Israël souffre du syndrome hollandais
La résilience de l’économie israélienne en temps de guerre n’est plus à démontrer. En revanche, c’est une économie qui souffre de son succès ; rien de grave, mais une situation qui interroge sur l’origine de son mal et les remèdes pour retrouver une santé durable.
Alors qu’Israël vient de célébrer son 78e anniversaire, les performances de l’économie israélienne se multiplient : après deux années de pause, la croissance du PIB redémarre rapidement, notamment relancée par la consommation privée et l’investissement.
Depuis le cessez-le-feu sur le front iranien, le shekel aussi s’est renforcé et il s’est même emballé ; pour la première fois en 31 ans, le dollar est passé sous la barre des 3 shekels, reflet d’un contexte géopolitique favorable.
En revanche, lorsque la monnaie est forte, l’industrie locale a du mal à exporter et les risques économiques sont majeurs. Les économistes ont donné un nom à ce phénomène : le « syndrome hollandais ». L’abondance de devises entraîne une appréciation de la monnaie nationale, rendant certaines activités moins compétitives et pouvant même provoquer une désindustrialisation et du chômage.
Inspirée du cas des Pays-Bas des années 1960, l’expression « syndrome hollandais » (ou « maladie hollandaise ») est utilisée pour désigner les conséquences nuisibles provoquées par l’afflux de devises lié, notamment, aux exportations de ressources naturelles.
Afflux de billets verts
L’économie israélienne présente aujourd’hui un des symptômes de la maladie hollandaise : il y a beaucoup trop de dollars qui entrent et circulent en Israël, beaucoup plus que le pays ne peut en absorber.
A l’origine de cet afflux de billets verts :
- les exportations de gaz qui vont en augmentant, notamment vers l’Egypte ;
- les exportations des industries militaires qui se sont accrues depuis la guerre à Gaza et en Iran ;
- la vente d’entreprises israéliennes à des investisseurs étrangers (pour environ 60 milliards de dollars en 2025) ;
- le taux d’intérêt élevé de la banque centrale qui attire les capitaux étrangers en Israël et notamment à la Bourse de Tel Aviv.
Si le shekel est fort, ce n’est pas seulement pour des raisons locales. C’est aussi parce l’incertitude géopolitique qu’entretient le président Trump incite les investisseurs américains à vendre leurs dollars pour investir ailleurs.
Bref, Israël croule sous l’afflux de dollars : la Banque centrale accumule des réserves qui battent tous leurs records en dépassant 230 milliards de dollars au début 2026.
Rançon du succès
Le cours d’une monnaie dépend surtout du niveau de l’offre et de la demande : lorsqu’il y a trop de dollars en circulation en Israël, sa valeur baisse et, mécaniquement, la valeur du shekel monte.
Le prix à payer pour faire face à cet afflux de dollars va en s’alourdissant ; il nuit à des pans entiers de l’économie d’Israël qui souffrent d’un shekel trop fort :
- les industries israéliennes deviennent moins compétitives et perdent des parts de marché à l’exportation,
- le secteur de la haute technologie exporte ses biens et services en dollars mais paie des salaires en shekels,
- le consommateur israélien préfère acheter des articles importés de l’étranger (moins chers) et délaisse les produits locaux (plus chers).
- le touriste étranger paie plus cher son séjour en Israël, ce qui handicape le secteur touristique et hôtelier déjà ralenti par deux ans et demi de guerre.
Lorsque des industries locales peinent et envisagent de transférer leurs activités à l’étranger, c’est toute l’économie israélienne qui perdra en emplois, en recettes fiscales et en revenus.
Double tranchant
Autrement dit, la force du shekel est une fierté nationale mais elle est aussi une arme à double tranchant :
- elle abaisse le prix des importations, situation qui profite surtout aux importateurs qui ne répercutent pas toujours la baisse des prix sur le consommateur,
- elle porte préjudice aux entreprises exportatrices et plus particulièrement aux technologies de pointe, secteur considéré comme le moteur de l’économie israélienne.
À 78 ans, l’économie israélienne est malade de son succès.
Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? L’avenir le dira…
