Hommage au Rav Haïm Drukman, la conversion de Myriam

Le rabbin Chaim Drukman au lancement de la campagne du parti Yamina, le 12 février 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)
Le rabbin Chaim Drukman au lancement de la campagne du parti Yamina, le 12 février 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

31-8-1994 – 23 eloul, 5754.

Ce jour restera à jamais gravé dans ma mémoire et celle de ma future épouse Myriam. Ce jour, certainement l’un des plus importants de notre vie commune, est celui de notre mariage religieux au Merkaz Shapira dans le sud d’Israël.

Le matin même, mon épouse Myriam et nos trois filles Rivka, Rachel et Devorah s’étaient immergées dans les eaux pures du Mikveh. Le Rav Haïm Drukman (Zatsal), le premier des dayanim [juges rabbiniques] avait octroyé, quelques semaines plus tôt, son aval à la conversion de Myriam.

Ce sera lui aussi qui nous unira KeDat Moshe VeIsraël [selon la loi de Moïse et d’Israël] sous la Houppa dressée dans son jardin. Je me rappelle avoir apposé ma signature au bas de la Ketouba, l’acte de mariage en présence de nos deux témoin le Rav Haïm Drukman en personne accompagné de son plus proche ami et dayan lui-même le Rav Yoseph Avior.

Le Rav Yoseph Avior, malheureusement décédé lors d’un tragique accident de voiture en 2019, a  vite été convaincu par le choix  de Myriam de se convertir. Il décidera de la présenter au Rav Haïm Drukman et nous lui en sommes infiniment reconnaissants.

Entouré des nôtres et de nombreux étudiants de la Grande Yeshiva Or Etsion entonnant a cappella des chants de Jérusalem, le Rav Haïm Drukman nous a unis par les sept bénédictions d’usage dans la cour de sa maison. La joie et l’émotion étaient, alors, à leur comble. Les familles respectives se sont réunies pour se souhaiter Mazal tov.

Une nouvelle famille venait de naître en Israël.

Le Rav Haïm Drukmann, l’un des plus grands maîtres à penser du sionisme religieux en Israël vient de nous quitter à l’âge de 90 ans. Il aimait profondément le Guer et a converti, en huit ans, plus de 50 000 personnes, dont mon épouse.

Sa vision, relevant de l’avenir de la Nation d’Israël comme il l’avait expliqué à maintes reprises, avait pour dessein de sauver les juifs de l’assimilation en Israël et de permettre aux prétendants sincères à la conversion de rejoindre le peuple d’Israël sans entrave, toujours dans le plus strict respect de la Halakha juive.

Les nombreuses et virulentes tentatives menées par quelques membres de la communauté ultra-orthodoxe pour annuler les conversions du Rav Haïm Drukman n’aboutiront pas. Le Rav Haïm Drukman disait que la meilleure réponse à ses détracteurs était de multiplier les classes de conversion. Il suivait en cela la philosophie du Grand-Rabbin Avraham Itshak HaCohen Kook, en préférant rajouter de la lumière, là où l’obscurité semblait parfois régner.

Le Rav Haïm Drukman, lauréat du prestigieux prix d’Israël (2012) couronnant l’œuvre d’une vie entière, disciple du Rav Tzi Yehouda HaCohen Kook, le fils d’Avraham Itshak Kook, laisse un héritage considérable dans le domaine de la pensée sioniste considérée dans sa perspective spirituelle.

Le Rav Haïm Drukman demeure pour beaucoup d’entre nous un maître non seulement en raison de son érudition et de sa mémoire phénoménale, mais essentiellement en raison de son attitude d’homme humble, indulgent, compréhensif et capable d’être à l’écoute de chacun d’entre nous. La grandeur du Rav Haïm Drukman réside dans le fait qu’il faisait le consensus dans la société israélienne. Il aimait l’ensemble du peuple d’Israël et l’ensemble du peuple l’aimait également.

L’association Ami [Mon peuple] créée par le Rav Haïm Drukman poursuit ses efforts afin que la conversion soit ouverte gratuitement à toutes celles et à tous ceux, qu’ils soient d’Israël ou même du reste du monde, qui aspirent sincèrement à lier leur vie spirituelle et physique au peuple d’Israël.

« Ton peuple est mon peuple, ton Seigneur est mon Seigneur ! » (Ruth 1 : 16).

Puisse la mémoire du Rav Haïm Drukman être une source de bénédictions pour tout Israël !

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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