Israël, terre promise de la vaccination

Shaare Zedek - Préparatio d'une injection de vaccin Covid-19, à l'hôpital Shaarei Tsedek de Jérusalem, le 3 janvier 2021. Photo par Yonatan Sindel / Flash90
Shaare Zedek - Préparatio d'une injection de vaccin Covid-19, à l'hôpital Shaarei Tsedek de Jérusalem, le 3 janvier 2021. Photo par Yonatan Sindel / Flash90

Les médias internationaux ne tarissent pas d’éloges sur la campagne massive de vaccination contre le coronavirus qui a débuté en Israël le 20 décembre dernier et qui se poursuit à un rythme effréné.

Ils n’ont pas tort : le 5 janvier 2021, on comptait 1,3 millions d’Israéliens qui avaient reçu la première dose du vaccin, soit 15% de la population ; parmi les plus de 60 ans, le taux de vaccination avoisine les 50%.

Ces résultats exceptionnels ont fait d’Israël le champion du monde de la vaccination par habitant ; et l’Etat juif est devenu l’exemple à suivre pour les pays occidentaux qui n’ont pas commencé à vacciner que très lentement.

Paradoxalement, Israël est à la traîne des pays de l’OCDE pour ses dépenses nationales de santé mais il s’en sort mieux lorsqu’il s’agit de mener une campagne de vaccination.

Reste à savoir si le « modèle israélien » de vaccination est applicable ailleurs ; apparemment non, une situation inattendue qui mérite des explications.

Une population jeune et peu nombreuse

La première explication est d’ordre démographique : Israël est entré en 2021 avec 9,2 millions habitants, ce qui est considéré, à l’échelle planétaire, comme une population de taille modeste.

Non seulement la population israélienne est peu nombreuse, elle est aussi relativement jeune : 11% des Israéliens ont plus de 65 ans, contre 17% dans l’ensemble des pays de l’OCDE.

Certains pays d’Europe connaissent même un vieillissement de leur population encore plus fort ; en France et Allemagne par exemple, les plus de 65 ans dépassent les 20% de la population.

Autrement dit, il sera plus rapide pour les autorités israéliennes de vacciner la population âgée qui est deux fois moins nombreuse que dans la plupart des pays européens.

Comparé à des pays plus peuplés et plus étendus, Israël a pu aussi relever le défi logistique et réaliser une vaccination massive, le tout à une forte cadence, presque comme une opération militaire.

Un système de santé pratique et efficace

La deuxième explication est d’ordre organisationnel ; à défaut de lits d’hôpitaux et de personnel médical suffisants, Israël peut s’enorgueillir d’un système de santé pratique et efficace.

Ce ne fut pas toujours le cas : il a fallu attendre janvier 1995 pour que le gouvernement travailliste d’Itzhak Rabin fasse adopter une loi introduisant la couverture universelle de santé pour tous les Israéliens.

Longtemps décriée par l’opposition de droite, cette loi est une des avancées sociales les plus importantes qu’Israël ait connues.

Le système est simple : pour recevoir les soins médicaux inclus dans le « panier de santé » subventionné par l’Etat, l’Israélien adhère à l’un des quatre caisses d’assurance maladie qui existent dans le pays et qui sont des organismes à but non lucratif.

Une médecine informatisée

La troisième explication est d’ordre technologique : le système médical israélien est largement informatisé.

Aujourd’hui, chaque caisse de maladie dispose d’un fichier informatisé contenant des données précises sur chacun de ses assurés : maladies, traitements, allergies, informations personnelles, téléphone, e-mail, etc.

A l’heure d’une vaccination massive, les informations détenues par les caisses de maladie sur tous les citoyens sont décisives. Rien de plus facile : la caisse de maladie a envoyé un SMS aux assurés concernés, leur enjoignant de se rendre à un centre de vaccination – le tout conformément aux groupes prioritaires définis par le ministère de la Santé.

Et ici, la bureaucratie est limitée à son minimum : pas besoin d’accord préalable à la vaccination, ni de visite médicale ; un simple accord verbal du candidat à la vaccination est suffisant.

Après avoir reçu la première dose du vaccin, l’Israélien reçoit sur place un rendez-vous pour la seconde dose, trois semaines plus tard – toujours grâce à un système informatisé efficace.

Peu de réfractaires au vaccin

La quatrième explication est d’ordre psychologique ; contrairement à la majorité des pays d’Europe, en Israël les réfractaires à la vaccination ne sont pas nombreux.

Par expérience, les Israéliens savent que l’organisation des vaccinations dans leur pays est très efficace : ils ont toujours bénéficié d’une bonne prise en charge des vaccins de leurs jeunes enfants par les Centres de Protection maternelle et infantile (Tipat Halav) gérés par le ministère de la Santé.

L’exemple donné par plusieurs dirigeants israéliens, qui n’ont pas hésité à se faire vacciner en direct à la télévision et à une heure de grande écoute, n’a fait que renforcer la confiance des Israéliens dans l’efficacité du vaccin.

Récemment, plusieurs rabbins de la communauté ultraorthodoxe ont appelé leurs fidèles à se vacciner contre le coronavirus, ce qui a accéléré la vaccination au sein de groupuscules religieux généralement opposés aux vaccins.

Et pour convaincre les plus réfractaires, une campagne d’information initiée par le ministère de la Santé et appelant les Israéliens à se faire vacciner, est diffusée en permanence par les médias électroniques ; selon un sondage récent publié par le quotidien Globes, ce clip caracole en tête des messages publicitaires qui ont marqué le souvenir des Israéliens.

Résultat de la communication publique : malgré les incertitudes d’un vaccin fabriqué en un temps record, l’Israélien s’est convaincu qu’en contractant la maladie, il sera confronté à des séquelles plus graves que les effets de la vaccination elle-même qui sont mineurs – surtout une douleur locale.

Last but not least : la promesse faite par le gouvernement israélien d’un « passeport vert » pour les personnes vaccinées a aussi convaincu nombre d’Israéliens, pressés de retrouver une vie normale (à savoir voyages, culture et restaurants), de se faire vacciner.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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