Israël face à ses blessures invisibles. Quand des associations françaises et israéliennes s’unissent
Depuis le 7 octobre 2023, Israël combat sur deux fronts.
Le premier se joue sur le terrain, à Gaza et sur les frontières nord du Liban mais aussi contre l’Iran la Syrie et les Houthis.
Le second, plus discret, se joue dans le silence des foyers, des unités de réserve et des services psychiatriques débordés : celui du stress post-traumatique et de ses conséquences les plus tragiques.
Une crise qui s’aggrave mois après mois
Les chiffres, déjà alarmants avant la guerre, ont explosé depuis près de trois ans de conflit ininterrompu. Selon des données militaires relayées par la presse israélienne, sept soldats en service actif se sont donné la mort entre le 7-Octobre et la fin de l’année 2023. En 2025, 22 soldats ont mis fin à leurs jours — le chiffre le plus élevé depuis quinze ans. Et la tendance ne faiblit pas : sur les six premiers mois de 2026, au moins 16 militaires en service actif ont perdu la vie de cette manière, auxquels s’ajoutent au moins neuf anciens combattants ayant servi pendant la guerre, morts par suicide après leur retour à la vie civile. Dans les cercles associatifs, on évoque désormais un rythme proche d’un suicide par jour sur certaines périodes récentes — une réalité qui, si elle est difficile à documenter chiffre par chiffre tant Tsahal communique peu sur le sujet, traduit une accélération que personne ne conteste plus sur le terrain.
L’ampleur du phénomène de stress post-traumatique dépasse largement les cas les plus dramatiques. Sur environ 22 300 soldats actuellement suivis pour des blessures de guerre, près de 60 % présentent des troubles post-traumatiques, contre une hausse de près de 40 % depuis septembre 2023. Le ministère de la Défense projette une progression de 180 % des cas d’ici 2028. Face à cette vague, l’armée a recruté plus d’un millier d’officiers de santé mentale supplémentaires et créé un centre national dédié, Peima. Mais l’écart entre les besoins et les moyens reste vertigineux : en février 2026, le ministère lui-même reconnaissait ne disposer que d’un seul thérapeute pour 850 vétérans atteints de PTSD.
Ce déficit structurel se double d’un problème plus insidieux : la stigmatisation. Seuls 17 % des soldats qui se sont suicidés avaient consulté un professionnel dans la période précédant leur geste. Les “blessures invisibles” surgissent souvent après la libération du service, au moment précis où le soutien de l’unité — ce filet de sécurité informel mais vital — disparaît.
La réponse par le terrain : les chiens de la résilience
C’est dans cet interstice, entre l’urgence humaine et la lenteur institutionnelle, que des initiatives associatives tentent d’apporter une réponse concrète. Le programme “Les Chiens de l’Espoir”, porté par Keren Or Caesaria NETSAH ASI Gil Taieb et Meir Panim s’appuie sur la thérapie assistée par l’animal pour accompagner les populations traumatisées d’Israël — civils évacués, familles de réservistes, soldats en convalescence, survivants de Nova ou tout simplement les civils. Nous avons 2 chenils ou des chiens sont dressés dans ce sens. Ils sont éduqués par des spécialistes puis gardés en pension soignés nourris durant 3/4 mois. Ensuite ils peuvent être donnés aux personnes en post trauma qui nous sont confiées. Ces personnes reviennent 1 à 2 fois par semaine durant 4/6 mois pour parfaire leur éducation et surtout pour être entre eux. Chaque session d’une demi journée comprend 16 personnes. À ce jour nous avons 6 sessions par semaine et espérons atteindre 10 sessions par semaine. Chaque prise en dun Chien coûte 4200 €, soit 15 000 nis. Chaque session sur 8 mois coûte 40000 € soit 135 000 nis. Et ceux sont nos donateurs qui financent tout. Déjà plus de 110 chiens donc 110 personnes prises en charges.
La médiation animale ne remplace pas le suivi psychiatrique, mais elle ouvre une porte que la parole seule peine parfois à franchir : celle de la reconstruction du lien, de la confiance et du sommeil apaisé — trois éléments que le trauma déchire en premier.
Une union des forces, en mémoire d’un engagement de toujours
Ce constat partagé a conduit à la naissance d’une collaboration inédite autour de ce programme, réunissant 2 associations françaises NETSAH, l’association ASI Gil Taieb — qui perpétue l’héritage de Gil Taieb, infatigable défenseur d’Israël disparu en avril 2024 après plus de trente ans d’engagement associatif —, ainsi que 2 associations israéliens dont Keren Or Caesarea l’initiateur de ce magnifique projet et Meir Panim. Chacune de ces structures apporte son ancrage propre : l’une sa proximité historique avec les malades et leurs familles, l’autre son maillage territorial et social en Israël, la troisième son expérience de terrain auprès des populations les plus vulnérables.
L’objectif de cette union n’est pas de se substituer à l’État mais de combler, à l’échelle associative, ce que la bureaucratie et le manque de moyens ne parviennent pas encore à couvrir : une présence humaine rapide, un accompagnement de proximité, et cette écoute que 17 % seulement des victimes trouvent avant qu’il ne soit trop tard.
Une dette qui ne doit pas se payer dans le silence
Le drame israélien du stress post-traumatique pose une question qui dépasse les frontières du pays : comment une société honore-t-elle sa dette envers ceux qu’elle envoie au combat et ceux qui ont souffert de la guerre parmi les civils ? Des propositions existent au Parlement pour accélérer la reconnaissance des suicides liés au service. Mais en attendant que les institutions rattrapent leur retard, ce sont des initiatives comme celle-ci portées par plusieurs associations françaises et israéliennes, incarnées parfois par la présence silencieuse d’un chien auprès d’une personne en post trauma — qui tentent, modestement, de tenir la ligne.
Pour nous aider : https://www.helloasso.com/associations/netsah/formulaires/48
Docteur Bruno Lellouche : Association NETSAH

