Israël-Emirats : réveil du monde arabe devant la torpeur d’Abbas

Photo d'archive du jeudi 13 août 2020, la mairie de Tel Aviv est illuminée du drapeau des Émirats arabes unis alors que les Émirats arabes unis et Israël ont annoncé qu'ils établiraient des relations diplomatiques complètes, à Tel Aviv, en Israël. Le dimanche 16 août 2020, le service téléphonique entre les Émirats arabes unis et Israël a commencé alors que les deux pays ouvraient des relations diplomatiques. (Photo AP / Oded Balilty, fichier)
Photo d'archive du jeudi 13 août 2020, la mairie de Tel Aviv est illuminée du drapeau des Émirats arabes unis alors que les Émirats arabes unis et Israël ont annoncé qu'ils établiraient des relations diplomatiques complètes, à Tel Aviv, en Israël. Le dimanche 16 août 2020, le service téléphonique entre les Émirats arabes unis et Israël a commencé alors que les deux pays ouvraient des relations diplomatiques. (Photo AP / Oded Balilty, fichier)

En préférant la normalisation avec le monde arabe et en renonçant temporairement à « l’annexion de territoires », Nétanyahou a gagné une double victoire : diplomatique et politique. Il prouve que les intérêts stratégiques et économiques de l’Etat d’Israel et l’ardent désir d’aboutir à une paix sincère avec les Arabes sont prioritaires et prévalent sur les questions de politique intérieure et ses problèmes personnels.

Il renforce ses relations avec l’administration Trump mais en même temps obtient un soutien important de la part des Démocrates, une centaine de jours seulement avant les élections présidentielles.

Il écarte également les critiques de la part des Européens et de sa propre opposition, et il consolide ses relations avec les leaders arabes modérés en ouvrant la voie à une normalisation vaste et prospère.

Dans ce contexte, la realpolitik a gagné des points devant le refus systématique des Palestiniens et du front du refus arabo-musulman de reconnaître de facto et de jure l’existence d’un Etat Juif au sein du monde arabe.

Certes, le problème palestinien est toujours sans solution adéquate mais il n’est plus une priorité absolue et au cœur du conflit. Désormais, il ne dépendra plus d’un retrait préalable des Territoires et un retour forcé aux lignes d’armistice de 1949.

Mahmoud Abbas se trouve dans l’obligation de renoncer à certaines revendications et à faire des compromis s’il souhaite vraiment coexister en paix avec les Israéliens. Quant au Hamas, aucun changement n’est prévu pour l’heure. Il poursuivra probablement ses hostilités et le devoir du gouvernement de mettre un terme à cette situation intenable.

Dorénavant, la solution du problème se fera dans le cadre d’un accord régional avec le monde arabe selon la solide formule élaborée à la fameuse Conférence de Madrid et non dans le cadre fragile des Accords d’Oslo.

La normalisation avec les Emirats arabes unis approuve en réalité le « plan du siècle » économique du président Trump rejeté bêtement par Mahmoud Abbas et le Hamas.

Ce nouveau réchauffement avec les pays arabes au détriment des Palestiniens est sans doute un échec cuisant du paradigme d’Abbas, mais aussi un désaveu de la politique européenne et particulièrement celle de la France. Il confirme une fois de plus que seule la puissante Amérique et non la France est capable de jouer un rôle d’influence dans la région et servir d’intermédiaire entre Israël et le monde arabe.

Hier, les pays de la Ligue arabe avaient coupé leurs relations diplomatiques avec le Caire à l’exception du sultanat d’Oman, car l’Egypte d’Anouar el Sadat avait osé signé un accord de paix avec l’Etat Juif.

Aujourd’hui, plusieurs pays arabes et en tête l’Egypte du Maréchal Sissi applaudissent la normalisation avec l’Etat d’Israël.

Au-delà des relations bilatérales avec les Emirats arabes unis, une présence israélienne dans le golfe persique apporte à Israël un avantage stratégique considérable et sans précédent face à l’Iran qui demeure notre ennemi numéro un.

Enfin, une note personnelle, j’ai eu le privilège d’ouvrir une première ambassade israélienne en Mauritanie dans le Sahara occidental. C’était le troisième pays arabe après l’Egypte et la Jordanie à normaliser ses relations avec l’Etat Juif. Les tractations préliminaires et secrètes que j’ai eues avec le président mauritanien Sid’Ahmed Taya étaient difficiles et délicates sur tous les plans et ma mission n’était pas une partie de plaisir. Toutefois, j’étais convaincu qu’elle n’était pas impossible. (Voir mon propre témoignage)

En conclusion, malgré toutes les contraintes et en dépit de la fragilité des relations israéliennes avec les pays arabes nous devrions toujours poursuivre le chemin de la paix avec le monde arabe. Parallèlement, ne jamais renoncer à nos revendications sécuritaires légitimes et à notre héritage trimillénaire.

Cet article a été publié le 16 août 2020 sur le site https://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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