Israël face au tribunal des hypocrites
Sur le banc des accusés : Israël.
- Quand le monde s’unit contre Daesh, la communauté internationale applaudit ; quand Israël affronte le Hamas, elle le condamne.
- Elle ferme les yeux sur le terrorisme, mais pointe du doigt l’État juif à chaque riposte.
- Une justice à deux vitesses, qui transforme la victime en accusée, l’agressé en agresseur.
Israël est jugé, non pour ses fautes, mais parce qu’il survit. Un tribunal d’hypocrites où le droit se tord et où la vérité s’efface ; où le vice – l’hypocrisie – prend des apparences de vertus.
Deux poids, deux mesures
Daesh (EI ou État islamique) a fait trembler pendant bien longtemps des pays comme l’Irak et la Syrie, puis, par la suite, des pays de l’Union européenne. L’ONU s’était alors portée au secours des États agressés en votant les résolutions 2161 (juin 2014) et 2170 (août 2014) pour lutter contre le terrorisme ; elles se sont ajoutées aux résolutions 1189 (1998) et 1373 (2001).
Forte du soutien de l’ONU, la communauté internationale a organisé, à la demande de la France, une coalition de 26 pays – certains avancent même le chiffre de 40 – pour apporter une réponse internationale face à cette menace.
Si le monde entier a pu se liguer dans la lutte contre le terrorisme et se donner le droit, avec la bénédiction de l’ONU, de tout mettre en œuvre pour anéantir les terroristes, un pays et un seul n’était pas – et n’est toujours pas – autorisé à se prévaloir des dispositions prévues dans ces résolutions pour assurer sa défense : Israël. Pourquoi ?
L’ONU, un juge à deux visages et une condamnation unanime de l’État juif
Depuis des décennies, avant même qu’il ne proclame son indépendance, Israël est le seul pays au monde dont l’existence est contestée et menacée par un nombre sans cesse croissant d’États. Certains États, comme l’Iran et la quasi-totalité des organisations arabo-islamistes, n’hésitent pas à déclarer ouvertement leur désir de rayer cet État de la carte du monde.
Depuis le jour où Israël a cédé Gaza aux Palestiniens[1], il fait face à une guerre sans précédent contre le Hamas et d’autres organisations terroristes dont le seul objectif est sa disparition.
Le 7 octobre 2023 a marqué un tournant tragique dans l’histoire d’Israël : le pogrom auquel se sont livrés les membres du Hamas – le gouvernement terroriste qui contrôle la bande de Gaza – a révélé, une fois encore, la nature de cette guerre sans merci. Israël a réagi seul : seul contre le Hamas, mais aussi contre les organisations terroristes venues prêter main-forte aux ennemis de l’État juif.
Certes, la communauté internationale répète ad nauseam que l’État juif a droit à l’autodéfense – rappelons que ce droit figure en toutes lettres dans l’énoncé du droit international, il ne s’agit donc pas d’un privilège accordé exceptionnellement à Israël.
Mais depuis le début de la guerre contre le Hamas, l’ONU et la communauté internationale voient dans chacun des actes posés par Israël contre ceux qui ont juré ouvertement sa perte, une « erreur » qui « nuit à son image » dans le monde et qui risque, à la longue, de lui « coûter cher ».
Une pluie d’accusations, émises par l’ONU, s’abat sur l’État juif, parmi lesquelles les plus graves :
- génocide, le crime suprême ;
- utilisation d’armes prohibées ;
- famine organisée ;
- et violations répétées du droit humanitaire.
L’opération au Qatar : « violation du territoire d’un pays étranger » ?
Avec l’opération menée au Qatar dans le but de neutraliser des responsables ou des réseaux du Hamas, une nouvelle accusation est venue s’ajouter à la liste déjà longue : celle de « violation du territoire d’un pays étranger » ; une accusation jugée d’une gravité exceptionnelle, au point d’unir la communauté internationale au grand complet contre Israël.
C’est précisément cette opération qui a rassemblé tous les pays du monde dans une condamnation unanime de l’État juif. Même des pays arabes qui, jusque-là, s’étaient gardés de réagir, ont estimé que ce « crime » était impardonnable et ont décidé de se réunir pour organiser la riposte à adresser à Israël.
Avec toutes ces accusations, qu’elles soient justifiées ou non, Israël risque de voir son nom s’ajouter à ceux qui figurent déjà sur la liste des « États voyous » (Iran, Afghanistan, Corée du Nord, etc.), avec toutes les conséquences que ce titre implique.
Pourquoi Israël ne se défend-il donc pas contre ces accusations ?
Le droit international prévoit pourtant des sanctions contre les États et acteurs politiques qui soutiennent, financent ou hébergent des groupes terroristes. Et il existe un nombre appréciable de résolutions prises au fil des ans par le Conseil de sécurité pour lutter contre le terrorisme. En voici quelques-unes :
- Résolution 2161 (juin 2014) : gel des avoirs, interdiction de voyager et embargo sur les armes.
