IA et emploi : le danger et les solutions

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Photo Immo Wegmann, Unsplash

Je l’avoue : la première fois que j’ai entendu un grand patron de la finance annoncer qu’il embaucherait « plus d’IA et moins de banquiers », j’ai eu un frisson. Pas par peur de la technologie — j’ai vécu et travaillé dans cinq pays, j’ai traversé bien des bouleversements, et j’ai appris à ne jamais tourner le dos au progrès. Mais parce que derrière cette petite phrase se cache une question qui me tient à cœur : qu’allons-nous faire de l’homme dans tout cela ?

On parle beaucoup des emplois que l’IA pourrait supprimer. C’est vrai, et les premiers exposés sont les métiers répétitifs, ceux où l’on répète chaque jour le même geste devant un écran. Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail le sentent déjà : dans certains secteurs, les portes se referment.

Mais ce qui m’inquiète le plus n’est pas tant la disparition de postes que quelque chose de plus discret : la déqualification. Quand la machine décide et que l’humain se contente d’exécuter, le savoir-faire s’efface, l’autonomie recule, et le travailleur devient interchangeable. J’ai passé vingt-cinq ans dans l’export, le luxe, le prêt-à-porter — je sais ce que vaut un savoir-faire, et combien il est long à construire et rapide à perdre.

L’avertissement du pape Léon XIV

Je n’ai pas été surprise que le pape Léon XIV consacre sa première encyclique, Magnifica Humanitas, à cette question. En reprenant le nom de Léon XIII — celui de Rerum Novarum, face à la première révolution industrielle — il nous dit qu’une nouvelle révolution est là, et qu’elle met à l’épreuve « la dignité humaine, la justice et le travail ».

« Désarmer ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. »

Cette phrase, je la fais mienne. Le pape dénonce aussi ces « nouvelles formes d’esclavage » : ces travailleurs invisibles, payés une misère pour nourrir les algorithmes, et une collecte de données qui « creuse le fossé entre les inclus et les exclus ». La technologie n’est jamais neutre. Elle a besoin de règles, de surveillance, et surtout d’une conscience.

Ce en quoi je crois : il faut redonner sa fierté au travail manuel

Je ne suis pas pessimiste. Au contraire. Je crois qu’il existe des chemins très concrets, et le premier me tient particulièrement à cœur : rendre toute leur place, et toute leur fierté, aux métiers manuels.

Le plombier, l’électricien, l’artisan, le maçon, le soignant, le cuisinier, l’agriculteur : ces métiers du geste, de la présence et de l’adaptation resteront hors de portée des robots pendant des décennies. Nous avons trop longtemps regardé ces métiers de haut, comme un second choix derrière les emplois de bureau. C’est une erreur. Ce sont eux, demain, qui tiendront debout face à la machine. Ils méritent un meilleur salaire, et surtout le respect.

À côté de cela, je crois aux métiers complexes, ceux qu’on a du mal à décrire parce qu’ils changent chaque jour et reposent sur le jugement, la créativité, la relation humaine. Je crois aux secteurs qui vont grandir : le médical, l’énergie, tout ce qui demande des mains, du terrain, une présence humaine. Et je crois qu’il faut apprendre à se servir de l’IA — sans jamais en devenir dépendant — plutôt que de la subir en râlant.

Enfin, je suis convaincue que rien de tout cela ne se fera sans volonté politique. Réguler ne suffit pas. Il faut se battre pour que cette révolution serve l’humanité, et non le pouvoir de quelques-uns — ici comme pour nos compatriotes établis loin de chez eux, que l’on oublie trop souvent.

En conclusion, l’intelligence artificielle ne condamne pas le travail humain. Elle nous oblige à le repenser, et peut-être à redécouvrir ce qui fait sa valeur. Le vrai danger n’est pas la machine : c’est la tentation d’oublier l’homme derrière elle. Si nous savons valoriser nos métiers manuels, défendre la dignité du travailleur et garder la main sur la technologie, alors cette révolution sera une chance, pas une menace.

C’est, au fond, tout le sens de l’appel de Léon XIV : bâtir « une humanité magnifique », où le progrès reste au service de la personne.

à propos de l'auteur
Marianna Rocher est responsable de la 8ème circonscription des Français de l'étranger pour le Rassemblement National et candidate RN aux élections législatives. Professionnelle distinguée avec une expérience internationale approfondie sur trois continents, alliant expertise en économie, gestion de l'industrie du luxe et diplomatie culturelle. D'origine ashkénaze par lignée maternelle (Kapustiansky), avec un héritage politique notable à travers un arrière-grand-père qui fut un dirigeant politique important. Diplômée en économie avec un MBA de la prestigieuse École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC), forte d'une carrière de 20 ans dans l'industrie du luxe et de la mode, incluant la propriété d'une unité de production française. Expérience auprès de l'UNESCO apportant une perspective unique sur la diplomatie culturelle et les relations internationales, ainsi qu'une expertise en transformation digitale dans le secteur des arts. Parcours d'expatriée en Afrique et en Russie, actuellement établie dans le nord de l'Italie depuis 2019. Maîtrise parfaite de plusieurs langues et cultures. Actuellement Présidente de l'UFE (Union des Français de l'Étranger) du nord de l'Italie et auteur de trois ouvrages publiés, active dans l'organisation communautaire et la diplomatie culturelle.
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