Israël-Liban : la trêve est fragile mais nécessaire

Des volutes de fumée s’élèvent au-dessus du village d’El-Khiam, à la frontière sud du Liban, lors d’un bombardement israélien le 7 février 2024. (Crédit : Rabie Daher / AFP)
Des volutes de fumée s’élèvent au-dessus du village d’El-Khiam, à la frontière sud du Liban, lors d’un bombardement israélien le 7 février 2024. (Crédit : Rabie Daher / AFP)

La cessation provisoire des combats au Liban est impérative, indispensable pour se réorganiser, tirer des conclusions et réfléchir aux étapes suivantes. Une trêve est toujours fragile mais elle est préférable à des hostilités.

Le Hezbollah ose proclamer « une grande victoire » mais en fait il se trouve isolé. Il a perdu ses chefs, la majorité de ses combattants, son puissant arsenal militaire, ses missiles destructifs[1] et surtout la confiance des Libanais. Profondément meurtris, abandonnés, ils ne peuvent plus compter sur le Hezbollah pour défendre leur pays et vivre en sécurité.

Cependant, soyons réalistes, et personne n’est dupe quant aux véritables intentions du Hezbollah. Nous connaissons parfaitement ses ruses et sa tactique. Il va sans doute se réorganiser pour un second souffle, et poursuivre le combat islamiste contre l’État juif. Notre devoir est de l’empêcher par tous les moyens possibles.

Depuis trois décennies, la milice chiite est grandement responsable des malheurs des Libanais et de la déstabilisation du Moyen-Orient. Dans aucun pays au monde une milice ne dicte le pas à une armée, à un État souverain et indépendant.

La mise en quarantaine du Hezbollah permettra donc de tourner la page, de se débarrasser d’un lourd fardeau et de mettre un terme à la terreur quotidienne ; un grand soulagement pour peuple libanais afin qu’il puisse enfin vivre en paix et en coexistence avec l’État d’Israël. Bien entendu, cela dépendra de l’Iran, de la fermeté du président américain et des garanties occidentales, mais surtout de la forte dissuasion israélienne. À chaque violation, Tsahal devra répondre sans aucune hésitation, sans pitié.

Le cessez-le-feu sera contrôlé par le quintette[2]. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a salué l’implication déterminante de la France dans l’obtention de l’accord : « C’est un succès pour la diplomatie française, et nous pouvons en être fiers », a-t-il déclaré. Barrot a souligné que le rôle de la France était essentiel, grâce à ses liens historiques et privilégiés avec le Liban, un pays autrefois sous son mandat…

La France jouera donc un rôle de premier plan dans le suivi de l’accord ; elle sera chargée d’en superviser l’application et de garantir la stabilité le long de la Ligne bleue. Il est clair également que la France sera responsable en premier chef en cas d’échec de la trêve et de la reprise des hostilités.

La trêve n’est certes pas idéale mais elle est indispensable pour les villageois israéliens installés le long de la frontière. Ils vivaient, jusqu’à ce jour, sous la menace quotidienne des roquettes. Soulignons que l’arrangement conclu avec le Liban ne concerne pas la Syrie, les milices chiites irakiennes et yéménites, et donc Tsahal aura toujours les mains libres pour lancer des raids.

Sur le plan diplomatique, le cessez-le-feu au Liban permet de mener une campagne contre les mandats d’arrêt de la CPI, évite une résolution contraignante et unanime au Conseil de sécurité, et un embargo sur des armes et des munitions commandées aux États-Unis.

Cette accalmie est temporaire et fragile, mais elle pourrait jeter des bases solides pour consolider les relations de bon voisinage avec nos voisins arabes et notamment avec l’Arabie saoudite. La trêve permet d’alléger les missions opérationnelles de Tsahal, de donner enfin congé aux milliers de réservistes, de pouvoir maitriser la situation sécuritaire en Cisjordanie et déjouer des attentats, et en priorité, de focaliser tous les efforts sur la libération des otages et aboutir à une solution pragmatique et viable au problème humanitaire à Gaza.

