Instincts primaires, thématiques médiévales et bon sens

Crédit : Pixabay
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La guerre est-elle une endémie ? Il semble qu’au cours de l’histoire, des conquêtes militaires faites au nom de la gloire ou pour la spoliation des vaincus n’ont jamais vraiment cessé. La fin justifiant les moyens, le dicton à la guerre comme à la guerre a érodé le sens moral et étouffé celui de la compassion. L’humanité a-t-elle mûri au cours de l’histoire ou bien traînons-nous encore derrière nous au XXIe siècle le boulet de risques d’explosion de conflits ?

Les puissances nucléaires se sont neutralisées par la crainte de représailles. Néanmoins, nos sociétés peuvent être mises en grand danger dans notre monde devenu si interdépendant. Au XXIe siècle, il suffit de peu de personnes, pour s’attaquer aux services essentiels tels l’électricité, l’eau et les télécommunications et paralyser des métropoles entières. Une autre source de vulnérabilité serait une cyberattaque réussie qui démantèlerait l’infrastructure de plusieurs pays. La pandémie actuelle cause une stase à l’échelle mondiale, mais il n’en demeure pas moins que le virus des conflits militaires est déjà disséminé en plusieurs endroits de la planète.

Les foyers de conflit ardents

Les dictatures nord-coréenne et iranienne développent des technologies nucléaires qui inquiètent le monde civilisé. La Chine s’implante militairement dans des zones maritimes disputées, ce qui inquiète grandement les pays du Sud-est asiatique. En outre, la Chine se fait plus ferme quant à ses ambitions sur Taiwan qui a conservé des relations étroites avec les États-Unis.

La Russie ne démord pas de son emprise sur le Donbass dans l’Est ukrainien et des échanges de tir sporadiques peuvent dégénérer en batailles rangées. Les tensions sectaires en Irak augmentent et les Kurdes de Syrie vivent sous la menace d’une invasion turque et du transfert dans leur territoire de millions de réfugiés syriens. Le carnage de la guerre civile en Syrie n’est pas prêt de cesser et il en va de même en Libye et au Yémen.

Les foyers de conflit latent

La tension entre l’Inde et le Pakistan augmente après chaque attentat terroriste et il en va de même entre Israël et Gaza. Les milices iraniennes disséminées dans le Croissant fertile ont le pouvoir d’embraser la région et semer la destruction avec leurs missiles de longue portée. L’instabilité et la misère des populations de Syrie, d’Haïti, d’Amérique centrale et d’Afrique subsaharienne font craindre des pressions migratoires accrues.

Les foyers de conflit potentiel

Le démantèlement de la Yougoslavie n’a jamais vraiment mis fin aux tensions entre les populations interethniques. Les pays du Sahel font l’objet d’attaques terroristes du Boko-Haram et l’instabilité politique au Nigeria, à la République démocratique du Congo, en Somalie et au Soudan du Sud tout comme les violences sectaires en République centrafricaine et au Burundi sont autant de brasiers qui peuvent se ranimer et enflammer ces pays.

Les conflits imminents

Tous ces conflits semblent insignifiants devant la crise actuelle qui est celle de la pandémie du Covid19. En effet, nul n’en est à l’abri. Il eut été sensé de penser que devant la pandémie actuelle, une réponse internationale coordonnée fût bienvenue. Or les États-Unis ne semblent plus intéressés à prendre le leadership de la réponse internationale comme cela a été le cas lors de la plaie de l’Ébola dans les années 2013 à 2015. Nous sommes témoins de réponses nationales, voire même à une politisation de la crise qui pourrait fermenter de nouveaux conflits.

À la recherche d’un bouc émissaire

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lijian Zhao, a déclaré : « Ce pourrait être l’armée américaine qui a introduit l’épidémie à Wuhan. » Selon le Washington Post, « les discours antiaméricains ont pris de l’ampleur » en Chine au point que les communications Internet du pays sont « inondées par la théorie … selon laquelle le coronavirus provient des États-Unis. » De même, les médias russes ont accusé Londres et Washington d’avoir développé le virus pour saper l’économie chinoise et même pour se préparer à une offensive en testant leurs armes biologiques.

