Israël multiplie les mesures en faveur des Chrétiens de Gaza

Des chrétiens participent à la messe du dimanche des Rameaux à l'église catholique romaine de la Sainte-Famille, dans la ville de Gaza, le dimanche 28 mars 2021. (AP Photo/Khalil Hamra)
Des chrétiens participent à la messe du dimanche des Rameaux à l'église catholique romaine de la Sainte-Famille, dans la ville de Gaza, le dimanche 28 mars 2021. (AP Photo/Khalil Hamra)

Dans le cadre de sa politique d’ouverture vis-à-vis de Gaza, après l’autorisation donnée à 5.000 ouvriers palestiniens d’entrer en Israël, le gouvernement israélien vient de permettre à 500 Chrétiens de Gaza, la moitié de la population chrétienne, d’entrer en Cisjordanie pour y passer les fêtes de Noël avec leurs familles. Le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (Cogat), le général de division Ghassan Alyan, a rendu visite aux églises de Jérusalem en présence du chef de l’administration civile, le général de brigade Faris Atila, des chefs de la communauté chrétienne et de l’ambassadeur du Vatican en Israël.

Le général Alyan a déclaré : «En mon nom et au nom de la Coordination des activités gouvernementales dans son ensemble, je souhaite à tous les résidents chrétiens de Judée-Samarie, de la bande de Gaza et en général, une année saine et sûre, pleine de prospérité et de succès, dans laquelle nous pouvons célébrer et profiter, et en même temps, nous protéger et protéger nos proches». Environ 200 personnes seront aussi autorisées à voyager à l’étranger via Israël jusqu’en Jordanie.

La population chrétienne de Gaza est très faible, à peine 1.030 personnes. Selon Ibrahim Kandelaft, conseiller du président de l’OLP pour les affaires chrétiennes, la population chrétienne de la bande de Gaza représentait 2.500 personnes (soit 0,13% de la population de Gaza, contre 0,6% trente ans plus tôt) au moment du recensement palestinien de 1997. C’est une communauté oubliée qui s’amenuise au fil des ans. Dans l’enclave palestinienne sous tension permanente, le petit millier de Chrétiens encore présent déjoue les restrictions de circulation et cherche, comme d’autres Gazaouis, une porte de sortie.

Ils célèbrent Noël le 25 décembre par opposition aux Chrétiens orthodoxes qui le fêtent le 7 janvier. Cette année, en plein Covid, les Chrétiens du monde entier seront peu nombreux dans l’église de la Nativité à Bethléem. En raison des troubles sécuritaires, les autorités israéliennes avaient interdit en 2019 et 2020 aux Chrétiens de Gaza de se rendre en Cisjordanie; quelques-uns avaient pu se rendre à l’étranger. En raison de la pandémie de 2020, le passage d’Erez avait été totalement fermé pendant 18 mois.

Cette relative ouverture de Gaza est liée aux négociations de trêve négociée par l’entremise de l’Égypte. Le Hamas reste discret car officiellement il refuse toute relation avec «l’entité sioniste». Cependant Kamel Ayad, directeur des relations publiques de l’Église orthodoxe de Gaza, se félicite de la levée de toute interdiction appliquée en effet depuis deux ans. L’église avait déposé 723 demandes de permis mais les stricts contrôles sécurité ont limité les autorisations à quelques 500 personnes, souvent en raison de l’absence des trois vaccins obligatoires.

De leur côté, les autorités de Gaza ont limité les célébrations de Noël à des prières à l’église et à l’allumage du sapin à l’exception des chants palestiniens traditionnels et de la distribution des cadeaux de Noël aux enfants. Avant la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en 2007, l’église avait l’habitude d’allumer un énorme arbre de Noël dans le jardin du soldat inconnu au centre de la ville de Gaza tandis que les scouts orthodoxes organisaient des défilés. Il est vrai que les Chrétiens étaient plus de 6.000 à l’époque et que leur nombre a été réduit par l’émigration, le taux de chômage élevé et les différentes guerres.

Pour que les fêtes aient le même retentissement, le Hamas a encouragé les musulmans à participer aux célébrations de Noël dans le but psychologique de nier toute discrimination à Gaza. Ayad s’est justifié : «Il est tout simplement impensable que mes voisins musulmans me souhaitent bonne chance en une si belle occasion. Nous sommes tous ici comme une seule communauté et nous rejetons la discrimination».

De manière générale, les Gazaouis condamnent ces exceptions données à une communauté spécifique alors qu’ils estiment que la frontière devrait être totalement ouverte. Ils se demandent s’ils pourront longtemps fêter Noël quand de plus en plus de Chrétiens quittent Gaza vers de meilleurs cieux parce que «le droit à la liberté de culte est garanti certes mais le droit de s’habiller, de boire et d’avoir l’esprit ouvert ne l’est évidemment pas» d’autant plus qu’une circulaire du ministère des Dotations de Gaza interdit aux musulmans de participer à leurs célébrations. Cela pousse d’ailleurs une proportion plus élevée de Chrétiens à émigrer, les faisant disparaitre à terme totalement de la bande de Gaza.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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