Israël et sa démographie : constat et perspectives

© Stocklib / Gregory Alekhine
© Stocklib / Gregory Alekhine

Selon plusieurs projections démographiques, la population mondiale devrait atteindre les 10,8 milliards d’habitants d’ici 2020. Augmentation de la population mondiale rime avec solution politique, économique, sociale et écologique à mettre en place. En effet, comment les Etats vont-ils gérer l’augmentation, parfois exponentielle, de leur population ?

Structurellement, la population mondiale va augmenter. En revanche, dans certains pays, celle-ci va décroître plus ou moins significativement. Le Proche et le Moyen Orient vont voir augmenter leur population. Mais contrairement à d’autres aires géoculturelles, l’accroissement de leur démographique reste « raisonnable » de manière générale. Même si certains pays vont voir exploser (littéralement) leur population.

En 2021, Israël l’un des pays de la région à la plus faible population

Israël et certains de ses pays limitrophes représentent aujourd’hui 394,1 millions d’habitants. Ce qui correspond à 5% de la population mondiale en 2021. Israël quant à lui compte une population estimée à 9 millions d’habitants. Ce qui représente 2,3% de la population régionale.

A l’échelle des Proches et Moyen Orient, c’est l’Egypte qui compte le plus d’habitants, avec un total estimé en 2021 à 102,3 millions habitants. La République arabe, alliée d’Israël représente donc légèrement plus du quart de la population régionale (26%).

De 2021 à 2100, la population israélienne devrait augmenter de 101%

D’après les projections démographiques de l’INED et de l’ONU, la population mondiale est censée augmenter de 38,5% d’ici 2100. L’Asie et l’Afrique étant en tête des augmentations de populations sur cette période.

Le Proche et le Moyen Orient, devraient compter 645 millions d’habitants. Soit 6% de la population mondiale. 1% supplémentaire, par rapport à sa proportion en 2021. Au-delà du nombre d’habitants d’ici 2100, ce qui nous intéresse ici est le taux d’augmentation des populations entre 2021 et 2100.

En fonction de cet indicateur, Israël fait partie du top five des états de la région qui connaîtront d’ici 2100, la plus forte hausse démographique. En effet, les projections démographiques tendent à considérer que la population israélienne va augmenter de 101%, passant de 9 millions à 18,1 millions d’habitants. Ce qui est largement supérieur au taux d’augmentation structurel de la démographie estimé à l’échelle mondiale.

La croissance démographique israélienne d’ici 2100 est bien supérieure à celle prévue pour certains pays occidentaux appartenant au « club des pays développés ». A titre de comparaison, la France métropolitaine verra sa population passer de 67 millions en 2021 à 65 millions d’habitants. Ce qui correspond à une baisse de 3%. Et de manière plus générale, le continent européen connaîtra d’après les projections de l’INED, un baisse démographique estimée à 15,6%.

Bien que les Proches et Moyen Orient soient censés voir leur population augmenter, le continent sur lequel ils sont localisés verra lui aussi sa population baissée. Mais très légèrement, puisqu’en 2100 d’après les projections, la population du continent asiatique est censée baisser de 2%. Il s’agit d’une tendance structurelle, à l’échelle continentale. Mais comme le montre les exemples de l’Inde et de la Chine d’une part ainsi que celui des pays des Proches et Moyen Orient, il existera des zones dans lesquelles la croissance démographique sera très dynamique.

A l’échelle régionale, ce sont l’Irak, la Cisjordanie et Gaza, l’Egypte et la Syrie qui occupent les quatre premières place du « classement » en termes de taux d’évolution de leur population respective. Autrement dit, ce sont dans ces quatre pays que la population augmentera le plus fortement. L’Irak devra connaître une augmentation de sa population d’ici 2021 estimée à + 168% ; les territoires palestiniens à hauteur de + 139% ; l’Egypte à hauteur de + 120% et la Syrie à hauteur de + 106%.

Bien que la démographie israélienne en termes de taux d’évolution démographique sur une projection de 2021 à 2100, fasse partie du top five, si l’on s’en tient à la quantité estimée d’habitants en 2100, Israël demeurera l’un des pays les moins peuplé de la région. En effet, avec ses 18,1 millions d’habitants en 2100, Israël occupera la septième place derrière l’Egypte à la première, suivi de l’Irak, puis de l’Iran, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et de la Syrie.

Quels défis, quelles conséquences ?

La croissance démographique est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour les Etats. Bonne car cela signifie que la population se porte bien au niveau des natalités d’une part et d’autre part que « l’avenir » du pays, du territoire est assuré. En revanche, une croissance démographique à des coûts pluridimensionnels, qu’il faut prévoir dans l’optique de « préparer » le terrain aux administrations qui succèderont à celles contemporaines.

