Israël livre une « guerre économique » aux Palestiniens

© Stocklib / vitaly suprun
© Stocklib / vitaly suprun

Après l’échec de la paix économique avec les Palestiniens, le gouvernement israélien passe à la vitesse supérieure : face à la poussée de tensions, il utilise l’arme des sanctions économiques.

Les attentats perpétrés en Israël par des Palestiniens de la Cisjordanie, tout comme les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, ont conduit le gouvernement Bennett à mettre en œuvre des mesures de représailles visant à endiguer la vague de violence.

En revanche, lorsque les attentats sont commis par des citoyens israéliens, la marge de manœuvre des pouvoirs publics est assez étroite ; ce qui oblige le gouvernement à faire preuve d’imagination.

Les illusions de la paix économique

Benyamin Netanyahou avait déclaré la « paix économique » avec les Palestiniens ; c’était en 2009, lors d’un célèbre discours prononcé à l’université Bar-Ilan.

Si la paix économique a resserré les relations commerciales entre Israël et l’Autorité palestinienne, elle n’a pas pour autant débouché sur une paix politique.

Au cours de la décennie 2010, la paix économique a connu des hauts et des bas, au gré des attentats, opérations militaires et regains de violence, qui se sont multipliés.

La coalition gouvernementale dirigée par Naftali Bennett depuis juin 2021 a décidé de mettre de côté le règlement du conflit israélo-palestinien, ce qui a permis au mouvement islamiste Raam de la soutenir ; on ne pourra donc pas lui reprocher de maintenir le statu quo actuel dans la région.

En revanche, le gouvernement Bennett ne cesse de remettre en cause les acquis de la paix économique, n’hésitant pas à déclarer la « guerre économique » aux auteurs d’attentats meurtriers, Palestiniens comme Israéliens.

Les dangers de la guerre économique

Après les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza en avril dernier, le gouvernement israélien Israël avait fermé pendant environ deux semaines le seul point de passage entre Gaza et le territoire israélien, interdisant aux Gazaouis de venir travailler en Israël.

Et tant pis si cette mesure contredisait la décision précédente de porter de 12.000 à 20.000 le nombre de permis de travail accordés à des Palestiniens de Gaza pour pouvoir travailler en Israël.

Le gouvernement envisage la même sanction vis-à-vis des Palestiniens de Cisjordanie ; actuellement, Israël leur accorde 100.000 laissez-passer pour travailler sur son territoire et 40.000 pour travailler dans les implantations israéliennes de la Cisjordanie.

En limitant les permis de travail accordés aux ouvriers palestiniens, Israël encourage le travail au noir : plusieurs milliers de clandestins passent quotidiennement la barrière de sécurité en quête d’un gagne-pain.

Plus récemment, le gouvernement Bennett a décidé de brandir l’arme ultime : la suppression des aides sociales aux familles d’auteurs d’attentats qui sont israéliens. En avril dernier, le conseil des Ministres a mis en place une commission chargée de proposer une loi en ce sens.

Les principales prestations de la sécurité sociale visées le gouvernement sont les allocations familiales, les allocations pour veufs, veuves et orphelins, ainsi que l’allocation de garantie de revenu.

Des intérêts communs

Se lancer dans une guerre économique, c’est oublier qu’en 2022, Israéliens et Palestiniens ont des intérêts communs qui concernent notamment les débouchés commerciaux et l’emploi de main d’œuvre.

Par exemple, les ouvriers palestiniens qui travaillent en Israël fournissent aux employeurs israéliens une main d’œuvre travailleuse et bon marché qui fait cruellement défaut à des secteurs comme la construction et l’agriculture.

Rien ne garantit que des sanctions économiques seront efficaces pour enrayer la spirale de violence ; les mesures de représailles, tout comme un mécanisme de « punition économique », ne peuvent pas tenir lieu de plan de paix.

Une chose est sûre : la guerre économique, pas davantage que la paix économique, ne pourra remplacer un règlement politique du conflit israélo-palestinien.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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