Hypothèses électorales et post-électorales

© Stocklib / erika8213
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La prévision politique est un art difficile et en dépit de tous les sondages, de tous les commentaires, les élections dépendent des électeurs. Ce truisme est encore plus vrai au pays de la représentation proportionnelle intégrale et de la fragmentation partisane en formations ethniques et sectorielles.

Malgré toutes les incertitudes, et au risque d’être bousculés par les évènements, on connaît déjà plus ou moins le résultat des élections du 1er novembre. Le Likoud restera le premier parti du pays avec une trentaine de sièges, Yesh Atid du Premier ministre, Yaïr Lapid, sera second avec une bonne vingtaine de députés, l’extrême droite troisième avec une douzaine de mandats ex-aequo avec le parti de Benny Gantz, ce « Camp de l’Etat » (Ha Mahané ha Léoumi) qui regroupe des personnalités de droite et de gauche.

Les deux partis ultraorthodoxes, Shas et Yaadout ha Thora, totaliseront une quinzaine de sièges. Ce sont les scores des petits partis qui restent difficiles à prévoir d’autant que les deux formations arabes sont créditées chacune de 4 sièges, seuil au-dessous duquel elles seraient éliminées. En fait, tout dépend du taux de participation.

S’il est supérieur au précédent de 2021 (67,44%), tous les espoirs restent permis  pour Yaïr Lapid car il résulterait d’une mobilisation des électeurs de gauche et des Arabes.

En deçà, c’est Binyamin Netanyahou qui bénéficierait de l’élimination probable de l’une des deux listes arabes. En tout état de cause, le scrutin pourrait être serré, ce qui laisserait au président de l’Etat, Itzhak Herzog, toute latitude pour faire pression sur les chefs de partis.

Il a déjà fait savoir haut et fort qu’il aimerait bien voir se constituer un gouvernement de large union. Ce qui en langage clair, signifierait un gouvernement groupant la présente coalition et le Likoud, mais sans Binyamin Netanyahou. Car pour les gouvernants actuels, le chef de l’opposition est persona non grata.

On dit ici où là que nombre d’élus du principal parti de droite seraient prêts à sacrifier leur grand leader afin de retrouver les allées du pouvoir. L’hypothèse n’est pas à exclure. Elle ouvrirait une nouvelle ère de l’histoire d’Israël qui s’écrirait alors sans Bibi, celui qui a dominé de la tête et des épaules la scène politique pendant des décennies. Une coalition nettement majoritaire garantirait la stabilité gouvernementale… et la multiplication des conflits au sein d’une équipe faite de bric et de broc.

Car, au-delà des hypothèses, on peut avoir une certitude : avec un  système électoral à bout de souffle et un grand nombre de groupes parlementaires, la crise politique ne risque pas d’être absente des travaux de la XXVème Knesset.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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