Iran-Israël, la guerre impossible

Sur cette photo publiée par le site officiel du bureau du leader suprême iranien, le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei s'adressant dans un discours télévisé marquant le Quds annuel, ou le jour de Jérusalem, à Téhéran, Iran, vendredi 22 mai 2020. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)
Sur cette photo publiée par le site officiel du bureau du leader suprême iranien, le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei s'adressant dans un discours télévisé marquant le Quds annuel, ou le jour de Jérusalem, à Téhéran, Iran, vendredi 22 mai 2020. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Les Assad, père et fils, connaissent bien les Israéliens et à ce titre, depuis la fin de la guerre de 1973, aucun coup de feu n’a été tiré à travers la frontière jusqu’à la révolution de 2011. Son armée légale a maintenu le calme en évitant toute provocation pouvant mener à un conflit armé avec Israël.

Les armes se sont donc tues. Mais la situation a changé depuis l’installation des troupes iraniennes en Syrie et au Liban. Des accrochages ont eu lieu à la frontière du Golan, souvent le fait de milices incontrôlées. Les Israéliens n’ont jamais considéré la Syrie comme un sanctuaire iranien et ils ont lancé plusieurs attaques aériennes ciblées, avec une certaine neutralité russe, pour empêcher l’installation de missiles au Liban et surtout pour neutraliser la propagation de matériel sensible vers le Hezbollah.

Malgré ces attaques répétées qui ne ciblaient pas l’armée régulière syrienne, la Syrie a toujours refusé d’être impliquée dans un affrontement militaire plus étendu et plus risqué. Le 18 mai 2020, l’ancien ministre de la Défense Naftali Bennett s’était avancé en affirmant que l’Iran commençait à se retirer de la Syrie en raison de sa crise économique, des sanctions américaines et du coronavirus qui l’auraient poussé à évacuer «un certain nombre de bases».

Il n’a fourni aucune preuve tangible de son affirmation. Il a même suggéré à son successeur Benny Gantz de maintenir la pression sur l’Iran : «Bien que l’Iran ait entamé le processus de retrait de la Syrie, nous devons achever le travail. Il est à portée de main».

Pourtant l’Iran se targue d’être en Syrie sur invitation du gouvernement d’Assad et qu’il resterait en Syrie aussi longtemps que son aide est nécessaire. Un haut responsable du ministère iranien des Affaires étrangères, Ali-Ashgar Khaji, a réaffirmé que Téhéran continuerait de travailler en étroite collaboration avec la Syrie et la Russie pour lutter contre le terrorisme.

Il est indéniable que la Syrie soit devenue à la base de la confrontation irano-israélienne mais les objectifs des deux pays divergent. Israël n’analyse plus la situation de la même manière depuis 2011 car l’Iran, le Hezbollah et de nombreux groupes chiites opèrent en toute liberté. Une victoire des alliés d’Assad est assimilée à une menace existentielle. En revanche, si la guerre persistait, elle aurait pour effet d’affaiblir durablement le régime syrien, voire paradoxalement d’assurer la stabilité de la Syrie, ce qui reste dans l’intérêt fondamental d’Israël.

Les observateurs politiques dissertent sur l’intérêt de l’Iran à s’investir autant en Syrie. Une certitude pour eux, l’investissement idéologique n’a plus cours. Grâce à l’Iran, Assad a repris tous ses territoires perdus. Son objectif atteint, il ferme les yeux sur les bombardements contre l’armement iranien à destination du Hezbollah qui portent certes atteinte à sa crédibilité sécuritaire sans le gêner outre mesure dès lors que son régime se consolide. La passivité d’Assad pousse les Israéliens à agir dans la région avec le soutien explicite de Donald Trump.