Il sera également plus facile de renforcer nos relations avec l’Égypte, et surtout avec l’Autorité palestinienne au moment où Mahmoud Abbas, 89 ans, affronte très mal sa succession[3]. Désormais, le Hamas a perdu le soutien du Hezbollah et l’aide de l’Iran. Le mouvement islamiste palestinien est complétement isolé dans le monde arabe.

Dans le contexte international, cette trêve est aussi logique et sage car elle intervient à la veille de l’installation de Donald Trump à la Maison Blanche. Depuis sa réélection, Benjamin Netanyahu a eu avec lui cinq conversations téléphoniques fructueuses… Pour l’heure, ils accordent leur violon pour la marche à suivre.

De ce fait, Israël a tout intérêt à montrer son habileté diplomatique et ses bonnes intentions plutôt que de prouver ses capacités militaires et démontrer une image belliqueuse. L’expérience du passé des Occidentaux au Vietnam, en Afghanistan et en Irak et la conquête de Beyrouth par les blindés de Tsahal en 1982, ont clairement enseigné qu’il est impossible de renverser des régimes par la force des armes ni éradiquer complètement un mouvement religieux ou une idéologie fanatique.

Sur tous ces plans, la trêve pourrait être bénéfique à Israël à condition, bien sûr, de l’appliquer à la lettre. Une violation de la part du Hezbollah ou des autres organisations terroristes amènerait Tsahal à réagir fortement et dans ce cas aucune chancellerie ne pourra nous reprocher la légitimité des raids. L’Iran et le Hezbollah doivent comprendre que la trêve n’est qu’une épreuve sur le terrain et non un accord en position de faiblesse. Un cessez-le-feu demeure la meilleure des solutions possibles pour éviter le pire.

Devant les tensions et face aux menaces proches et lointaines, les pressions internationales, le boycottage et l’isolement d’Israël, il est temps de changer la règle du jeu. Mener une politique cohérente et une stratégie audacieuse en prenant en considération uniquement les intérêts de l’État d’Israël et la sécurité de sa population.

L’accord de cessez-le-feu n’est qu’une épreuve sur le terrain et non un traité de paix imposé. Israël se trouve actuellement en position de force, peut dicter la marche à suivre et garantir la stabilité dans le nord du pays durant de nombreuses années encore. Une accalmie à long terme évitera une présence inutile de nos soldats dans le bourbier libanais avec toutes ses conséquences et retombées sur toute la société israélienne.

L’essentiel est de saisir toutes les opportunités et les leviers, et intervenir rapidement en cas de violation. Cette fois-ci, nous aurions la légitimité et le soutien de l’administration Trump pour intensifier les opérations terrestres et les frappes aériennes notamment contre l’Iran.

Enfin, l’accord conclu avec le Liban a affaibli considérablement le rôle d’influence de l’Iran dans la région et pourra mettre en danger le régime de Bachar al-Assad.

La situation sur le terrain s’est compliquée avec la conquête de la ville stratégique d’Alep par des rebelles islamistes sunnites. La chute du régime syrien inquiète Israël et les Occidentaux. Quelle sera la stratégie devant le nouveau front ? Dans ce dossier complexe, le gouvernement devra redoubler de vigilance.

[1] Depuis le début de l’incursion israélienne au sud-Liban, l’aviation a frappé plus de 12 500 cibles du Hezbollah dont 360 à Beyrouth. Tsahal a détruit 70% des drones, 150 dépôts d’armes et des dizaines de tunnels et fortins. Le butin comprend 12 000 charges explosives, 13 000 roquettes et missiles et des milliers d’ordinateurs, de documents et du matériel de communication. Des dizaines de combattants du Hezbollah sont détenus actuellement en Israël.

[2] Les cinq États sont : les États-Unis, la France, le Qatar, l’Égypte et l’Arabie saoudite.

[3] Le cabinet de sécurité a prolongé pour un an une dérogation permettant aux banques israéliennes de coopérer avec les banques palestiniennes. Elles étaient menacées de paralysie.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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