Inclassable, et fier de l’être
Commençons par dissiper le plus flatteur des malentendus : non, je ne suis pas un agent du Mossad. Je le précise parce qu’on me le demande — sérieusement.
On dit beaucoup de choses sur moi, et le plus beau, c’est qu’elles se contredisent toutes. Que je serais sioniste. Que je ne le serais même pas. Que je serais antisioniste — ce que je ne suis pas davantage. À force, j’ai cessé de corriger. Je collectionne les étiquettes comme d’autres les décorations : avec un certain plaisir, et sans en porter aucune.
La vérité est plus simple, et, j’en ai peur, moins romanesque. Je suis marocain. Musulman. Patriote, royaliste dans l’âme. Et je passe le plus clair de mon temps à raconter l’histoire des Juifs du Maroc et ce lien rare entre mon pays et Israël.
Pour beaucoup, cela ne devrait pas tenir ensemble. On voudrait que je choisisse un camp, que je rentre dans une case, que je rassure d’un côté ou de l’autre. Mais c’est précisément là que je les déçois : pour moi, tout cela tient parfaitement ensemble. Mieux — c’est marocain.
Car mon pays a une vieille habitude que l’époque a oubliée : protéger ses Juifs au lieu de les renier. Des rois qui ont tenu bon quand l’Europe vacillait. Des saints vénérés par les musulmans et les juifs, gardés parfois par les mêmes familles, génération après génération. Une coexistence qui n’est pas un slogan de colloque, mais une mémoire vécue. Être un patriote marocain n’est pas l’obstacle à cette histoire : c’en est la raison.
Alors quand on s’étonne qu’un musulman royaliste écrive sur l’héritage judéo-marocain et sur le dialogue entre Rabat et Jérusalem, je souris. Je ne fais que rester fidèle à ce que le Maroc a toujours su faire, et qu’il fait de nouveau, sous nos yeux, avec plus d’audace qu’on ne le croit.
Je n’écris donc ni pour plaire ni pour provoquer. J’écris parce que cette histoire est la mienne, et qu’elle mérite mieux que les caricatures — les flatteuses comme les hostiles.
Cette série sera faite de cela : des portraits, des décryptages, quelques vérités qui dérangent les deux bords à la fois. On me rangera encore dans des cases. Qu’on essaie. Je n’y entre pas — et c’est, au fond, tout ce qu’il faut retenir de moi.
Le Mossad, lui, n’a toujours pas appelé.
Vous voulez aller plus loin ? Mes livres se lisent, mes conférences se vivent, mes partenariats se construisent. Tout commence ici : pinktarbouche.com.
