Israël souffle le chaud et le froid avec les Palestiniens

Des Palestiniens affrontant les forces de sécurité israéliennes dans l'enceinte de la mosquée Al Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem, le vendredi 15 avril 2022. (AP Photo/Mahmoud Illean)
Des Palestiniens affrontant les forces de sécurité israéliennes dans l'enceinte de la mosquée Al Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem, le vendredi 15 avril 2022. (AP Photo/Mahmoud Illean)

Le maitre d’œuvre de la politique palestinienne reste sans conteste le ministre de la Défense Benny Gantz. Après quatre attaques tuant 14 personnes en moins d’un mois, il a lancé Tsahal à l’offensive en menant un nombre croissant de raids et en déployant des milliers de soldats dans les territoires.

L’augmentation des actions terroristes a poussé Tsahal à mener des raids dans les villages palestiniens du nord de la Cisjordanie et à augmenter le nombre des arrestations touchant tout Palestinien impliqué dans le terrorisme. Gantz a mis les moyens pour éradiquer toute nouvelle tentative d’Intifada.

Tsahal a renforcé ses troupes en Cisjordanie avec 16 bataillons de combat, y compris des forces spéciales d’unités de commandos. Des officiers du Shin Bet travaillent aux côtés des troupes de l’unité de renseignement militaire 8200 pour analyser les réseaux sociaux et d’autres sources afin d’identifier les attaquants potentiels et de les arrêter à l’avance. Sont également visés les trafiquants d’armes et ceux qui sont impliqués dans la vente d’armes.

Des dizaines d’armes ont été confisquées par les troupes lors des raids de ces dernières semaines. Les troupes ont reçu des instructions claires pour empêcher tout Palestinien de pénétrer illégalement en Israël et ont reçu l’ordre, si nécessaire, de tirer sur ceux qui tentent de traverser la ligne verte avec la Cisjordanie. La population de Jénine a été informée par tract que «quiconque s’approchait de la frontière met sa vie en danger immédiat».

Pour prévenir les attaques meurtrières dans les grandes villes, Tsahal a renforcé la police israélienne avec quelque 1.000 soldats d’unités d’élite comprenant Sayeret Golani, Shaldag et des unités de commandos telles que Duvdevan et Egoz. Par ailleurs, le cabinet de sécurité a débloqué 360 ​​millions de shekels pour renforcer et réparer la barrière de sécurité, qui longe la Ligne Verte. Mais s’il a la main lourde en Cisjordanie, Gantz veut montrer qu’Israël ne vise que les terroristes et épargne la population arabe.

Lors d’une visite au nord de la Cisjordanie, accompagné des grands chefs militaires, le ministre de la Défense Gantz a cependant précisé que «Parallèlement aux opérations de renseignement, d’attaque et de défense, nous promouvons des solutions qui permettront à des dizaines de milliers de travailleurs supplémentaires d’entrer en Israël de manière ordonnée. J’ai demandé à tous les organismes de préparer un plan qui comprend l’ajustement de l’âge, le diagnostic de sécurité et la mise à niveau des passages à niveau eux-mêmes. À long terme, cela améliorera la sécurité et améliorera à la fois l’économie israélienne et l’économie palestinienne. Nous continuerons à lutter contre le terrorisme et à prendre soin de l’économie». Durant sa visite, il a rencontré le président du Conseil d’Alfei Menashe, Shai Rosenzweig.

Actuellement, 130.000 Palestiniens de Cisjordanie disposent de permis de travail en Israël. En offrant des permis de travail supplémentaires, même aux ouvriers de Gaza, le gouvernement veut étouffer dans l’œuf toute velléité de contestation et neutraliser l’action des organisations terroristes ainsi qu’améliorer la vie des Palestiniens qui mesurent ce qu’ils risquent de perdre s’ils s’élancent dans des manifestations violentes.

Le gouvernement ne fera qu’officialiser une situation de fait. En effet, des dizaines de milliers de Palestiniens entrent chaque jour illégalement en Israël pour travailler dans la construction ou l’agriculture car le pays manque dramatiquement de bras. Israël veut bien fermer les yeux sur les travailleurs mais pas sur les terroristes.

