Israël, le Juif des nations

Immeuble de Tel Aviv où figure le décompte du nombre de jours de captivité des otages aux mains du Hamas. (Crédit : Karine Dana - autorisation)
Immeuble de Tel Aviv où figure le décompte du nombre de jours de captivité des otages aux mains du Hamas. (Crédit : Karine Dana - autorisation)

Depuis des siècles, le peuple juif porte en lui une promesse :

L’an prochain à Jérusalem.

Malgré les pogroms, l’exil et les persécutions, le lien avec la terre d’Israël n’a jamais été rompu. Aujourd’hui, ce lien est contesté, falsifié, attaqué avec violence, souvent au nom d’une idéologie qui se pare des habits du droit, mais recycle en réalité les schémas de la haine ancestrale.

Des discours accusent Israël de tuer volontairement des enfants palestiniens, l’argument du sang redevient une arme, comme au Moyen-Âge, lorsque les Juifs étaient accusés des pires atrocités : meurtres d’enfants chrétiens, usage rituel du sang ; ces mythes n’ont pas disparu.

Présenté sans contexte ni analyse, au profit d’une émotion brute, le discours anti-Juif s’est à peine transformé et sa fonction reste inchangée :

  • créer un bouc émissaire,
  • canaliser la frustration collective vers un ennemi unique,
  • justifier une violence « morale ».

Cette rhétorique se banalise jusque dans les espaces intellectuels, artistiques et universitaires. On peut et on doit critiquer toute politique, y compris celle d’Israël – et elle est bien sûr critiquable – mais quand la critique devient obsessionnelle, sans contexte, insensible à la complexité, elle cesse d’être politique.

Par des stratégies perverses, les islamistes qui ont perpétré le massacre du 7/10/23 manipulent l’opinion et la compassion occidentales pour faire d’Israël le coupable.

L’Occident exige alors une retenue que l’on n’exigerait d’aucune autre nation attaquée avec une telle barbarie, au point d’occulter la raison même pour laquelle Israël se bat : sa survie.

Il est courant d’entendre qu’Israël serait né « grâce » à la Shoah, comme une réparation morale. Cette idée, sous couvert de compassion, falsifie l’histoire et nie l’antériorité du sionisme, alimentant sa délégitimation.

Le sionisme, mouvement politique né au XIXe siècle avec Theodor Herzl, puise ses racines bien plus loin.

Bien avant la Shoah, des Juifs d’Afrique et d’Europe de l’Est retournent vivre en terre d’Israël. En 1860, ils sont déjà majoritaires à Jérusalem.

Plusieurs vagues d’Aliyah (immigrations) bâtissent une société vivante, entre 1882 et 1903 puis 1904 et 1914, et fondent

  • des communautés agricoles,
  • Tel Aviv,
  • la Histadrout,
  • l’Université hébraïque,
  • la Haganah et l’Irgoun,

qui structurent une société autonome.

En 1939, 450 000 Juifs vivent déjà en Palestine mandataire.

La Shoah n’a pas fondé Israël, elle a agi comme un catalyseur, pas comme une cause. Elle a bouleversé les consciences et souligné l’urgence vitale d’un refuge pour le peuple juif.

Dire qu’Israël est né d’Auschwitz revient à le voir comme une anomalie, alors qu’il s’agit du retour d’un peuple ayant maintenu, siècle après siècle, un lien vivant, spirituel et concret avec sa terre, un lien inscrit dans la pierre, les textes, les prières, les actes.

En ce sens, la création de l’État d’Israël est historiquement une décolonisation, après des siècles d’exil et d’expulsions.

Il suffit de visiter Israël : chaque site archéologique témoigne de cette présence juive ininterrompue, chaque pas est un pas dans l’histoire juive.

Comme l’écrivait Jean-Pierre Taguieff dans La Nouvelle Judéophobie (2002), l’antisémitisme moderne s’est sécularisé en Occident. Mais la haine islamiste, elle, reste ancrée dans l’obscurantisme.

D’ailleurs, tous les pays arabes se sont vidés de leurs Juifs : près de 800 000 Juifs, dans les années 1950-60, ont dû fuir.

Quant aux sociétés occidentales, elles ont, avec une inquiétante légèreté, renoué avec les vieux réflexes anti-Juifs : il leur a suffi de remplacer le Juif religieux d’hier par l’Israélien d’aujourd’hui, puis, plus insidieusement encore, par tout Juif solidaire de son peuple.

Ce n’est plus seulement l’individu juif qu’on accuse, c’est Israël, le « Juif des nations » pour reprendre la formule de Shmuel Trigano (La nouvelle idéologie dominante, 2021).

Il y a soixante ans, l’Église catholique a su, avec le concile Vatican II :

  • revisiter sa relation au judaïsme,
  • rejeter toute accusation de peuple déicide,
  • reconnaître la filiation spirituelle du christianisme avec le judaïsme,
  • et appeler à la fraternité.

À quand un tel aggiornamento dans le monde islamique ? Le monde musulman porte une responsabilité intellectuelle et spirituelle majeure.

Mustapha Cherif, philosophe algérien, appelait déjà en 2006 à une refondation des relations entre islam et judaïsme (Islam et Occident : Rencontre avec Jacques Derrida).

D’autres penseurs musulmans, tels qu’Abdennour Bidar (Plaidoyer pour la fraternité, 2015) ou Tareq Oubrou, ont tenté d’ouvrir un espace de dialogue, mais la théologie dominante dans de nombreux pays continue à propager des conceptions territoriales et absolutistes.

Cette vision sacralisée du territoire comme propriété islamique immuable alimente une vision de conquête et d’effacement. Elle nie toute légitimité du peuple juif sur sa terre, alors même que de nombreuses sources islamiques classiques reconnaissent l’antériorité de la présence juive en Terre d’Israël.

Georges Bensoussan, dans Les Territoires perdus de la République (direction, 2002), a analysé frontalement le refus de l’altérité juive dans une partie de l’islam contemporain, et les blocages culturels profonds à reconnaître l’histoire juive comme légitime, dénonçant l’aveuglement volontaire d’une partie des élites françaises.

Une figure comme l’imam Hassen Chalghoumi incarne, avec un courage immense et héroïque face aux menaces qui pèsent sur lui, une autre voie possible. Il condamne sans ambiguïté l’antisémitisme et le terrorisme islamiste – au prix de sa sécurité personnelle – et œuvre sans relâche pour un islam éclairé, citoyen, pleinement compatible avec les valeurs républicaines.

Ces voix existent, mais elles sont réduites au silence, marginalisées, menacées, alors même qu’elles devraient être écoutées, soutenues et érigées en modèles de dialogue et de paix.

Tragiquement, Emmanuel Macron, au lieu de donner toute leur place à ces voix de paix dont le monde a tant besoin, à ces hommes qui connaissent infiniment mieux que lui les projets, les stratégies et les stratagèmes de l’islamisme, se fourvoie et contribue à les réduire au silence, au profit précisément de ceux qui cherchent à les faire taire.

à propos de l'auteur
Karine est parisienne d’origine, mère de 4 enfants et a fait son alyah en 2016. Active et engagée dans le monde associatif dans plusieurs domaines de société, le handicap, l’éducation et le véganisme en France et en Israël, elle publie des chroniques dans plusieurs magazines en ligne sur ces sujets. Elle est aussi co-fondatrice de la plateforme de réflexion Hashiva, think thank francophone israélien, thérapeute holistique, naturopathe, sophrologue et titulaire d’un master en sciences humaines.
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