Israël sans budget 2023 : les réformes attendront

© Stocklib / vladirina32
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Le gouvernement Netanyahou tarde à se mettre en place et les réformes promises attendront : Israël n’a pas de budget voté pour 2023.

Cette situation, qui n’a rien d’exceptionnelle en Israël, ne permettra pas d’engager de nouvelles dépenses ; les promesses électorales attendront au moins six mois avant de ressortir des tiroirs.

La crise politique, qui a secoué Israël durant les trois dernières années, a une conséquence économique peu connue : le pays reste sans budget lorsque le gouvernement tombe avant que la Knesset n’ait adopté la loi de finances de l’année suivante.

Une fois n’est pas coutume, mais ça finit par devenir une habitude. Car démarrer l’année sans budget est devenu fréquent en Israël ; le gouvernement continue de gérer les affaires courantes mais il ne peut pas modifier l’ordre des priorités et introduire de nouvelles dépenses.

Précédent historique

Certes, il existe en Israël un dispositif législatif qui empêche la paralysie du pays ; le budget adopté pour l’année précédente est reconduit pour une année supplémentaire.

Un dispositif d’exception que le Premier ministre entrant connaît bien ; le dernier gouvernement dirigé par Netanyahou avait laissé le pays sans budget durant deux années consécutives.

Souvenons-nous de ce qui est devenu un précédent historique : le budget 2019 a été le dernier budget adopté sous Netanyahou. 2020 et 2021 avaient démarré sans budget ; le pays a dû se contenter de budgets extraordinaires alors que le gouvernement gérait la crise sanitaire du Covid par des décrets d’urgence.

Il a fallu attendre le budget 2022 adopté par le gouvernement Bennett-Lapid pour permettre à Israël de sortir de sa torpeur budgétaire et aux pouvoirs publics de reprendre le rythme normal de leurs activités.

Paralysie financière

En toute vraisemblance, le budget 2023 ne sera pas adopté par la Knesset avant le mois de mai prochain ; durant une demi-année, aucune dépense nouvelle ne pourra être engagée.

Qu’on se rassure ; les fonctionnaires israéliens continueront à être payés, seules les augmentations de salaires seront remises à plus tard.

Que deviendront donc les promesses électorales qui se chiffrent à plusieurs milliards de shekels comme des budgets supplémentaires aux harédim ou les subventions aux prix de l’énergie ?

Elles dormiront dans les tiroirs des nouveaux ministres jusqu’à ce que la Knesset adopte le budget 2023, voire 2024.

Mauvaise nouvelle

Certains se réjouiront de cette situation : faute de budget, les services de l’Etat économisent de l’argent en freinant leurs dépenses, sans même pouvoir utiliser les excédents budgétaires de l’année précédente.

Il n’empêche que l’absence de budget mis à jour pour l’année en cours est une mauvaise nouvelle pour l’économie israélienne ; l’Etat a besoin d’un cadre budgétaire pour choisir ses priorités et lancer des réformes.

Car un budget est essentiel au bon fonctionnement du pays ; les services publics, comme éducation, santé et transports, ne peuvent pas restés dépendants du bon vouloir des dirigeants politiques, ministres et députés.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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