Israël-Maroc : normalisation exceptionnelle en plein jour 

(COMBO) Combinaison d'images de fichiers créés le 10 décembre 2020 montrant le drapeau marocain au côté du drapeau national israélien le 23 septembre 2020. Le Maroc l'a confirmé le 10 décembre 2020, le pays reprend les relations diplomatiques avec Israël "dans un délai minimal" et salué comme "historique" une décision de Washington de reconnaître la souveraineté marocaine sur la région contestée du Sahara Occidental. JACK GUEZ, Jody AMIET / AFP
(COMBO) Combinaison d'images de fichiers créés le 10 décembre 2020 montrant le drapeau marocain au côté du drapeau national israélien le 23 septembre 2020. Le Maroc l'a confirmé le 10 décembre 2020, le pays reprend les relations diplomatiques avec Israël "dans un délai minimal" et salué comme "historique" une décision de Washington de reconnaître la souveraineté marocaine sur la région contestée du Sahara Occidental. JACK GUEZ, Jody AMIET / AFP

La récente visite au Maroc du ministre de la Défense, Benny Gantz, est une grande première dans nos relations diplomatiques avec les pays arabes. Elle marque un tournant significatif au sein du monde arabe et elle ouvre une nouvelle page lumineuse dans les rapports bilatéraux.

Devant les menaces et les dangers régionaux, l’Etat d’Israël inspire confiance et apporte des gages sur tous les plans. Son héritage trimillénaire mis à l’épreuve, sa capacité productrice, scientifique et intellectuelle, et ses recherches inlassables à aboutir à une paix viable, brisent la méfiance et les suspicions. Ils encouragent la coopération dans tous les domaines dans un respect mutuel et dans un espoir d’avenir meilleur.

La normalisation avec le monde arabe est donc irréversible au grand dam et à la colère du front du refus.

Depuis la renaissance de l’Etat Juif, tous les gouvernements ont œuvré dans le secret et loin des projecteurs pour entamer des relations diplomatiques avec les pays arabo-musulmans. Certes, nous avons signé des accords de paix avec l’Egypte et la Jordanie mais ils demeuraient à ce jour des relations timides et bien froides. Les peuples n’étaient pas concernés, les parlements, la presse et les élites très hostiles à tout rapprochement chaleureux.

Les Accords d’Abraham ont bouleversé la donne géopolitique mais ont aussi ébranlé les esprits et modifié le comportement à l’égard d’Israël et des Juifs.

Le Maroc est un formidable exemple, il mérite pour son courage et sa persévérance d’être suivi par d’autres pays. Au fil des ans, il a réussi à protéger la communauté juive et à sauvegarder ses traditions. Il est l’un des rares pays où l’antisémitisme classique n’existe pas.

Après de longues années de coopération bilatérale informelle, notamment dans la prévention du terrorisme, la visite historique de Benny Gantz à Rabat a formalisé les relations de défense par la signature d’un protocole sécuritaire bilatéral permettant une coopération stratégique, militaire et industrielle, tout en renforçant le domaine prioritaire du renseignement.

Il s’agit du premier accord du genre entre Israël et un pays arabe. Il facilite l’acquisition par le Maroc de technologies sophistiquées et de pointe Made in Israël, au moment où d’autres pays, sous les pressions du BDS boycottent nos produits.

Pour la première fois, des officiers israéliens en uniforme de Tsahal, certains d’origine marocaine, peuvent circuler dans les rues de Rabat.

Pour la première fois aussi, un ministre israélien de la Défense publie un article-opinion dans un journal marocain évoquant en toute franchise les excellentes relations entre les deux pays et l’amitié judéo-arabe.

Cette réalité sur le terrain et à la lumière du jour étaient inimaginables il y a quelques années.

Rappelons que le royaume chérifien est confronté avec l’Algérie sur la question du Sahara occidental. Alger avait rompu ses relations avec Rabat en août dernier. Les tensions entre les deux pays voisins demeurent très vives.

La nouvelle alliance stratégique avec Israël irrite le Front Polisario qui est soutenu par l’Algérie et l’Iran.

« Le Mossad est à nos frontières » a titré un quotidien francophone proche du pouvoir algérien.

Les activités de l’Iran dans cette zone inquiètent bien entendu le Maroc et seul Israël pourra apporter des gages pour assurer la défense contre toute attaque et garantir la stabilité du Royaume.

Bien entendu, le peuple algérien n’est pas notre ennemi, mais nous devrions agir discrètement auprès de l’administration américaine pour que les Etats-Unis maintienne la reconnaissance marocaine sur le Sahara occidentale. Contrairement à l’Algérie, le Maroc est depuis toujours un allié fidèle de l’Occident.

Rabat ne peut plus compter sur la France qui se voit actuellement dépourvue d’influence concrète dans les pays francophones, et les dirigeants marocains constatent également la faiblesse des Etats-Unis et l’abandon de ses fidèles alliés.

L’État d’Israël est particulièrement préoccupé non seulement par la reprise des négociations à Vienne sur le projet nucléaire mais aussi sur les aspirations régionales de l’Iran. Les Islamistes chiites représentent une menace réelle pour la paix mondiale et ce danger est un défi pour Israël et ses alliés arabes.

Dans ce contexte, nous devrions renforcer, sans crainte, nos relations bilatérales avec le Maroc. Encourager les pays voisins, notamment la Mauritanie, de suivre le royaume chérifien et ainsi élargir, avec respect et sagesse, le noble cercle de l’alliance des Accords d’Abraham.

Voir l’intégralité de l’article-opinion du ministre de la Défense, Benny Gantz, dans le journal marocain L’Observateur.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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