Pourquoi, en dépit de cette résolution, le Hamas a-t-il pu, au cours des années suivantes, recevoir des fonds de ses alliés, circuler librement et obtenir des armes ?
- Résolution 2170 (août 2014) : renforcement de l’action internationale contre le terrorisme, quelles qu’en soient les motivations, le moment et les auteurs ; condamnation notamment de ceux qui persécutent des personnes en raison de leur religion ou de leurs convictions.
Pourquoi le Hamas, motivé par sa haine des Juifs et de l’État juif, a-t-il pu commettre un pogrom et le justifier ouvertement, sans craindre de graves sanctions ?
- Résolution 1373 (septembre 2001), adoptée après le 11 septembre : obligation pour tous les États membres de criminaliser le financement du terrorisme ; geler les avoirs des individus ou organisations liés au terrorisme ; refuser l’asile à ceux qui commettent ou soutiennent de tels actes ; coopérer activement pour prévenir et punir ces crimes.
Comme cette résolution a été prise en vertu du Chapitre VII de la Charte de l’ONU, elle a une valeur contraignante : en théorie, aucun pays ne peut s’en affranchir.
Ajoutons le Comité contre le terrorisme, créé en 2001, une instance censée faire respecter ces règles.
La réponse internationale au terrorisme paraît, en théorie, cohérente : des résolutions, des coalitions, des engagements
Alors, pourquoi Israël n’utilise-t-il pas ces leviers ? Pourquoi ne dépose-t-il pas plainte contre l’Union européenne ou le Qatar, qui offrent asile à des personnes liées au terrorisme et qui contreviennent, par ce fait même, aux résolutions de l’ONU ?
Dans la pratique, l’application du droit international semble s’opérer à géométrie variable
Israël a eu, à maintes reprises, l’occasion de le constater : si la communauté internationale mobilise des moyens importants contre des organisations terroristes quand le besoin s’en fait sentir, en revanche, lorsqu’il s’agit d’Israël face aux acteurs qui soutiennent ses ennemis, elle adopte une attitude pour le moins ambiguë.
Alors, face à ce juge à deux visages, Israël hésite à organiser sa défense :
- parce que les procédures seront longues et inefficaces ;
- parce que des puissances comme la Chine et la Russie instrumentaliseront la cause palestinienne à des fins géopolitiques et opposeront leur veto à toute plainte que l’État juif pourrait déposer ;
- parce qu’accuser frontalement l’Union européenne ou le Qatar reviendrait à s’aliéner des partenaires dont Israël a besoin, tant pour l’économie que pour des négociations sensibles, notamment sur les otages.
Israël a donc choisi, comme il le fait le plus souvent, une autre voie : celle de l’action unilatérale, en s’appuyant sur ses propres forces, sur Tsahal, l’armée « sans peur et sans reproches », et en acceptant l’isolement sur la scène internationale.
Après tout, le silence – le plus cruel des mépris – n’est-il pas parfois une réponse cinglante adressée à l’hypocrisie de la communauté internationale ?
Le Qatar et son double jeu
Le Qatar, petit émirat immensément riche grâce au gaz, illustre à lui seul cette hypocrisie institutionnalisée. Il a fait du double jeu sa stratégie diplomatique :
- d’un côté, il abrite sur son sol la plus grande base américaine de la région ;
- de l’autre, il offre refuge à la direction politique du Hamas, une organisation que beaucoup considèrent comme terroriste.
De toute évidence, l’ONU ferme les yeux sur les violations flagrantes de la Résolution 1373 par le Qatar
Comment expliquer autrement que des responsables du Hamas puissent encore aujourd’hui :
- être hébergés au Qatar ?
- apparaître sur les écrans de télévision aux côtés des dirigeants qataris ?
- circuler librement à Doha et partout ailleurs ?
- recevoir des sommes astronomiques ?
- donner des interviews ?
- collecter des fonds ?
- superviser leurs réseaux depuis un territoire souverain qui fait partie de l’ONU ?
Pourquoi l’ONU préfère-t-elle garder le silence ?
Parce que le Qatar est devenu l’État favori de nombreux acteurs occidentaux et régionaux :
- ses milliards irriguent l’économie mondiale ;
- il investit massivement en Europe et aux États-Unis, notamment dans des universités et des infrastructures.
Il peut donc, en pratique, se permettre d’offrir l’asile et de larges ressources à ceux qu’il considère comme des « résistants » plutôt que comme des terroristes.
Ainsi, ce qui devrait lui valoir des condamnations se transforme en atout diplomatique : l’hébergement de responsables devient non pas un crime, mais un levier de négociation. Le Qatar s’abrite derrière son rôle de médiateur indispensable, et avance des justifications qui rendent toute sanction improbable.
Le double jeu de l’Union européenne
L’Union européenne ne fait guère mieux. Sur le papier, l’UE a inscrit le Hamas sur sa liste d’organisations terroristes, et elle a proclamé son engagement à lutter contre l’extrémisme.
