Israël 2022 : leadership face aux menaces et défis

© Stocklib / Dilok Klaisataporn
© Stocklib / Dilok Klaisataporn

L’année 2022 débute avec ses angoisses collectives et privées, ses réflexions et interrogations sur l’avenir individuel, familial et national. Les menaces proches et lointaines seront décisives pour l’Etat juif, le Moyen-Orient et la communauté internationale.

La fragilité gouvernementale et les mystères de la pandémie plongent la population dans l’incertitude et le désarroi. Ils aggravent la méfiance à l’égard du pouvoir, ils accentuent la violence verbale dans les débats publics, à la télévision, sur les réseaux sociaux et surtout à la Knesset.

Ils approfondissent le fossé entre riches et pauvres, la déchirure entre la Gauche et la Droite, laïcs et religieux.

Ce virage dangereux risque d’éroder la résilience de la nation et déraper vers une situation incontrôlable, chaotique.

Depuis plusieurs années nous constatons une absence de leadership dans les pays démocratiques y compris en Israël. Le trouble, la confusion, le populisme, et l’indifférence à l’égard des compatriotes gagnent toujours dans un monde en turbulence permanente.

Pour atteindre ses objectifs un véritable leader devrait avoir une vision claire, la capacité de guider, d’influencer et de motiver, inspirer confiance et surtout donner l’exemple.

Une nation sans leadership ne pourra jamais résister aux conséquences d’un fléau, d’une attaque militaire, d’une pandémie ou une catastrophe naturelle majeure, puis à rétablir rapidement sa capacité de fonctionner normalement et de relever les défis en cours.

Triste aussi de constater que l’égoïsme individuel l’emporte sur les intérêts de l’État et de ses citoyens.

La société israélienne est bien différente de celle que nous avons connue au moment de la création de l’État juif. Malgré le conflit armé, les vagues d’immigration, les difficultés d’absorption, le manque de ressources et de moyens matériels, la pauvreté dans les foyers, nous avons réussi à surmonter grâce à la solidarité et la fraternité.

Le peuple israélien est unique, riche de sa jeunesse, de sa diversité et de son histoire millénaire. Il est toujours capable de faire des miracles. Il est vivace et généreux mais aussi meurtri, complexé et bourré de contradictions.

Israël est le seul pays au monde à ne pas avoir de frontières définitives ni de capitale légitimement reconnue.

Le seul État à n’avoir jamais connu un jour de paix véritable depuis sa création.

Le seul au monde où aucun citoyen ne peut circuler paisiblement sans ressentir la crainte d’un attentat.

Le seul où le spectre du terrorisme frappe chaque matin.

Le seul où la majorité écrasante de son peuple vit toujours à l’étranger.

L’un des rares pays démocratiques où les pensées et les opinions des généraux prévalent souvent sur les décisions politiques, et où la force de l’esprit et la créativité spirituelle sont sommeillantes.

Il est temps de changer de cap.

A l’aube de l’année 2022 le gouvernement Bennet-Lapid devra mener une politique claire et cohérente et redonner confiance à tous ses citoyens, Juifs, Chrétiens et Arabes.

Si ce gouvernement souhaite poursuivre son mandat jusqu’au bout il devra accomplir plusieurs missions et atteindre plusieurs objectifs :

En priorité éviter la confusion et la panique, combattre la pandémie avec sang-froid et sagesse. Apaiser les esprits par des messages clairs et non populistes. Offrir une assurance complète sur le plan sanitaire et un sentiment sincère de sécurité dans tous les domaines.

Mettre un terme à la cacophonie. Chaque ministre devra s’occuper des affaires qu’il le concerne. Nommer un porte-parole crédible et parler d’une seule voix forte et limpide.
-Planifier enfin une stratégie sécuritaire pour l’avenir de l’Etat d’Israël. Considérer en priorité les frontières défendables face à une démographie galopante et aux menaces intérieures et extérieures.

-Devant la signature d’un nouvel accord avec l’Iran sur le projet nucléaire, intensifier la coordination diplomatique et sécuritaire avec les Etats-Unis, mais parallèlement se préparer à toutes les options, notamment à une attaque militaire. Est-elle envisageable ? Avons-nous les capacités et les moyens ? Comment éviter une confrontation avec les Etats-Unis ? Faut-il poursuive les actions du Mossad ? Comment réagir à une provocation du Hezbollah ? Une troisième guerre contre le Liban est-elle possible sera-t-elle prochainement à là l’ordre du jour ?

-Le problème palestinien devra être résolu selon une politique claire acceptée par tous les membres du gouvernement. Le Premier ministre ne peut accepter les démarches de Benny Gantz en s’opposant publiquement à toute solution politique.

-Le gouvernement devra réagir aux provocations systématiques du Hamas et nous dire quelle serait la bonne politique à long terme dans la bande de Gaza. Une nouvelle campagne militaire était-elle inévitable ? Quelles seront les conséquences sur l’Autorité palestinienne et les Arabes israéliens, surtout quand un parti islamiste est membre de la coalition.

– Consolider et étendre sans relâche les Accords d’Abraham avec d’autres pays arabo-musulmans.

– Lutter par tous les moyens contre le crime organisé au sein de la population arabe. Démanteler les réseaux de trafic d’armes et mettre un terme au banditisme.

– Relancer le dialogue avec les communautés juives en Europe et en Amérique. Leur soutien est indispensable. L’union fraternelle renforce notre résilience nationale. Durant la pandémie comment accepter une « discrimination » entre Juif et Israélien de la même famille ?

Les missions et les défis du gouvernement israélien sont sans doute les plus difficiles au monde, les plus complexes et très ingrates à accomplir. Les problèmes à résoudre sont compliqués et uniques, surtout existentielles.

Le rôle de l’opposition est clair, le but est de faire tomber le gouvernement le plus tôt possible.

Cependant, au moment où le pays traverse de nombreuses crises, le temps n’est pas propice pour aggraver encore plus la situation. Certes, combattre les défaillances et agir en transparence, mais ne jamais tomber dans la vulgarité et la bassesse, respecter autrui, privilégier avant tout les intérêts de l’Etat et de toute la population, sans aucune distinction.

Enfin, et malgré toutes les difficultés et les menaces prévues en 2022, nous pouvons compter sur notre foi dans notre juste cause, sur notre puissance militaire, scientifique et technologique, ainsi que sur la solidarité inébranlable des communautés juives. Ne perdons jamais l’espoir en des jours meilleurs et demeurons toujours vigilants.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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