Iran : révolte prolongée, révolution différée

Des commerçants manifestent dans les rues de Téhéran le 29 décembre 2025 contre la situation économique et la monnaie iranienne en difficulté. (Crédit : FARS NEWS AGENCY / AFP)
Des commerçants manifestent dans les rues de Téhéran le 29 décembre 2025 contre la situation économique et la monnaie iranienne en difficulté. (Crédit : FARS NEWS AGENCY / AFP)

Depuis décembre 2025, l’Iran est à nouveau traversé par des manifestations d’importance variable mais continue. Dans les médias internationaux, la tentation d’y voir les prémices d’un effondrement du régime des mollahs, voire une répétition différée de 1979, est grande. Cette lecture est « intéressante » mais reste incomplète. L’Iran de 2025 se situe dans un entre-deux : fragile, mais peut-être au bord d’une révolution.

L’histoire nous montre que les révolutions ne viennent pas seulement de la colère des gens

En 1979, la chute du Shah n’a pas été provoquée par la rue seule, mais par la destruction lente des bases du pouvoir. La révolution s’est jouée moins dans les manifestations que dans l’effondrement interne de l’État.

Les Printemps arabes de 2011 ont confirmé cette règle :

  • en Tunisie, la neutralité de l’armée a permis la chute du régime ;
  • en Égypte, l’armée a arbitré le changement pour préserver ses intérêts, confisquant la révolution ;
  • en Syrie, la loyauté de l’armée envers le pouvoir a transformé la révolte en guerre civile.

Le facteur décisif n’a jamais été le nombre de manifestants, mais la position de l’appareil répressif.

En 2025, le contexte a changé

La protestation n’est plus seulement morale ou symbolique. Elle est désormais alimentée par :

  • une crise économique chronique,
  • une inflation destructrice,
  • un chômage structurel,
  • et un sentiment généralisé d’impasse.

Le régime n’est plus seulement perçu comme oppressif, mais comme incapable de gouverner efficacement.

Cette évolution est importante. Elle marque le passage d’une contestation identitaire à une contestation « légitime ». C’est là que se situe le véritable verrou. Une révolution commence lorsque la peur change de camp, mais elle s’achève seulement lorsqu’un pouvoir de remplacement devient pensable.

En Iran, la peur recule dans la société, mais elle n’a pas encore pénétré l’appareil d’État

Le régime, conscient de sa fragilité, privilégie la répression graduée, l’usure du temps et la fragmentation de la contestation plutôt qu’une violence massive susceptible de provoquer une rupture irréversible.

Ainsi, l’Iran de 2025 ressemble moins à 1979 qu’à un « Printemps arabe prolongé », dans un État infiniment plus résilient, idéologiquement structuré et sécuritairement verrouillé. Le danger pour le régime n’est pas immédiat, mais il est existentiel. À force de gouverner contre sa société, il érode les fondations mêmes de son autorité.

La question centrale n’est donc pas de savoir si le régime est contesté – il l’est – mais quand et par où surviendra la première rupture interne décisive.

Tant que cette fissure ne se manifestera pas au cœur du pouvoir, la révolte iranienne restera puissante mais inachevée. Une révolution différée, plutôt qu’un soulèvement avorté.

à propos de l'auteur
Gilles Touboul est un analyste géopolitique passionné et un ancien trader spécialisé sur les marchés asiatiques et moyen-orientaux. Longue expérience en salle de marché, il conjugue rigueur financière et compréhension des dynamiques géopolitiques. Observateur des bouleversements internationaux, il intervient régulièrement sur des sujets liés aux conflits, aux relations internationales et à l’impact de la géopolitique sur l’économie mondiale. Diplômé des langues orientales, et en relations internationales, il vit en Israël.
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