Inflation en Israël : le gouvernement aux abonnés absents

© Stocklib / Denys Kurbatov
© Stocklib / Denys Kurbatov

L’été 2022 aura été chaud sur le front des prix en Israël ; l’inflation s’est envolée à un rythme de 5% l’an et la valse des étiquettes pèse sur les ménages qui ont du mal à boucler les fins de mois.

Le consommateur israélien ne décolère donc pas : son pouvoir d’achat est rogné par l’inflation et les mesures prises par son gouvernement sont loin de le satisfaire.

Face à l’accélération de la hausse des prix, le gouvernement israélien est aux abonnés absents : occupés par la campagne électorale, les ministres ont d’autres chats à fouetter que de se battre pour le pouvoir d’achat de leurs électeurs.

Pouvoir d’achat à la traîne

L’été 2022 aura été celui de tous les records pour l’économie israélienne, en bien comme en mal.

L’inflation a atteint un rythme annuel de 5,2%, le plus élevé depuis quatorze ans ; les prix de l’immobilier ont fait un bond de 17,8% sur un an, hausse record de la dernière décennie.

Quant à la croissance du PIB, elle a bondi de 6,8% au second trimestre 2022, tirée par une consommation des ménages qui s’est envolée de 8% par habitant.

Autrement dit, l’Israélien continue de se ruer sur les produits chers ; ce qui alimente la spirale inflationniste à laquelle font face tous les consommateurs.

Face à hausse généralisée des prix, les salaires réels sont à la baisse et le pouvoir d’achat des Israéliens est donc à la traîne.

Situation exceptionnelle

Bref, à une situation exceptionnelle, on s’attendrait à des mesures exceptionnelles.

Eh bien, pas en Israël : contrairement à d’autres pays occidentaux, le gouvernement israélien ne réagit pas pour juguler les hausses de prix, poursuivant une politique d’atermoiement totalement inappropriée.

Ici, aucune mesure de soutien au pouvoir d’achat comme en France ou aux Etats-Unis, aucune aide exceptionnelle pour contrebalancer les effets de l’inflation sur le revenu des ménages.

Une seule bonne nouvelle : face à l’envolée du prix des carburants, le ministre des Finances Avigdor Liberman a mis en place une remise d’un shekel le litre d’essence d’avril à août, puis une ristourne de 0,89 shekel le litre à partir du 1er septembre. Une mesure trop faible et qui profite aux Israéliens les plus aisés.

Pourtant, ce n’est pas que l’argent manque : depuis le début de l’année, les caisses de l’Etat regorgent d’excédents fiscaux engendrés par une croissance forte.

Laisser-faire 

Conformément à la doctrine libérale du « laisser-faire », le gouvernement Lapid a choisi l’inaction : pas de revalorisation des prestations sociales, pas d’aides ciblées aux plus démunis, pas de remise à jour immédiate du salaire minimum.

En fait, le gouvernement israélien se décharge de ses responsabilités sur la banque centrale qu’il laisse affronter seule la tempête des prix ; le taux d’intérêt directeur a bien été relevé à 2% mais cela ne suffira pas à lutter contre les dégâts de l’inflation.

La lutte contre l’inflation exige l’intervention du gouvernement et pas seulement de la banque centrale : une politique anti-inflationniste doit s’accompagner de mesures budgétaires qui viennent compléter la composante monétaire du taux d’intérêt.

Par exemple : il faut subventionner massivement le prix de l’eau et de l’électricité, geler le prix des produits de base subventionnés, revaloriser rapidement le salaire minimum (qui s’est érodé depuis 2017 !), multiplier les aides sociales, imposer d’une taxe spéciale les superprofits que les banques affichent depuis le début de l’année, etc.

Il y a beaucoup à faire ; le temps ne joue pas en faveur du consommateur israélien et il serait dommage d’attendre qu’un nouveau gouvernement sorte des urnes le 1er novembre pour réagir…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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