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Israël perd le Nord

Illustration : De la fumée s'élevant près d'un avant-poste israélien à cause des roquettes tirées par le Hezbollah, sur une photo prise depuis le village de Tayr Harfa, au sud du Liban, près de la frontière avec Israël, le 15 décembre 2023. (Crédit : AFP)
Illustration : De la fumée s'élevant près d'un avant-poste israélien à cause des roquettes tirées par le Hezbollah, sur une photo prise depuis le village de Tayr Harfa, au sud du Liban, près de la frontière avec Israël, le 15 décembre 2023. (Crédit : AFP)

Les roquettes du Hezbollah ne cessent de s’abattre sur les localités du nord d’Israël mais le gouvernement tarde à réagir pour réparer les dégâts et venir en aide aux populations déplacées.

Plus de 60.000 Israéliens ont passé les fêtes de Pessah loin de leur domicile ; les habitants du nord d’Israël, déplacés depuis le début de la guerre à Gaza, sont devenus des réfugiés dans leur propre pays.

Si la guerre contre le Hezbollah est justifiée pour la majorité des Israéliens, y compris pour les habitants des localités frontalières du Liban, c’est le soutien du gouvernement israélien qui pose problème.

Nord contre Sud

Pourtant, les dégâts dans le nord d’Israël sont connus et nombreux : plusieurs centaines de bâtiments, maisons et commerces, ont été endommagées par les bombardements intensifs venant du Liban, alors que les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme ont été durement touchés.

Un homme marche devant des magasins fermés dans la ville de Kiryat Shmona, au nord d’Israël, près de la frontière avec le Liban, le 22 février 2024. (Crédit : Jalaa MAREY / AFP)

Or après sept mois de guerre, les habitants du nord d’Israël se sentent abandonnés, voire discriminés par rapport aux déplacés du sud ; les aides promises par l’Etat n’arrivent pas et, pour l’heure, aucun plan gouvernemental de reconstruction n’a été mis en place.

Et pour cause : peu après le déclenchement de la guerre dans le sud du pays, le gouvernement israélien a créé le fonds Tkouma doté de 19 milliards de shekels (5 milliards d’euros) qui seront consacrés à la réhabilitation sociale, économique et physique, des localités situées jusqu’à 7 km de la bande de Gaza et de leurs habitants.

Pour le nord, rien de semblable : jusqu’à présent, aucun cabinet socio-économique n’a été mis en place pour traiter de la reconstruction des localités frontalières libanaises et de l’indemnisation de leurs résidents.

Guerre des egos

Dix-neuf milliards de shekels pour le sud contre zéro shekel pour le nord ! A l’origine de l’abandon du nord, une incroyable guerre des egos qui fait rage au sein du gouvernement israélien.

Qu’on en juge : en janvier dernier, le cabinet du Premier ministre avait élaboré un plan de réhabilitation du nord qu’il comptait soumettre quelques jours plus tard à l’approbation du gouvernement. Selon cette proposition, la reconstruction du nord serait confiée au ministère de l’Intérieur, qui est aux mains du parti séfarade Shass.

Mais à ce jour, ce plan n’a pas été approuvé : le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui tient les cordons de la bourse, s’oppose à un programme qui relève du ministère de l’Intérieur dirigé par Shass, et exige qu’il soit géré par un ministre de son propre parti, le Sionisme religieux.

Début avril, les maires de localités du nord ont tenu une réunion de travail avec des représentants du gouvernement pour tirer la sonnette d’alarme, sans grand succès : en l’absence de plan gouvernemental, la reconstruction du nord est repoussée de plusieurs mois.

Le Nord d’Israël est donc bien abandonné à lui-même : triste conclusion pour les 60.000 Israéliens déplacés qui ne savent pas quand ils pourront rentrer chez eux, et qui n’auront pas tous où rentrer…

 

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015), "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018) et "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Dernier ouvrage paru : "Juifs et Arabes israéliens, la nouvelle donne après le 7 octobre 2023" (Auteurs du Monde, 2026). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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