La région de Jénine a été privilégiée parce que les auteurs des deux attaques les plus récentes sont de cette ville. Durant les dernières opérations deux Palestiniens, Shas Kammaji et Mustafa Abu Al-Rub, ont été tués dans des affrontements avec Tsahal. Le premier était le frère d’Ayham Kamamji, l’un des six prisonniers évadés de la prison de Gilboa il y a quelques mois.

Trois autres Palestiniens, soupçonnés de planifier une attaque durant Pessah, ont été tués dans le village de Silwad. Les troupes israéliennes ont par ailleurs arrêté Wassim a-Sayed, assassin de Tamar et Yéhouda Kaduri en 2019 ainsi que le ressortissant moldave Ivan Tirnovski le mois dernier.

Pour éviter une aggravation de la situation entre communautés, Israël a interdit tout sacrifice d’animaux sur le Mont du Temple et a menacé d’arrêter tout contrevenant juif. Si des factions palestiniennes ont menacé de «défendre la mosquée Al-Aqsa», le Hamas n’envisage aucune action militaire contre Israël. Il en a été dissuadé par l’Égypte, impliquée dans des contacts récents entre le Hamas et avec Israël.

Gantz souffle le froid et le chaud. Lors d’une conférence de presse, le 6 avril, avec Yaïr Lapid, il avait décrit les mesures les plus récentes, telles qu’autoriser les Palestiniens à se rendre en Israël et à Jérusalem pour le Ramadan malgré les problèmes de sécurité. Il s’était entretenu au téléphone, sur ce sujet, avec Mahmoud Abbas. Lors d’une réunion préparatoire diplomatique et sécuritaire conjointe avec Yaïr Lapid à l’intention de quelque 80 ambassadeurs, Gantz a présenté les mesures de confiance prises conjointement avec l’Autorité palestinienne au cours de l’année écoulée, et a appelé la communauté internationale à intensifier et à investir dans l’économie palestinienne.

Israël avait décidé d’augmenter le nombre de permis de travail pour les travailleurs palestiniens de Gaza, de 12.000 à 20.000. Il a également étendu la zone de pêche autorisée de l’enclave. Malgré les attentats, le gouvernement n’a pas voulu tomber dans le piège des terroristes et il a décidé de continuer de l’avant. La condamnation par Mahmoud Abbas des attaques terroristes a été considérée comme une décision rare de sa part ces dernières années : «Le meurtre de civils palestiniens et israéliens ne fait que détériorer la situation». Cette déclaration a servi à motiver les dirigeants israéliens.

Malgré cette avancée politique israélienne, le Hamas et le djihad islamique ont encouragé des manifestations sur le Mont du Temple d’une part pour marquer leur présence mais surtout pour déstabiliser l’Autorité palestinienne. Plus de 150 personnes ont été blessées vendredi lors d’affrontements entre des manifestants palestiniens et la police israélienne dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa.

Des dizaines d’hommes masqués sont entrés dans Al-Aqsa en lançant des feux d’artifice tandis que la foule lançait des pierres sur les fidèles du Kotel. Pour stopper les manifestants, les forces israéliennes ont été contraintes de tirer des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes. Faisant plus d’une centaine de blessés.

A l’heure actuelle, les affrontements ne semblent pas aussi intenses que l’an dernier puisqu’ils n’ont pas généré 11 jours de conflit dévastateur entre Israël et le Hamas. Finalement la police israélienne a eu raison des manifestants, dont 400 personnes arrêtées à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa après des heures d’escarmouches. Elle a réussi à rétablir le calme en empêchant toute prochaine attaque terroriste.

Les islamistes veulent maintenir les troubles en Cisjordanie et à Jérusalem, mais le Hamas veut éviter l’escalade dans la bande de Gaza car des milliers de permis de travail israéliens risquent d’être annulés. Selon un haut dirigeant, «le Hamas ne veut pas d’une nouvelle confrontation». Seul le djihad islamique serait plus enclin à une escalade parce qu’il souhaite une «confrontation plus proche et plus dure si les forces israéliennes n’arrêtent pas l’agression contre notre peuple».

D’ailleurs ce clan a mobilisé des milliers de personnes à Gaza. Face à cette violence le Premier ministre Naftali Bennett, a donné carte blanche aux forces israéliennes pour «vaincre le terrorisme en Cisjordanie». On ignore encore si la politique d’ouverture prônée par Benny Gantz sera maintenue ou mise en sommeil.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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