Israël a (enfin) un budget ; et après ?

Les législateurs israéliens se tiennent dans le plénum de la Knesset lors de la cérémonie de prestation de serment du 24e gouvernement israélien, à la Knesset, ou parlement, à Jérusalem, le mardi 6 avril 2021. (Alex Kolomoisky/Piscine via AP)
Les législateurs israéliens se tiennent dans le plénum de la Knesset lors de la cérémonie de prestation de serment du 24e gouvernement israélien, à la Knesset, ou parlement, à Jérusalem, le mardi 6 avril 2021. (Alex Kolomoisky/Piscine via AP)

Ce 5 novembre 2021 figurera à jamais dans les annales de l’Histoire d’Israël ; la Knesset a adopté définitivement le budget de l’Etat pour 2021 et 2022.

L’évènement est de taille puisqu’un vote semblable ne s’était pas produit depuis plus de trois ans et demi ; il faut remonter au 15 mars 2018 pour voir la Knesset adopter le budget 2019 de l’Etat d’Israël.

Il était temps ; Israël va sortir de sa torpeur budgétaire et le gouvernement va reprendre le rythme normal de ses activités. Bref, la bonne gouvernance est de retour à Jérusalem.

L’existence d’un budget est en soi une bonne nouvelle ; en revanche, ce n’est pas un budget idéal pour le pays que les députés viennent d’adopter mais aux vues des contraintes de la coalition, on ne pouvait pas s’attendre à mieux.

Un budget conservateur

Le credo libéral de dépenser le moins d’argent possible est bien présent dans la loi de finances pour 2022 (2021 étant une année perdue).

Au total, le gouvernement vise à réduire le déficit budgétaire de façon drastique puisqu’en 2022 il sera coupé en deux par rapport au déficit de 2021.

Le gouvernement vise même, dès 2022, à ramener le déficit budgétaire à son niveau de 2019, soit avant la pandémie.

Le pari est audacieux : début octobre, 305.000 chômeurs (7,1% de chômage) n’avaient toujours pas retrouvé un emploi pour cause de pandémie, alors que des pans entiers de l’économie tournent toujours au ralenti.

On aurait préféré voir un budget de relance plutôt qu’un budget d’équilibre budgétaire – qui va réduire le financement public des investissements pour les années à venir.

Du beurre ou des canons

Comme les budgets précédents, la Défense restera le principal poste de dépense du gouvernement israélien en 2022 ; près de 75 milliards de shekels soit 15% des dépenses publiques.

Le second gagnant après la Défense sera la Santé : ce poste reçoit une rallonge de 2 milliards de shekels destinée à réorganiser un système médical rendu vulnérable par la crise sanitaire, et encore 10 milliards pour se préparer aux pandémies futures.

Troisième gagnant et pas des moindres : la société arabe. Elle qui se voit attribuer un budget exceptionnel de 30 milliards de shekels, étalé sur 5 ans ; il s’agit d’un « investissement » qui aura rentabilisé à moyen terme si l’argent atteint son but.

La loi de finances pour 2022 prévoit aussi des réformes qui somnolaient depuis plus de trois ans dans les tiroirs du ministère des Finances à Jérusalem : recul de l’âge de la retraite des femmes, métro de Tel Aviv, ouverture des frontières aux importations agricoles, etc.

La plupart de ces réformes n’aboutiront que dans quelques années, raison de plus pour les lancer le plus tôt possible.

En revanche, d’autres réformes attendues ont été laissées en dehors du budget, comme le logement ou les énergies vertes.

Plan « B »

Sur quoi donc repose le scénario optimiste du Trésor selon lequel il est possible d’augmenter certaines dépenses sans accroître les recettes fiscales ?

Certes, le Trésor s’est octroyé quelques nouvelles rentrées comme des taxes sur la vaisselle jetable et les boissons sucrées ainsi qu’un péage routier à l’entrée de Tel Aviv.

En fait, le Trésor compte sur les fruits d’une reprise rapide et, surtout, sur les investissements étrangers : les fonds levés par le secteur des hautes technologies devraient apporter leur contribution aux recettes fiscales du pays.

Avec un shekel fort, on parle même d’un « déluge d’argent » qui va s’abattre sur le pays…

Et si ça ne marche pas ? Le Trésor a prévu un « plan B » : pour financer les rallonges de la Défense et de la Santé, le gouvernement a d’ores et déjà coupé 1,5% dans tous les autres postes budgétaires.

Autrement dit, « on donne d’une main pour reprendre de l’autre » ; le budget 2022 s’inscrit dans la « droite » ligne des budgets votés par les gouvernements Netanyahou…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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