Une augmentation de la population a des conséquences sur le social, l’économique, le politique mais aussi sur le « géographique », dans la mesure où la croissance de la population peut entraîner des concentrations démographiques dans des espaces particuliers, qui de fait, seront amenés à changer (paysage, fonctionnalité etc.). Les espaces urbains, risquent de voir leur population augmenter fortement en Israël comme dans d’autres pays de la région.

Puis, dans le contexte d’une économie tertiarisée (comme c’est le cas en Israël), dans laquelle les villes cristallisent les secteurs d’activités et les centres de commandement (économique, politique), ces types de milieux risqueront également de voir arriver sur leur territoire des flux importants de population. Ce qui implique de penser dès à présent, la gestion de ces évolutions démographiques et des dynamiques à venir pour préparer les villes à ces changements structurels d’importance (infrastructures de transport, logement, espaces de travail etc.).

En termes de géopolitique interne, se pose également la question de la composition ethnico-religieuse de la population israélienne. En effet, quelle communauté sera majoritaire d’ici 2100 ? D’après les données du gouvernement israélien (« Statistical Abstract of Israël, 2020), le taux de fécondité et le taux de natalité de la communauté arabe israélienne sont supérieurs à ceux de la communauté juive.

En effet, le taux de fécondité des Juifs s’estime en 2020 à 3,09 enfants alors qu’il s’élève pour les Arabes israéliens à 3,16 enfants. Le taux de fécondité des Arabes israéliens est de 24,4% là où il n’est que de 19,8% pour les Juifs. En d’autres termes, les Arabes israéliens ont une démographie plus dynamique que les Juifs israéliens. Est-ce pour autant que l’équilibre ethnico-religieux va changer d’ici 2100 ?  Cela reste à voir.

La population juive actuelle demeure majoritaire puisque l’on compte 6,7 millions de Juifs parmi les 9 millions d’Israéliens. Ce qui représente la proportion de 74% de la population nationale. Là où la population arabe représente 20,8%. On a pu lire fréquemment dans la presse occidentale ces derniers temps, l’inquiétude supposée des autorités israéliennes par rapport aux projections démographiques concernant la population palestinienne. L’idée étant que cette dernière va elle aussi fortement augmenter et que couplée à la population des Arabes israéliens, les Juifs risquent de se retrouver en minorité.

Ce constat nous semble peu pertinent. Tout d’abord, il est vrai que la population palestinienne va elle aussi augmenter très fortement ces 80 prochaines années. Elle est censée atteindre les 12,2 millions de personnes en 2100. Soit une croissance démographique estimée à + 139%. Ce qui est largement plus que la croissance démographique de la population israélienne.

Si l’on part du principe que la population arabe représentera toujours 20,8% de la population israélienne en 2100, alors cela signifie que ce groupe ethnique cristallisera 3 764 800 Israéliens. En effet, si l’on couple la population arabe israélienne et la population palestinienne, arabe elle aussi, en effet, la population arabe sur ce territoire représentera 15,3 millions d’individus.

Soit près de deux millions d’individus en plus que la population juive, dans la mesure où l’on considère ici qu’elle s’estimera à 13,4 millions de personnes en 2100 (dans l’optique où en 2100 les Juifs cristalliseront encore entre 70 et 75% de la population nationale).

Or, considérer que ces faits démographiques constituent une menace pour la communauté juive israélienne (celui que la population arabe sera supérieure à la population juive, ce qui s’avérera sûrement vrai d’ici 2100), nous parait peu pertinent. Tout simplement parce que les arabes israéliens n’aspirent pas tous forcément aux mêmes objectifs politiques que la population palestinienne. Qu’ils ne se sont pas massivement montrés solidaires, ces dernières années, des contestations et protestations de la population palestinienne.

En d’autres termes, être arabe israélien selon nous ne signifie pas obligatoirement et systématiquement soutenir l’idée d’un état palestinien au détriment d’un état hébreu. De plus, peut-être que d’ici 80 ans les relations politiques et économiques entre Israël et la Palestine s’orienteront vers davantage d’accalmie, voire de cordialité et de bonne entente. Mais estimer cela 80 ans en avance, n’est pas très pertinent non plus.

Par conséquent, parier sur l’avenir géopolitique du territoire en se basant sur des constats démographiques et quelque chose à faire avec prudence. Les jeux ne sont pas encore faits !

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à propos de l'auteur
Géographe de formation, Nathan porte de l'intérêt pour les sujets géopolitiques, de géographie culturelle et d'observation politique dans le contexte israélien, étasunien et français, en essayant de mêler les trois.
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