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‘‘Heureux comme un Juif en France !’’ – Pourquoi le rêve s’est-il brisé ?

Illustration - Un policier français gardant la synagogue de Biarritz, dans le sud-ouest de la France, le 13 janvier 2015 (AP Photo / Bob Edme)
Illustration - Un policier français gardant la synagogue de Biarritz, dans le sud-ouest de la France, le 13 janvier 2015 (AP Photo / Bob Edme)

Le Centre Wiesenthal avait choisi d’ouvrir son bureau à Paris car la France abritait – et abrite toujours – les plus grandes communautés juive et musulmane d’Europe. Bien que le recensement religieux n’ait pas sa place dans les statistiques françaises officielles, on estime que quelque cinq cent mille juifs et plus de quatre millions de musulmans vivent en France.

Malgré l’affaire Dreyfus de 1894 qui a révélé un grand schisme entre ses partisans et les antisémites, malgré le rôle collaborationniste joué par le gouvernement de Vichy dans la traque des Juifs et la déportation de plus de soixante-seize mille d’entre eux vers les camps de la mort, le dicton « Heureux comme un Juif en France » persistait toujours.

Dans les années 1960, la décolonisation de l’Afrique du Nord et l’instauration de gouvernements nationalistes arabes ont entraîné des actes de violence qui ont envoyé de nombreux Juifs à Paris, Marseille et dans d’autres villes de l’Hexagone.

Les choses allaient relativement bien dans les années 1970, mais tout s’est effondré à la fin de 1979, avec l’attentat à la bombe d’une cafétéria universitaire (co-gérée par le Crous et le Foyer israélite) accueillant des étudiants juifs à Paris, suivi, en 1980, de l’attentat à la bombe de la rue Copernic et, en 1982, de la fusillade de la rue des Rosiers. Ces attaques ont été perpétrées par des terroristes venus du Moyen-Orient, avec une aide locale. C’était aussi la période des détournements d’avions et d’un intense terrorisme politique, qui a pris fin grâce à des mesures de répression du gouvernement.

Quelque vingt ans plus tard, la scène avait changé, alors que de jeunes musulmans radicalisés natifs de France rejouaient l’Intifada palestinienne : « les Israéliens » étaient leurs voisins juifs ciblés comme « riches ». Une combinaison d’opportunités financières et de violence a amené de jeunes Juifs à quitter la France, principalement pour Londres, Montréal, Miami et Israël.

Ilan Halimi, enlevé et assassiné en 2006. (Crédit : autorisation de Stephanie Yin/JTA)

Comme les agressions s’amplifiaient – de l’enlèvement, la torture et le meurtre d’Ilan Halimi en 2006 à la tuerie islamiste d’un « loup solitaire » en 2012 dans une école juive de Toulouse, de l’assassinat d’otages dans le supermarché Hyper Cacher de Vincennes en 2015 aux abominables meurtres antisémites de Sarah Halimi en 2017 et de Mireille Knoll, survivante de la Shoah, en 2018 –, les Juifs sont partis en plus grand nombre pour Israël. D’autres, qui vivaient dans des banlieues, ont déménagé dans les grandes villes, qui ont vu un afflux de population juive à la recherche d’un environnement plus sécuritaire.

Après les attentats de janvier 2015, le président Hollande avait posté des unités militaires devant toutes les institutions juives. Deux ans plus tard, ils avaient été retirés. Lors d’une réunion que j’avais eue avec le ministre de l’Intérieur, je l’ai supplié de répéter ces mots lors de la commémoration de l’Hyper Cacher : « Il y a deux mille policiers en civil dans la foule. » Je lui ai dit : « Monsieur le Ministre, après le départ des soldats, veuillez annoncer qu’il y a toujours des agents en civil, même s’il n’y en a pas. » Il a accepté, mais n’a pas donné suite.

Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) faisait état en 2022 d’une augmentation de 75 % des incidents antisémites par rapport à l’année précédente et d’une peur croissante de la violence qui s’ensuit. Une situation qui risque d’engranger un plus grand nombre de départs de Juifs de France, mais une grande majorité de la communauté restera. La question est de savoir si elle se sentira à nouveau « heureuse comme un Juif en France » !

à propos de l'auteur
Né à Londres. Etudes universitaires à Jérusalem, Philadelphie, Londres et Tokyo. Directeur pour l'Europe de l'Anti-Defamation League (1980-1986), Directeur pour Israël (1986-1988), Directeur des Relations Internationales du Centre Simon Wiesenthal depuis 1988. Chair du Journal for the Study of Antisemitism, Prix Jabotinsky de 2014, Légion d'Honneur du Président Jacques Chirac, éditeur de La Haine Générique : Essais à la Mémoire de Simon Wiesenthal (publié en anglais, français, espagnol et russe) et actuel directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal.
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