Israël Intermédiaire

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 17 octobre 2021. (AP Photo/Sebastian Scheiner, Pool)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 17 octobre 2021. (AP Photo/Sebastian Scheiner, Pool)

Le geste n’est pas sans panache : en plein shabbat, un Premier ministre israélien observant a pris l’avion pour rencontrer à Moscou Vladimir Poutine. Les présidents américain et français ont été tenus au courant de cette initiative. La réunion a duré trois heures au terme desquelles Naftali Bennett a informé le président ukrainien Vladimir Zelinski du contenu de la rencontre, avant de rejoindre à Berlin, en pleine nuit, le chancelier Olaf Sholtz. On l’aura compris : Naftali Bennett entend pleinement jouer le rôle d’intermédiaire que le président ukrainien lui avait proposé avant de se déclarer « déçu » par l’attitude du gouvernement israélien.

Celui refuse d’armer l’Ukraine tout comme l’OTAN décline la proposition de Kiev d’interdire le survol de l’espace aérien ukrainien. L’initiative israélienne intervient aussi à la suite de la déclaration d’Emmanuel Macron, qui en sa double qualité de président de la République française et de président en exercice du Conseil européen, s’est longuement entretenu au téléphone avec son homologue russe avant de conclure : « Le pire est devant nous ».

La Russie est déterminée à poursuivre sa conquête du territoire ukrainien tandis qu’à Kiev les autorités s’enorgueillissent de la résistance populaire à l’envahisseur. De surcroît, dans cette affaire, le président russe joue son avenir politique. Le président ukrainien aussi, mais Vladimir Zelenski est prêt à se sacrifier si cela permet à son pays de conserver son indépendance et d’affirmer résolument son appartenance au camp occidental. On saura dans les prochains jours si l’initiative du Premier ministre israélien a permis de débloquer la situation.

Les Etats-Unis et l’Europe feront pression sur les autorités de Kiev pour qu’elles acceptent un compromis. Car les Occidentaux ont intérêt à ce que le conflit s’arrête. Israël aussi. La décision de Jérusalem de condamner l’agression sans condamner l’agresseur est intenable à terme.

Le retour de la barbarie en Europe, le million et demi de réfugiés, la sympathie de l’opinion publique, en Israël comme ailleurs, envers les Ukrainiens… tout conduisait le gouvernement israélien à être isolé au sein de la communauté internationale.

Alors que l’Etat juif n’a pas le choix : il lui faut maintenir son alliance avec les Etats-Unis tout en ménageant la Russie qui l’autorise à frapper en Syrie les installations des milices pro-iraniennes.

Dans cette situation, Naftali Bennett a endossé ce rôle d’intermédiaire qui comporte un risque considérable. A vouloir sortir pas le haut d’une position inconfortable, il peut aussi affaiblir la position de l’Etat juif sur la scène internationale à l’heure où à Jérusalem on craint un « mauvais accord » avec l’Iran. Un rôle d’intermédiaire qui a tout d’une mission impossible.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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