Inflation en Israël : fausse alerte !

Pixabay
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0,6% : il a fallu la publication de ce petit chiffre pour réveiller en Israël le monstre de l’inflation. C’est l’indice des prix à la consommation pour le mois de mars qui a déclenché les hostilités.

Le spectre de l’inflation serait-il de retour ? D’emblée, soyons clair : c’est une fausse alerte, l’inflation ne revient pas en Israël.

Pourquoi alors les pages des journaux économiques se remplissent d’analyses prédisant un retour imminent de l’inflation en Israël ? Sans doute parce que le coronavirus est passé par là.

En Israël comme dans certains pays occidentaux, les observateurs brandissent facilement le spectre de l’inflation, selon l’adage bien connu « Mieux prévenir que guérir » : mieux vaut donner une fausse alerte plutôt que d’être pris de court par une inflation incontrôlée.

Spectre de la déflation

Seulement voilà, les chiffres vont dans le sens contraire : Israël de 2021 craint davantage la déflation – la baisse des prix – que l’inflation – la hausse des prix.

Sur toute l’année 2020, les prix au détail ont baissé de 0,7% ; voilà le véritable danger.

Les prix ont baissé parce que les Israéliens ont freiné leur consommation pour cause de pandémie et de confinement, entraînant une chute de l’activité économique et un chômage fort.

En ce début de 2021, l’indice des prix reflète la relance de la production et de la consommation : les prix qui avaient reculé de 0,1% en janvier, sont repartis doucement à la hausse en février (+0,3%) et en mars (+0,6%).

De là à crier au retour de l’inflation, il y a qu’un pas que beaucoup ont franchi.

Il est vrai que certains Israéliens – parmi les plus anciens – ont encore en mémoire l’hyperinflation des années 1980 ; les prix avaient fait un bond de +445% en 1984, un désastre que l’on préfère oublier.

Surchauffe de l’économie

Disons-le clairement : il est normal qu’en période de relance économique, les prix aient tendance à être tirés vers le haut – surtout en Israël où la concurrence ne joue pas vraiment son rôle pour freiner l’inflation.

Aujourd’hui, les Israéliens ont en poche de l’argent qu’ils n’ont pas pu dépenser en 2020 : une année perdue qu’ils comptent bien rattraper en 2021.

L’Etat aussi a injecté beaucoup d’argent dans l’économie sous la forme de subventions, allocations et soutien aux entreprises : trop d’argent en circulation tire inéluctablement les prix vers le haut.

La relance de l’économie, prévue pour 2021 et 2022, se traduira inéluctablement par le renchérissement de certains articles de consommation courante.

Il existe aussi des raisons « internationales » à une hausse des prix : la crise sanitaire a tiré vers le haut certains coûts de production – comme transports et matières premières – qui finissent par se répercuter sur les prix de détail.

Selon les dernières prévisions de la Banque d’Israël, l’inflation sera de +1,3% en 2021 et +1,2% en 2022 ; on est bien loin des alertes pessimistes d’un retour de l’inflation.

D’ailleurs, une inflation modérée (entre 1 et 3%) est parfois nécessaire pour stimuler la consommation et relancer la production de certains biens et services.

Il faut se rendre à l’évidence : l’inflation n’est pas de retour en Israël, c’est une fausse alerte.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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