Les Iraniens sont conscients de leur faiblesse face aux États-Unis, aux pays arabes et aux États du Golfe lourdement armés et disposant de ressources économiques presque inépuisables. Devant ce risque militaire, l’Iran n’avait pas d’autre issue que de se lancer dans une guerre asymétrique, à la manière des organisations terroristes de bas niveau. Son seul objectif étant de faire la guerre par procuration, par Hezbollah interposé, qu’il ne cesse d’armer pour  qu’il devienne le porte flambeau de «l’axe de la résistance».

En fait l’Iran veut porter le combat contre les sunnites au-delà de ses frontières, pour éviter d’avoir à se confronter à eux à Téhéran même. Les sunnites sont le véritable danger pour les Iraniens. La survie du régime des mollahs est en jeu sachant que l’existence du régime de Damas est la seule garantie pour la pérennité de la République islamique. C’est la raison pour laquelle l’Iran se bat pour exister en Syrie afin de maintenir le régime iranien. On sent l’absence de Soleimani, le seul à pouvoir unifier les factions disparates. Sans lui, des divisions sont apparues parmi les forces chiites, qui dénoncent le manque d’afflux d’argent et le manque de trajectoire pour institutionnaliser les milices.

Il ne fait aucun doute que Tsahal a amélioré ses capacités de défense et d’action face à l’Iran. Il peut même compter sur la Russie avec qui ils ont coordonné plusieurs chaînes de commandement militaires, pour réduire les risques de dégâts occasionnés par les actions respectives de chacune de ces chaînes de commandement, et susceptibles de causer des accidents. Il faut éviter l’incident du 17 septembre 2018, où Israël n’était pas directement responsable.

Ce jour-là, un avion russe Il-20 avait été accidentellement abattu, lors de son retour sur la base aérienne de Hmeymim, par les défenses aériennes syriennes qui visaient en fait quatre avions de combat israéliens F-16. Les 15 membres d’équipage russes ont été tués.

Tsahal a tiré les conséquences d’une telle bavure tandis qu’une source diplomatique russe a précisé : «Nous avons eu et avons des accords avec Israël sur la façon dont nous devons agir en cas de situations extraordinaires. Il y a quelque temps, nous avons compris qu’il était nécessaire de les formaliser les accords. Les pourparlers entre les responsables militaires se poursuivent. Nous espérons qu’ils finiront bientôt avec de bons résultats. Ce sont des questions complexes, car elles concernent la sécurité des deux côtés. Notre intérêt réside dans la maximisation de la sécurité des militaires russes dans le pays voisin d’Israël».

Les jets israéliens peuvent à présent frapper des cibles iraniennes en Syrie sans menacer les forces russes qui refusent de prendre une position ferme contre Israël et qui évitent toute confrontation avec Tsahal. La Russie n’a aucune prétention politique en Syrie. Son but est d’assurer sa présence dans la région grâce à sa base aérienne dans la province de Lattaquié et sa base navale dans le port de Tartous. Son soutien à l’Iran est surtout motivé par une animosité envers Donald Trump qui a imposé des sanctions.

Tsahal a tiré les conséquences d’une telle bavure tandis qu’une source diplomatique russe a précisé : «Nous avons eu et avons des accords avec Israël sur la façon dont nous devons agir en cas de situations extraordinaires. Il y a quelque temps, nous avons compris qu’il était nécessaire de les formaliser les accords. Les pourparlers entre les responsables militaires se poursuivent. Nous espérons qu’ils finiront bientôt avec de bons résultats.  Ce sont des questions complexes, car elles concernent la sécurité des deux côtés. Notre intérêt réside dans la maximisation de la sécurité des militaires russes dans le pays voisin d’Israël».

Les jets israéliens peuvent à présent frapper des cibles iraniennes en Syrie sans menacer les forces russes qui refusent de prendre une position ferme contre Israël et qui évitent toute confrontation avec Tsahal. La Russie n’a aucune prétention politique en Syrie. Son but est d’assurer sa présence dans la région grâce à sa base aérienne dans la province de Lattaquié et sa base navale dans le port de Tartous. Son soutien à l’Iran est surtout motivé par une animosité envers Donald Trump qui a imposé des sanctions.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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