,9 milliard de produits en 2021, 33% de plus en un an.
Pour Israël, la Turquie d’Erdogan est donc devenue un partenaire commercial de grande importance ; en 2021, la Turquie était le 5e fournisseur de marchandises d’Israël (derrière les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne et la Suisse) et son 7e débouché commercial pour ses exportations (derrière les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique).
Mais presque sans s’en rendre compte, la Turquie aussi est devenue dépendante d’Israël ; l’Etat juif est un marché important pour les entreprises turques qui lui fournissent principalement de l’acier, des équipements électriques et mécaniques, des produits agricoles et plastiques.
En 2021, Israël s’est même hissé dans le peloton des dix principaux partenaires commerciaux de la Turquie ; l’Etat juif est notamment devenu la neuvième destination des exportations de produits turcs. Désormais, la Turquie vend davantage à Israël qu’à la Russie qui, traditionnellement, était un marché naturel pour les produits turcs.
EastMed et gaz naturel
L’approvisionnement en gaz est un autre dossier chaud des relations israélo-turques. Désormais, le président turc se dit prêt à coopérer avec Israël sur le projet de gazoduc en Méditerranée orientale, ce qui marque bien la volonté d’Ankara de renouer les liens avec l’Etat hébreu.
Nommé EastMed, ce gazoduc permettrait d’acheminer le gaz israélien vers l’Europe en passant par la Grèce et Chypre.
En soutenant ce projet, Erdogan espère faire d’une pierre deux coups : il s’assure une autre source d’approvisionnement en gaz pour la Turquie et il créé une dépendance d’Israël pour un gazoduc qui transiterait par la Turquie.
Au moment où les livraisons de gaz et de pétrole russes sont remises en cause par l’invasion de l’Ukraine, le gaz israélien arrive à pic pour diversifier les approvisionnements énergétiques de la Turquie.
Isolement international
Enfin et non des moindres, la normalisation des relations avec Israël permettra aussi à la Turquie de réduire son isolement régional.
Fervent défenseur de la cause palestinienne, la Turquie s’est sentie isolée du monde arabe lorsqu’en septembre 2020, Israël a rétabli ses relations diplomatiques avec les Emirats arabes unis (EAU) et Bahreïn.
Par l’intermédiaire d’Israël, Erdogan voudrait améliorer les relations que la Turquie entretient avec les EAU, mais aussi avec l’Egypte et l’Arabie saoudite.
Et alors que la guerre fait rage en Ukraine, la rencontre Herzog-Erdogan prévue pour ce mercredi va prendre une dimension toute particulière : Erdogan voudrait montrer au monde qu’il est prêt à une réconciliation avec Israël.
En ce début 2022, la Turquie semble avoir compris l’importance d’entretenir de bonnes relations, politiques et diplomatiques, avec Israël.
Autrement dit, Erdogan a fini par accepter la nouvelle donne géopolitique et compte en faire profiter son pays ; ce sera aussi pour le plus grand bien des Israéliens.