La chaîne étatique iranienne a imputé à plusieurs reprises l’origine du virus à des sources américaines ou israéliennes. Deux généraux iraniens des Gardiens de la Révolution ont agité le spectre du virus en le présentant comme une arme biologique américaine ciblant la Chine et l’Iran. L’ayatollah iranien Naser Makarem Shirazi est revenu sur sa position selon laquelle un vaccin israélien devrait être permis si ce dernier venait à être le seul disponible. L’Iran a refusé l’aide médicale extérieure, y compris de la part de l’ONG Médecins sans frontières. Des médias algériens et turcs se sont rabattus sur les Juifs, les accusant d’avoir amorcé la pandémie pour gagner en puissance, de rendre les peuples stériles et de faire fortune en vendant l’antidote. Qui a dit que l’obscurantisme du Moyen âge était révolu ?

Lendemains de pandémie

La réponse à apporter au COVID19 sera d’autant plus rapide et efficace si l’on pouvait compter sur la discipline des populations afin de ralentir le taux d’infection et de permettre ainsi aux services hospitaliers de ne pas être débordés jusqu’à ce qu’un vaccin soit trouvé ou que l’on finisse par développer une insensibilité au virus.

Sur le plan économique, il y aura un appauvrissement général et la reprise économique sera plus lente que les précédentes. L’expérience de télétravail relativement généralisée continuera au sein de nombreuses compagnies, ce qui limitera la location de bureaux et les déplacements. La faillite guette plusieurs pays, notamment ceux dont l’industrie touristique ou la vente des hydrocarbures dont le prix a déboulé constitue un pourcentage important de leur PNB.

La crise actuelle a mis en exergue la fragilité de la globalisation et le besoin de repenser la dépendance d’un pays en particulier en raison d’intérêts économiques à court terme. Il faudra revoir le bien-fondé de placer l’ensemble des industries manufacturières dans un seul pays – la Chine – et mettre sur pied des sources d’approvisionnement plus variées.

Il faudra augmenter les services de santé et se préparer à des pandémies éventuelles et s’y investir en toute priorité. Les données relatives à la vie privée (dossiers médicaux, ADN) ne pourront plus être protégées de la même façon. Il faudra accepter que ces données puissent être accessibles aux autorités grâce aux technologies 5G de façon à faire un suivi plus serré de la géolocalisation de tout un chacun en cas de pandémie.

Tout comme il était possible de le prévoir, les régimes dictatoriaux sont intéressés avant tout à la préservation de leur pouvoir et optent pour l’obscurcissement plutôt qu’à la transparence, la désinformation plutôt que la vérité, parfois même au détriment de la santé publique.

Aussi les informations issues de régimes dictatoriaux seront-elles toujours suspectes. Les autorités chinoises ont imposé le silence sur la pandémie dont les effets globaux auraient pu être moindres si l’alerte avait été donnée à temps. Les mullahs iraniens ont pris beaucoup de temps avant de faire état du nombre de personnes infectées ou décédées. Il faudra peut-être développer des certifications des sources d’informations sûres.

De l’isolation sociale à l’isolation nationale ?

Les organismes internationaux tels que l’ONU ou même l’UNESCO sont des arènes stériles dans lesquelles les clans s’adonnent à des ostracismes perfides. Cette hypocrisie devra cesser. La perte de crédibilité des organismes internationaux risque de faire reculer l’acceptation de normes fiables si tant nécessaires pour redonner la confiance aux institutions et aux échanges internationaux, au tourisme et à la libre circulation des marchandises. En même temps, ignorer les abus des droits de l’homme ou la « rééducation massive » des Ouïgours en Chine irait à contresens du besoin de transparence et de crédibilité.

Les grandes puissances économiques que sont la Chine et les États-Unis devraient coopérer pour s’entendre sur des solutions adéquates à apporter et soulager le monde des effets de la crise actuelle. Cela va demander du courage politique car la Chine a expulsé des journalistes américains et menacé de ne pas distribuer de médicaments aux États-Unis à moins que ne cessent les critiques envers la Chine. En parallèle, une offensive de charme chinoise a consisté à envoyer une aide médicale importante aux pays européens touchés par la pandémie…

Le bon sens prendra-t-il le dessus sur les instincts primaires de méfiance et d’animosité ? La pandémie actuelle devrait être l’occasion de les dépasser et de faire preuve d’altruisme. La solution à la pandémie actuelle doit être planétaire car si le virus n’est pas traité de façon radicale, il pourrait s’infiltrer à nouveau ou se muer en un autre encore plus dangereux. Il est encore temps de freiner cette dérive et de se mettre à l’ouvrage à l’unisson.

Le sens de l’humanité devra mettre un terme à la pandémie, ou la pandémie mettra un terme à l’humanité.

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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