Israël, les Arabes et le Brésil

Les partisans de l'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva célèbrent après avoir battu le président sortant Jair Bolsonaro lors d'un second tour présidentiel pour devenir le prochain président du pays, à Autazes, dans l'État d'Amazonas, au Brésil, le dimanche 30 octobre 2022. (AP Photo/Edmar Barros)
Les partisans de l'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva célèbrent après avoir battu le président sortant Jair Bolsonaro lors d'un second tour présidentiel pour devenir le prochain président du pays, à Autazes, dans l'État d'Amazonas, au Brésil, le dimanche 30 octobre 2022. (AP Photo/Edmar Barros)

Deux dirigeants étaient candidats à l’élection présidentielle, le dirigeant d’extrême-droite sortant, Jair Bolsonaro, et l’homme politique de gauche Luiz Ignacio Lula da Silva. Une de leur principale divergence était notamment le conflit israélo-palestinien.

Ils s’opposent totalement sur le plan idéologique. Au terme du second tour, Lula da Silva été élu avec 50,9% des suffrages, soit plus de 60 millions de voix, avec une marge bien plus faible que celle que prédisaient les sondages.

Ce résultat confirme l’avancée de Lula au premier tour. Le président sortant Jair Bolsonaro, nationaliste de droite et ancien parachutiste a été sérieusement contesté par l’ancien président da Silva, l’une des figures de gauche les plus respectées du pays.

Il s’agit véritablement d’un comeback politique remarquable pour l’homme de 76 ans. Durant son mandat de 2003 à 2010, il a agi pour combattre la pauvreté qui touchait des millions de personnes grâce à un programme d’aide sociale et pour engager une ère de croissance économique.

En 2017 il a été accusé de corruption dans le cadre du scandale de Petrobras, puis emprisonné et libéré en 2019 après l’annulation de sa condamnation. Les deux dirigeants se distinguent par une approche divergente du conflit israélo-palestinien sachant que le Brésil abrite la moitié de la population de l’Amérique du Sud.

Historiquement, le Brésil s’est toujours rangé du côté des Palestiniens mais la courbe a été inversée avec Netanyahou qui avait trouvé un terrain d’entente avec Bolsonaro dans la cadre d’idées communes de droite.  Le président brésilien s’était engagé dans des liens étroits avec les responsables israéliens sous l’influence du mouvement évangéliste brésilien. Il avait organisé dans le Jourdain sa propre cérémonie de baptême.

En arrivant au pouvoir en 2019, il avait fait part de sa volonté de transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem mais la realpolitik l’en a empêché, se contentant d’ouvrir une mission commerciale à Jérusalem ce qui ne fut pas du goût des Palestiniens. Lors de sa visite en Israël, il avait été qualifié de «bon ami» par Netanyahou.

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil, Ernesto Araújo, en visite officielle dans l’État d’Israël du 7 au 9 mars 2021, avait fait une déclaration commune avec le ministre des Affaires étrangères d’Israël, Gabi Ashkenazi. Réaffirmant les excellentes relations d’amitié et de coopération, les ministres ont publié une déclaration conjointe : «le partenariat entre le Brésil et Israël est fondé sur nos valeurs communes de liberté, de démocratie, d’économie de marché, de justice et de paix, et sur notre détermination à assurer la prospérité de nos peuples». Ils ont réaffirmé leur engagement à sauvegarder le principe de la liberté de culte et à lutter contre l’antisémitisme.

En revanche les prises de position propalestiniennes de Lula étaient réputées. Il avait pris des initiatives en faveur d’une reconnaissance de la Palestine. D’ailleurs, en 2010, il avait reconnu l’État de Palestine selon les frontières de 1967. Il avait effectué son tout premier voyage d’un chef d’État dans les territoires palestiniens occupés et avait réservé un terrain près du palais présidentiel brésilien pour la future ambassade de Palestine.

Lors de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza en 2014, le Brésil avait rappelé son ambassadeur en Israël et condamné «l’usage disproportionné de la force par Israël ayant fait un grand nombre de victimes civiles, y compris des femmes et des enfants».

Durant sa campagne électorale, Lula avait rencontré des membres de la communauté palestinienne au Brésil vêtu d’un keffieh et d’un foulard noir et blanc à carreaux, symbole du nationalisme palestinien. Au cours de cette rencontre, il avait souligné que le peuple palestinien avait le droit de vivre dans un «État libre et souverain» et qu’il s’efforcerait de rétablir le rôle de premier plan de la politique étrangère brésilienne en faveur de la médiation des conflits et du droit des peuples à se défendre.

Après son élection de 2022, Lula a prôné la «paix et l’unité» sachant qu’il a gagné d’une courte tête. Il s’est toutefois dit inquiet du silence de son adversaire qui n’avait toujours pas reconnu sa défaite plus de quatre heures après le résultat. Le silence du chef de l’État sortant était troublant ; c’est la première fois qu’un président brésilien échoue dans sa tentative de réélection.

Il est certain que la victoire de Lula sera un tournant pour le Brésil après quatre années du régime autoritaire de Bolsonaro. Mais il faudra s’attendre à des jours difficiles dans les relations d’Israël avec le Brésil, sauf si le nouveau président choisit le pragmatisme plutôt que l’idéologie.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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