Il y a 38 ans, l’attentat de la rue Copernic

C’est arrivé il y a 38 ans. Difficile d’oublier. Certes, on a connu les attentats des dernières années contre tout ce qui est juif en France, et plus loin encore dans le passé des attentats contre le restaurant juif « Goldenberg » de la rue des Rosiers, ainsi que des profanations de cimetières juifs.

Et surtout l’assassinat du diplomate Israélien Yaacov Barsimantov. Mais j’estime que le tournant significatif et symbolique avait eu lieu déjà au cours de la deuxième moitié du siècle précédent : l’attentat meurtrier de la rue Copernic à Paris en 1980. Un bref rappel :

Cet attentat antisémite à la bombe du 3 octobre 1980, à 18h38, dirigé contre la synagogue de l’Union libérale israélite de France, rue Copernic à Paris, fait quatre morts et une quarantaine de blessés : les victimes étaient Jean Michel Barbé, Philippe Bouissou, Hilario Lopez Fernandez, Aliza Shagrir.

Madame Shagrir, israelienne, épouse d’un célèbre producteur de documentaires, Micha Shagrir, était invitée ce soir avec son mari chez une amie habitant à proximité de la Synagogue. Elle s’etait proposée d’aller acheter des fruits secs pour le repas dans une épicerie de la rue Copernic. En s’y rendant l’engin a explosé.

L’explosif d’une dizaine de kilos dans une sacoche de moto, aurait pu causer encore davantage de victimes s’il avait fonctionné quelques instants plus tard : en cette veille de shabbat, la synagogue serait pleine.

Devant le choc et l’indignation une manifestation spontanée de plusieurs milliers de personnes se tient devant la synagogue, puis part sur les Champs-Élysées. Tandis que d’autres manifestations de protestation ont lieu dans des villes de province. Le 7 octobre 1980, une manifestation voit défiler 200 000 personnes entre Nation et République. Plusieurs députés s’y joignent, tous partis confondus.

Le Premier ministre, Raymond Barre, choque le 3 octobre en déclarant sur TF1 : « Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic », lapsus que ses propos du 8 octobre à l’Assemblée nationale, assurant ses « compatriotes juifs » de la « sympathie de l’ensemble de la nation », n’effaceront pas des mémoires.

L’ambassadeur Israélien Meir Rosenne ayant protesté face à face avec M. Barre, celui-ci a tenté d’expliquer qu’il était sur le point de prendre l’avion et fut interrogé à l’improviste, et l’ambassadeur de réagir : « C’est encore plus grave ».

Peu avant sa mort en août 2007, Raymond Barre a imputé cette campagne de protestations au « lobby juif ».

Moins d’une heure après l’attentat, un correspondant anonyme téléphone à l’Agence France-Presse pour revendiquer l’attentat au nom des Faisceaux nationalistes révolutionnaires, un groupuscule d’extrême droite, reconstitution de la Fédération d’action nationale et européenne (FANE), organisation dissoute par le gouvernement le 3 septembre. Les défilés prennent prioritairement pour cible le gouvernement de droite alors au pouvoir. Le samedi 4 octobre, le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS) organise un défilé aux cris de « Bonnet, Giscard, complices des assassins ! »

La police comme la DST ont cependant très tôt la certitude que la FANE n’est pas en mesure d’avoir commis l’attentat et privilégient la piste moyen-orientale. En novembre une note de la police criminelle allemande transmise à Paris, précise que l’attentat a été commis par un commando de cinq personnes venues du Liban.

Pendant des années, les auteurs de l’attentat n’ont pas été retrouvés.  La police a pu pourtant établir un portrait-robot du poseur de bombe : un homme moustachu, de type arabe, d’une taille d’environ 1,70 m[7]. Cet homme utilisait un passeport chypriote au nom d’Alexander Panadriyu et avait acheté la moto utilisée pour l’attentat à ce nom.

Ce n’est qu’en 2007 que le juge d’instruction Marc Trévidic a délivré une commission rogatoire internationale aux États-Unis pour un suspect palestinien ayant vécu aux États-Unis et au Canada. Chef présumé du commando, il a été identifié grâce aux archives du FPLP-OS, hostile à Yasser Arafat et au Fatah, transmises par l’Allemagne à la France. Ce suspect, Hassan Diab, d’origine palestinienne, âgé aujourd’hui de 59 ans, possède la double nationalité libanaise et canadienne. La justice française a également obtenu de l’Italie un passeport utilisé par cet homme et dont la photo ressemblerait au portrait-robot.

Hassan Diab, professeur de sociologie à Ottawa, diplômé de sociologie de l’Université de Syracuse (États-Unis), a été arrêté le 13 novembre 2008 à Gatineau, dans la province du Québec dans le cadre d’un mandat d’arrêt international délivré début novembre 2008 par deux juges parisiens. Il est soupçonné d’avoir confectionné et posé la bombe de l’attentat de la rue Copernic ainsi que d’avoir participé à l’attentat qui a visé en octobre 1980 la bourse du diamant d’Anvers. Les charges contre lui reposent sur le portrait-robot établi grâce à une prostituée avec laquelle il a passé la nuit et une analyse graphologique soulignant que l’écriture de Hassan Diab est similaire à celle d’une fiche d’hôtel.[…]

La procédure d’extradition lancée par la France a été contestée car les procédures d’extradition entre les deux pays ne sont pas réciproques, et que, selon l’avocat de Diab, la France ne semble pas détenir de preuves suffisantes pour engager un procès contre son client. Remis en liberté fin mars 2009 sous de très strictes conditions, Hassan Diab doit notamment porter un bracelet électronique.

Le tribunal autorisa son extradition en juin 2011 et le ministre de la Justice canadien Rob Nicholson signa son ordre d’extradition le 4 avril 2012. Hassan Diab a fait appel de cette décision mais en fin de compte il a été extradé en novembre 2017. Emprisonné en France sa détention avait ouvert l’une des plus longues procédures judiciaires, établissant que Diab était effectivement responsable de l’attentat et devrait être jugé..

Donc, justice devrait être faite, mais elle attend. Combien de temps ?

à propos de l'auteur
Israélien deuxième génération, Gil a fait des études de Droit en Israël. Après son service militaire, il est diplômé de Sciences Po. Paris. Ancien diplomate à l'ambassade d'Israël à Paris. Journaliste professionnel, francophone. A travaillé par le passé, au Maariv de Tel aviv et dans la presse française, notamment pour "L'Aurore" et "Tribune Juive". Il est en parallèle actuellement bloggeur sur Huffingtonpost.fr et collaborateur à la Radio Israélienne
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