Pourtant, elle sait que l’aide humanitaire envoyée à Gaza est régulièrement détournée au profit des terroristes :
- tunnels construits avec du ciment destiné aux hôpitaux,
- salaires payés par l’étranger qui finissent dans des caisses partisanes, etc.
Malgré des enquêtes ponctuelles, les contrôles restent insuffisants.
Dans la pratique, l’UE accuse Israël de toutes les violations qui figurent dans le droit international. Certains responsables européens, dont la France, ont reçu des représentants palestiniens liés au Hamas au nom du « dialogue politique ». Un ancien diplomate français, Yves Aubin de la Messuzière, a avoué qu’il avait été envoyé par la France en 2008 pour rencontrer des dirigeants du Hamas dont le nom figurait déjà sur la liste européenne des organisations terroristes.
Comment concilier l’attitude de l’UE avec les obligations de la Résolution 1373 et des résolutions adoptées en 2014, soient :
- interdire le transit,
- refuser l’asile,
- couper tout financement ?
Ce sont des devoirs clairs, que l’Europe choisit d’ignorer lorsqu’il s’agit de ses relations stratégiques.
En résumé, l’Union européenne affiche une posture de fermeté dans ses discours, mais sa pratique révèle une complaisance qui satisfait certaines opinions publiques et sert ses intérêts géopolitiques.
Une hypocrisie devenue structurelle
Le constat est amer : lorsqu’il s’agit d’Israël, le droit international semble parfois se transformer en un instrument à géométrie variable. Ce qui est exigé des autres ne s’applique jamais avec la même rigueur à ceux qui menacent l’État juif d’éradication.
- On a créé un Comité contre le terrorisme pour s’assurer que les règles sont respectées. En réalité, il ne dispose d’aucun pouvoir de sanction : pas de tribunal, pas d’amende, pas de mécanisme de contrainte. Ce n’est qu’une coquille vide, destinée à donner l’illusion d’un engagement de l’ONU contre le terrorisme.
- On proclame que le terrorisme est l’ennemi universel, mais on tolère qu’il bénéficie de refuges diplomatiques.
- On inscrit le Hamas sur des listes noires, mais on ferme les yeux sur les pays qui lui offrent l’asile politique et sur ses sources de financement.
- On exige d’Israël qu’il respecte scrupuleusement des règles humanitaires, mais on ne demande rien aux terroristes du Hamas qui commettent des actes d’une violence inouïe : massacres, enlèvements, décapitations, mutilations de civils israéliens.
Cette hypocrisie n’est pas seulement une injustice morale, elle est un danger concret : en permettant aux organisations terroristes de prospérer et en refusant de sanctionner ceux qui les protègent, la communauté internationale alimente la spirale de la violence. Elle envoie un message clair : les résolutions de l’ONU ne valent rien si vous avez les moyens financiers ou politiques de les contourner.
Nous vivons dans un monde où l’hypocrisie est un phénomène de société
Ce qui nous fait dire, avec Don Juan, le personnage de Molière : « il n’y a plus de honte maintenant » à être hypocrite ; cette hypocrisie est « un vice privilégié qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine ».
Ce monde, qui proclame haut et fort son attachement aux droits humains, réserve à Israël une place à part. Quand l’État juif se défend :
- l’indignation internationale monte,
- les tribunes s’emplissent d’accusations,
- les procédures s’enclenchent.
Mais quand des États ou des acteurs permettent la naissance et l’expansion de groupes qui pratiquent le massacre et l’enlèvement, souvent, les réactions se font timides. Pourquoi ces différences de traitement ? Pourquoi la douleur d’un peuple n’ouvre-t-elle pas les mêmes portes ?
Il est temps de dire les choses clairement : la complaisance envers le terrorisme n’est pas seulement une trahison envers Israël, c’est une menace pour le monde libre tout entier.
Les armes qui frappent aujourd’hui les habitants du sud d’Israël peuvent, demain, viser Paris, Londres ou New York.
Tant que des dirigeants auront un double langage, tant que des pays comme le Qatar pourront accueillir impunément des dirigeants du Hamas, tant que l’Union européenne fermera les yeux sur les détournements de son aide, tant que le Comité contre le terrorisme se contentera de publier des rapports sans effet, les résolutions du Conseil de sécurité resteront des morceaux de papier sans valeur.
Protéger Israël, ce n’est pas choisir un camp dans un conflit régional. C’est défendre le principe que le terrorisme ne peut jamais, nulle part, trouver refuge. C’est exiger que les résolutions de l’ONU cessent d’être des déclarations sans conséquence et deviennent enfin des engagements respectés.
L’histoire jugera, sévèrement, l’hypocrisie de ceux qui, par calcul ou par lâcheté, auront détourné le regard. Mais il est encore temps de redonner un sens aux mots « justice » et « sécurité internationale ». Encore faut-il que les dirigeants de ce monde veuillent bien défendre la Vérité. Hélas, ce n’est pas pour demain.
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[1] Opération dite « de désengagement » initiée par le Premier ministre israélien Ariel Sharon en 2005.

