Israël n’a pas abandonné Joshua Mollel, ce jeune Tanzanien tué lors du 7-Octobre
Quand la dépouille de Joshua Loitu Mollel, jeune Tanzanien tué lors de l’attaque du 7 octobre 2023, a finalement quitté Israël pour rentrer au pays, c’est tout un protocole d’État qui s’est mis en branle. Un soin rare, presque intime. Un contraste évident avec le sort de tant de migrants africains morts dans le désert ou en Libye, abandonnés sans nom ni sépulture, comme Fati Dosso et sa fille.
Rien, absolument rien, ne prédestinait Joshua Loitu Mollel à figurer dans les pages d’actualité internationale. Il avait quitté la Tanzanie quelques semaines plus tôt pour une formation agricole en Israël, un stage modeste mais prometteur. Au kibboutz Nahal Oz au sud d’Israël, il découvrait les gestes du métier, les horaires serrés, les cultures au cordeau. La vie y était simple, presque monotone pour le jeune Tanzanien décrit comme « travailleur et toujours souriant ».
Puis, un matin d’octobre, le 07 octobre 2023, le vacarme des armes a remplacé le ronron des machines. Le Hamas a surgi, et le kibboutz a basculé dans l’horreur. Joshua se trouvait dans une étable. Il n’en est jamais sorti. Son corps, récupéré par les assaillants, a disparu dans le chaos de Gaza. Pendant plus de deux ans, sa famille n’a reçu que des bribes d’informations, lointaines, incertaines. Une attente cruelle qui n’en finissait pas. Joshua n’était pourtant pas un soldat, juste un Tanzanien venu étudier l’agriculture en Israël.
Israël a retrouvé son corps et l’a restitué avec dignité
À l’automne 2025, lorsqu’une série de dépouilles est rendue à Israël dans le cadre d’échanges compliqués, les médecins légistes s’attellent à une tâche difficile. Parmi les dépouilles, ils identifient formellement celle de Joshua.
Le ministère des Affaires étrangères israélien prévient la famille. Pas par communiqué impersonnel, mais par un contact humain, direct, avec une attention presque surprenante pour un jeune étranger pas Européen, pas Américain : Africain. Ensuite viennent les étapes protocolaires : hommage, coordination diplomatique, accompagnement vers la Tanzanie. Un drapeau recouvre même le cercueil avant le départ.
Pour un stagiaire africain arrivé depuis quelques semaines seulement, c’est un traitement que peu de pays auraient fourni. Mais Israël, fidèle à sa doctrine – ne jamais laisser un mort sans réponse – applique le même principe, qu’importe la nationalité et la couleur de la peau.
Le triste sort des migrants Africains
La comparaison est brutale, presque indécente, mais doit être faite : dans le même temps, des centaines (peut être des milliers, faute de chiffres fiables) d’Africains disparaissent chaque année dans les dunes du Sahara, sur les pistes menant à la Libye ou dans les zones désertiques aux portes de la Tunisie, de l’Algérie…
On retrouve des corps, parfois des familles entières, parfois des squelettes blanchis par le soleil. Les ONG en parlent, les statistiques s’accumulent ; les dirigeants africains, eux, lèvent à peine un sourcil… Quand ils le lèvent !
Lorsqu’un migrant meurt dans le désert, la nouvelle fait très rarement plus de cinquante mots dans la presse locale. Très souvent, même pas un. Pour plusieurs pays Africains, l’indifférence est devenue un réflexe institutionnel et s’apparente même à un aspect culturel.
Fati Dosso : une mère, une enfant, mortes dans le désert
Le drame de Fati Dosso et de sa fille résume cette fatalité macabre. Un refoulement brutal à la frontière tuniso-libyenne. Quelques jours d’errance dans une étendue de sable sans eau. Puis leurs corps, figés par la chaleur, photographiés par des secours trop tardifs. Le monde occidental s’émeut. Le « mond’Africain » pas vraiment. Et les autorités africaines ? Rien. Pas de mission envoyée. Pas de prise en charge pour rapatrier les corps. Pas d’enquête. Rien. Fati Dosso était pourtant ivoirienne et sa fille ivoiro-camerounaise ; toutes les deux seront enterrées en Libye.
Comme si leur mort était attendue. Banale. Une conséquence logique du « voyage »…
Deux manières de considérer les morts : l’une protectrice, l’autre indifférente
Au fond, l’histoire de Joshua Mollel n’est pas seulement celle d’un jeune homme qui a perdu la vie dans un conflit qui n’était pas le sien. C’est aussi celle d’un État – Israël – qui a choisi de ne pas détourner le regard, même pour un enfant d’Afrique venu apprendre l’agriculture dans un Kibboutz.
Ce geste, qu’on le juge politique, stratégique ou sincèrement humain, reste un geste. Un geste très fort.
Face à cela, les États africains semblent avoir accepté l’idée que leurs ressortissants meurent loin de chez eux, anonymes, oubliés par leurs autorités censées les protéger.
Comme si l’exil emportait aussi le droit à une sépulture digne mais surtout d’une protection d’un pays dont on est le ressortissant.
Le contraste est dur, presque cruel. D’un côté, un pays qui affirme : « Personne ne sera laissé derrière ». De l’autre, beaucoup de gouvernements africains qui trop souvent n’accordent aucune importance au sort de leurs compatriotes.
Sur ce point, plusieurs pays d’Afrique ont beaucoup à apprendre d’Israël…

