Impasse politique, Israël dans la m…

Les travailleurs de la Commission électorale centrale comptent les bulletins de vote restants au parlement israélien à Jérusalem, après les élections générales, le 25 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Les travailleurs de la Commission électorale centrale comptent les bulletins de vote restants au parlement israélien à Jérusalem, après les élections générales, le 25 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

A certains moments, il faut être vulgaire pour marquer la désapprobation face à une classe politique qui n’arrive pas à s’entendre pour résoudre le problème de la gouvernance. Il est impossible de comprendre l’inconséquence des partis qui laissent le pays sans budget et sans gouvernement stable. L’intérêt personnel transcende l’intérêt de l’État en pleine crise sanitaire, économique et sociale.

Les dirigeants ont marqué, un peu dans l’urgence, leur préférence auprès du président de l’État sans donner une majorité claire. Netanyahou a obtenu 52 recommandations, Lapid 45 et Bennett 7, loin des 61 sièges exigés. Les deux partis arabes et plus étonnant encore Gideon Saar se sont abstenus.

Pour Bennett et Saar il s’agit soit d’un manque de courage évident car après avoir matraqué le Premier ministre dans leur discours, ils ont choisi l’incertitude pour marquer en fait l’échec de leurs résultats, soit d’une posture calculée. Ils s’attendaient à dépasser les dix sièges, voire 15 comme au début de la campagne mais ils sont tombés dans un trou électoral qui les a laissés amers au point de punir les électeurs, et surtout le pays. Les résultats auraient pu les rendre plus pragmatiques en choisissant l’un ou l’autre des camps, mais ils ont préféré la solution honteuse du «moi ou le chaos».

Réouven Rivlin a voulu faire les choses dans la transparence en recevant les délégations des partis face aux médias, volontairement pour montrer leur inconséquence mais il les a poussés à ne pas sortir de leur ligne prédéfinie. Dans le secret des alcôves, il aurait pu les convaincre d’agir pour le bien du pays, aurait pu arbitrer certains choix, aurait pu conseiller certaines vedettes déchues à se montrer plus nobles.

Mais face à la presse, les politiques devaient se montrer inflexibles dans leurs convictions quitte à prolonger indéfiniment la crise politique. Trop de transparence tue la négociation politique. Comme dans tout choix, il fallait imposer aux partis deux options mais les leaders pouvaient difficilement se déjuger face aux caméras.

Ayelet Shaked est arrivée en retard au rendez-vous présidentiel. En communication avec son chef de parti Bennett qui négociait encore avec Lapid, elle a passé plus de temps dans sa voiture que dans le bureau du président, repoussant jusqu’à la dernière minute l’instant où elle devait faire part de son choix. Il en était de même du parti Nouvel espoir de Saar qui faisait le lien entre Lapid et Bennett et qui dans le doute des résultats des négociations secrètes a préféré choisir la neutralité.

Dans une disposition optimiste, il semble que Bennett, Saar et Lapid aient préféré la stratégie de la solution du recours après un éventuel échec de Netanyahou à constituer en premier son gouvernement. Tel Zorro, ils arriveraient en sauveurs, proposant un gouvernement d’union pour résoudre une situation désespérée en faisant comprendre qu’il était temps qu’Israël sorte de la m…

Il s’agit de mieux faire admettre à la population des décisions incongrues comme celle de désigner comme Premier ministre un leader qui n’a obtenu que 7 sièges sur 120. Ou alors faire admettre la participation des partis arabes au gouvernement. La magouille politique est en marche.

C’est soit cette solution bancale soit de nouvelles élections avec un milliard de dollars supplémentaires en frais de scrutin. L’opposition veut exploiter en fait le délai de 28 jours offert à Netanyahou pour peaufiner les négociations car le partage des portefeuilles est une autre quadrature du cercle sachant que Lapid exige un gouvernement resserré de 15 à 18 ministres. Par ailleurs le procès de Netanyahou, imposant trois jours par semaine de débats, viendrait à point nommé pour fragiliser le Premier ministre.

Sauf si le président Rivlin crée la surprise, l’opposition prend cependant le risque de donner au premier ministre l’occasion d’exceller dans ses combines électorales en débauchant quelques «traitres» comme il l’a fait en 2020. L’attrait d’un portefeuille ministériel rend les impétrants moins exigeants sur leurs principes. On sait que Bennett est un dirigeant fragile, conscient de ses faiblesses et de ses limites ; il pourrait sauter le pas si Netanyahou mettait le prix pour satisfaire son ambition démesurée mais non justifiée.

Et pour faciliter la prise de décision des dirigeants politiques, un sondage vient bien à propos pour menacer la droite car, en cas de 5ème tour, le Likoud ne recueillerait que 29 sièges contre 21 à Yaïr Lapid, un bon moyen pour préciser que le temps joue en faveur de l’opposition.

Quatre semaines de plus dans l’incertitude, un délai minime face aux deux années de tergiversations politiques. Quatre semaines pour convaincre aussi Netanyahou qu’il devrait enfin passer la main en échange d’un pont d’or, la présidence de l’État. Mais il n’est pas dirigeant à accepter d’inaugurer les chrysanthèmes !

Article initialement paru dans Temps et Contretemps

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
Comments