Israël – Afrique : pas le Grand-soir, mais à manger et à boire
Du low-tech au high-tech, la méthode israélienne
On parle souvent de l’Afrique comme d’un continent à secourir, mais rarement comme d’un continent qui apprend, qui s’équipe, qui se rend autonome.
Et l’on ne parle presque jamais de l’un des acteurs les plus constants de ce travail silencieux : le MASHAV[1], l’agence israélienne de coopération internationale.
Cette agence naît à la fin des années 1950, au moment même où de nombreux pays africains accèdent à l’indépendance. Elle est imaginée par un Israël pauvre en ressources naturelles, confronté à l’aridité, à l’insécurité alimentaire et à l’urgence sanitaire – exactement les défis auxquels ces nouveaux États font face.
D’emblée, le MASHAV adopte une politique singulière : former plutôt que financer, transmettre des savoir-faire plutôt que créer des dépendances.
L’objectif est clair : rendre l’aide inutile en donnant les moyens de l’autonomie
En plus de soixante ans, des dizaines de milliers de cadres africains sont formés – agronomes, médecins, ingénieurs, responsables communautaires, gestionnaires de l’eau. Et, de plus en plus, des acteurs de la transformation numérique, à travers la formation, les échanges universitaires et les partenariats technologiques. Le catalogue est édifiant :
- Kenya, Ghana, Malawi : dans ces trois pays, la coopération s’ancre d’abord dans la productivité agricole, la gestion de l’eau et l’organisation des coopératives. Fermes-écoles, élevage durable, entrepreneuriat rural : le socle est celui de la survie devenue production. Puis le mouvement s’élargit vers le numérique : outils de suivi des cultures et des coopératives, exposition à l’agritech, services financiers connectés, planification numérique.
- Rwanda : pays marqué par le génocide de 1994, la coopération est à la fois rurale, institutionnelle et mémorielle. La productivité agricole, l’alimentation locale et la santé publique constituent le socle d’une société engagée dans la reconstruction, où la résilience collective se traduit en compétences concrètes. Dans le même temps, le pays s’est engagé dans une stratégie de gouvernance numérique et d’innovation. Des partenariats avec des acteurs israéliens, via des hubs d’innovation et des échanges professionnels, portent sur la santé digitale, la formation technologique et la cybersécurité.
- Sénégal et arc sahélien : la coopération s’ancre dans l’agriculture durable, la gestion de l’eau et des activités de diversification des revenus. La technique se propage d’abord par les réseaux de formation et les projets pilotes. Puis elle inclut des formations à l’administration numérique, à la gestion des données publiques et à la cybersécurité. Le village s’insère dans l’État.
- Éthiopie, Burundi et Togo : la trajectoire commence à l’hôpital et à l’université : formations en ophtalmologie et en anesthésie, puis coopérations autour de projets pilotes introduisant la télémédecine et les systèmes numériques de gestion des soins. La continuité des soins ne dépend plus uniquement de la présence physique.
Partout, Israël développe la même approche : partir du champ, passer par le marché, entrer dans le réseau. La coopération s’ancre dans l’agriculture, l’eau et la santé communautaire. Elle s’élargit vers les données, les plateformes numériques et l’administration connectée.
- Toujours intervenir à la demande, former sur place, rendre autonome, se retirer.
- Pas de dépendance financière.
- Pas de présence permanente.
- Pas de grandes messes médiatiques.
Le projet est simple et radical : si un village sait irriguer, cultiver, soigner – et organiser ses systèmes, sans vous, alors vous avez réussi.
–
[1] MASHAV (מש״ב) : Merkaz Shituf Pe’ula Bein-Leumi מֶרְכָּז שִׁתּוּף פְּעוּלָה בֵּין־לְאוּמִי. En français : centre de coopération internationale. Officiellement : agence israélienne de coopération internationale pour le développement.

