Injures antisémites pour stratégie « antisioniste »

Le 16 février 2019, à Paris, le philosophe français Alain Finkielkraut a été injurié et menacé. Le coupable est un individu âgé de trente-six ans. Il hurlait au philosophe en marge d’une manifestation de « gilets jaunes », entre autres insanités, sa haine des « sionistes ».

Le parquet avait requis six mois de prison avec sursis pour injures antisémites. Le tribunal correctionnel de Paris a retenu les faits et leur qualification antisémite. Il a condamné l’individu à deux mois de prison avec sursis.

L’argumentaire de la défense repose sur la prétendue absence d’antisémitisme de l’individu, la prétendue distinction entre anti-sioniste (hostile au sionisme) et antisémite (hostile aux juifs ) et de la nature prétendument contraire à la « fraternité » d’Alain Finkielkraut.

Rappelons à la défense les éléments suivants.

L’anti-sionisme est une offense hostile à l’existence de l’Etat d’Israël, Etat fondé par les Nations-Unies pour les Juifs. Il repose sur l’ensemble des arguments antisémites connus depuis la nuit des temps (empoisonnement, capitalisme, haine de la fraternité, etc.). L’anti-sionisme est la haine d’Israël, l’antisémitisme est la haine des Juifs. L’examen de la video présentant les faits contre le philosophe en est l’attestation.

Dans l’hypothèse de la volonté affichée de l’individu de lutter contre la politique du gouvernement israélien, le vocable « anti sioniste « ne saurait convenir puisqu’il signifie la haine d’Israël d’une part et que le philosophe français indique partout qu’il ne soutient pas ledit gouvernement.

L’absence de courage est une constante de la haine antisémite.

La volonté de la défense de retirer tout caractère antisémite à l’agression commise par l’individu est de surcroît la stratégie utilisée dans chacune des infractions, chacun des délits, chacun des crimes antisémites commis en France depuis maintenant de nombreuses années. Le caractère antisémite aggrave en effet la peine concernée.

Quant à la prétendue défense de la « fraternité » au nom de laquelle l’individu prétend avoir invectivé et ciblé le philosophe, elle est démentie par son propre comportement.

Contrairement à ce que prétend l’individu et à la manifestation de sa haine antisémite, le sionisme est un mouvement de libération nationale qui a permis la création de l’Etat d’Israël. Les « anti-sionistes » agressent Israël depuis 1948 et les Juifs sont agressés par les antisémites qui prétextent du conflit israélo-palestinien pour développer leur haine. Il sera très difficile à la défense de contester à la cour cette réalité.

Quant à certains qualificatifs (« clivant », incompatible à toute « fraternité ») que la défense s’autorise à employer à l’encontre du philosophe français, reste à espérer que les conseils d’Alain Finkielkraut déposeront une plainte en diffamation. Nul doute que compte tenu de la grossièreté de telles assertions, ils ne manqueront pas de gagner.

Plus que jamais, devant l’augmentation des infractions, crimes, délits antisémites, racistes, sexistes et relevant de toute ségrégation, il est impérieux que les conseils du philosophes académicien, invectivé parce que juif livrent à l’occasion de ce dossier la guerre à la haine. Ils en ont le droit et le devoir.

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Pierre Saba
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