Israël comme un époux pour les Nations

Crédit : Pierre Orsey
Crédit : Pierre Orsey

« La Mère dit au Père : « faisons l’homme à notre image » » Zohar, Genèse, 1,26

« Je lui ferai une aide contre lui » (כְּנֶגְדּוֹ) » Genèse 2,18

Dans la tradition du judaïsme on dit qu’Israël est féminin par rapport à HaChem et masculin par rapport aux Nations ; il est en quelque sorte leur époux. Les non-juifs sont comme Hava-Eve, l’épouse d’Adam, à la fois « contre lui » dans le sens d’opposition hostile et « contre lui » dans le sens d’affection, de soutien, d’aide semblable à lui. Dans le rapport Israël/Nations il y a cette ambivalence.

Les femmes dans la Torah nous aident à mieux comprendre la relation Israël/Nations. Par exemple Tsipora, l’épouse de Moïse :

« Selon le Maharal de Prague Moïse incarnait en sa personne toute la nation d’Israël. Aussi fallait-il que son épouse fût de souche non-juive afin qu’elle puisse lui offrir le complément moral et social compris dans la vocation de la femme en tant qu’« aide à ses côtés ». En ce sens Tsipora, la fille du plus grand théologien de son époque, était à la mesure de Moïse qui en était le plus grand prophète. Grâce à son mariage avec elle, les gentils parmi les Nations purent avoir leur part à l’idéal de la foi monothéiste. » (Commentaire sur le livre de l’Exode, dans « La voix de la Torah », Elie Munk, 2008)

« Adonaï Elohim transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena. » Genèse 2,22 (traduction Chouraqui) 

Adam est la première créature humaine. Il est « androgyne » (ou unisexuel ou bisexué), à la fois masculin et féminin (« masculin et féminin Il le créa » Genèse 1,27). Lorsque la femme est sortie de lui il devient masculin en regardant devant lui sa partie féminine : celle qui est sortie de lui devient son épouse, isha. Et c’est parce qu’il a une épouse qu’il devient homme masculin et époux : Adam devient ich. Sans elle il ne peut pas être homme, il n’est « qu’un humain » (adam). Aussi, l’homme-Adam excessivement masculin ne s’appelle pas Adam אָדָם mais Edom אֱדוֹם (avec la lettre vav dans son nom) qui est Esav, le frère jumeau de Yaakov-Israël.

Hava (Eve) חַוָּה est la féminité d’Adam, elle représente ce qui est féminin dans le monde et dans l’homme, l’aspect spirituel, et non l’aspect religieux qui est du côté masculin. En effet, la religion est un ensemble de règles, une organisation administrative, une institution, une liturgie, une hiérarchie… Tout cela est nécessaire mais n’est pas l’essentiel. L’essentiel est la relation avec le divin qui est indissociable de la relation avec nous-mêmes et avec les autres ; l’essentiel c’est la spiritualité, le cœur. Tout ce qui est essentiel est féminin. Sans cette intériorité féminine, la religion n’a plus de sens. Et sans masculinité, la spiritualité n’est que du vent (de la vapeur).

Israël est la première créature dans le cœur divin, il est le fils bien-aimé, le fils aîné. Israël est Adam, et celle qui est sortie de lui, Hava, a donné naissance à toute l’humanité. Elle est sortie de lui avant de devenir son épouse. Elle est contre lui comme une ennemie et aussi contre lui comme une femme affectueuse. Ainsi nous pouvons comparer l’humanité ou les Nations (et en particulier le christianisme) à une épouse, et Israël à un époux puisque l’Église est sortie d’Israël comme Eve est sortie d’Adam. Elle est à la fois issue de lui et se trouve ensuite face à lui, avec lui, ou bien contre lui :

« aide qui lui soit accordée » Genèse 2,20 (Traduction œcuménique de la Bible)

« aide qui lui fut assortie » (traduction Bible de Jérusalem)

« aide à son encontre. » (traduction Samuel Cahen)

« aide semblable à lui. » (traduction Louis Second)

« aide contre lui » (traduction André Chouraqui )

Dans ce verset le mot « contre » peut signifier l’affection ou l’opposition, voire même les deux à la fois. En apparence elle est opposée à lui mais au fond d’elle, elle sait qu’elle ne peut pas se passer de lui car sans Israël elle n’est plus rien, elle n’existe plus. Elle peut être comme une femme en froid avec son mari et elle peut même divorcer, mais elle reste toujours liée à lui par l’amour ou par la haine. (on pourrait aussi comparer les relation Israéliens/Palestiniens à une relation de couple insécable…)

לֹא טוֹב הֱיוֹת הָאָדָם לְבַדּוֹ

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » Genèse 2,18 

Une autre traduction possible pourrait être : « l’homme seul n’est pas bon »

Israël ne peut pas être Adam-Israël-homme-époux sans la reconnaissance de Hava-Humanité (Nations)-épouse, son vis-à-vis. Adam et Hava se sont aimés, mais pas à un niveau que la Torah souligne. Par contre les Maîtres d’Israël font remarquer qu’Adam et Hava ne se parlaient pas. C’est ce qui a constitué leur drame, car de ce fait, lorsque le nakhach (le serpent) a parlé à Hava, elle a été séduite.

Il aura fallu deux mille ans pour que l’époux-Israël et son épouse commencent à se parler, et presque un siècle pour qu’une réelle amitié commence à se nouer entre eux. Nous sommes aujourd’hui dans cette étape de l’émergence d’une reconnaissance mutuelle. Ce que l’humanité aime aujourd’hui, c’est la Nation messianique, celle qui a été choisie pour transmettre la lumière divine à l’humanité.

La traduction du Zohar est intrigante. Au lieu de « Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image » » le Zoahr propose : « La Mère dit au Père : « faisons l’homme à notre image » » (Berechit 1,26). HaChem (Dieu) serait donc à la fois paternel et maternel, à la fois père et mère !

Par conséquent chacun de nous, pour être UN (אֶחָד) comme l’est HaChem, a besoin d’être féminin et masculin. Et si Israël est masculin par ses douze tribus il a besoin de la féminité de sa treizième tribu qui représente les Nations, Dina. Sans elle, Israël est incomplet, sans les Nations comme partenaires, Israël ne peut pas être Israël.

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme et d'Israël, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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