Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël achève sa mission…

Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël va bientôt quitter son poste de Tel Aviv pour une destination tout aussi méditerranéenne et ensoleillée. Elle ne sera pas très dépaysée… Il s’agit, si je ne m’abuse, de la capitale du Maroc.

Je suis sûr que de nombreux Français de Tel Aviv et d’ailleurs la regretteront beaucoup. C’est une diplomate de grande classe qui s’occupait précédemment de l’Afrique dans la cellule diplomatique à l’Elysée.

On ne comprendrait pas que je ne fasse pas allusion à la difficulté des relations franco-israélienne, qui font penser aux relations parfois exacerbées au sein d’un couple : les Français de confession juive, surtout ceux qui ont émigré en Israël, se plaignent de ce qu’ils considèrent comme un injustifiable déséquilibre de la politique de leur pays envers Israël. Ils déclarent ne pas admettre ce tropisme pro-arabe du Quai d’Orsay.

Mais avec sa grâce et son charme, mais aussi son sens inné de la diplomatie, Hélène Le Gal a réussi à transcender ce reproche (fondé ou infondé) et à déployer une énergie considérable pour développer une coopération déjà abondante et ancienne dans de très nombreux domaines. Et son riche bilan l’atteste largement.

Il me serait impossible d’évoquer en détail tout ce que cette diplomate de grande classe a accompli durant sa mission dans l’Etat hébreu. J’ai eu l’honneur de la voir à l’œuvre dans sa belle résidence de Jaffa où elle recevait un groupe de professeurs et de chercheurs français.

Elle avait pris ses fonctions peu avant les obsèques de Shimon Pérés, auxquelles assistèrent le président en exercice de l’époque François Hollande et son prédécesseur, le président Nicolas Sarkozy. Les deux chefs de l’Etat s étaient accompagnés d’une délégation de 70 personnes.

Hélène Le Gal avait eu aussi la charge d’organiser cette magnifique saison croisée France / Israël pour le soixante-dixième anniversaire de l’Etat d’Israël. Des centaines d’événements se déroulèrent dans les deux pays et couvrirent d’innombrables domaines. Ce fut une réussite saluée par un public unanime. On estime à près d’un million le nombre de personnes qui eurent la joie de prendre part aux célébrations.

Malgré les fâcheries ou les bouderies qui ont caractérisé ces relations bilatérales, la France et Israël ont toujours éprouvé une tendresse particulière l’un pour l’autre. Certains citoyens français qui vivent en Israël, ou tant d’autres qui vivent en France, acceptent très mal ce qu’ils estiment être un traitement trop partial en faveur des voisins d’Israël…

Ce n’est pas si grave que cela puisque les relations entre les deux pays ont atteint un rare degré de développement. Il existe d’invariables réalités ; de la Realpolitik : la France se veut une puissante méditerranéenne et il existe près de vingt-deux Etats arabes ou musulmans, face à un seul Etat juif.

Mais Hélène Le Gal a réussi à redonner confiance à une population inquiète. Et ceci n’est pas le moindre de ses mérites.

A l’occasion de cette date du soixante-dixième anniversaire de l’Etat juif, le président israélien Reuven Rivlin a effectué une visite d’Etat en France ou un dîner d’Etat fut donné en son honneur à l’Elysée. A cette occasion, le président de la République passa en revue toutes ces décennies d’amitié et de coopération.

Mais il y eut bien plus : Un fait absolument sans précédent avait marqué les esprits en juillet 2017 : lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, la France eut la délicatesse d’inviter à la cérémonie le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Quand on connaît la douleur des juifs à ce sujet, la police de leur pays, la France, procédant à leur interpellation pour complaire aux vœux de l’Occupant nazi, on mesure bien ce que cet acte signifie pour eux et leurs descendants.

La coopération scientifique et culturelle entre les deux pays est bien connue et Hélène Le Gal les a développées et approfondies. Plus d’une dizaine de contrats furent signés avec des universités française durant la mission de Madame Le Gal. Même si les USA et les pays d’Asie du sud-est se taillent de belles parts de marché dans le domaine économique, l’ambassadrice a favorisé l’implantation de grandes marques françaises dans l’Etat hébreu.

Durant la mission de l’ambassadrice, le volume de l’Aliya a un peu baissé : en trois ans, on est passé de huit mille à trois mille candidats au départ. Le devons-nous au sentiment de quiétude développée par l’ambassadrice ?

Madame Le Gal a aussi pris à cœur de pousser des dossiers qui étaient en suspens depuis des années, comme, par exemple, l’équivalence des diplômes dans le domaine médical, notamment. Sans oublier l’homologation des permis de conduire.

En gros, un bilan tout à fait honorable tant il est considérable ! Les femmes en diplomatie réussissent parfois mieux que les hommes. Par-delà cette considération de bon sens, il faut reconnaître que la politique française au Proche Orient et notamment dans le conflit d’Israël avec ses voisins, nombreux sont ceux qui souhaitent voir la France rééquilibrer son attitude et ses positions…

Mais cette remarque n’enlève rien aux grands mérites d’une dame qui a très bien réussi dans sa mission en Israël. Un souhait toutefois : qu’Hélène Le Gal continue de revenir en Israël où elle compte tant d’amis.

Je lui souhaite aussi du fond du cœur un grand succès à Rabat où la résidence de l’ambassadeur de France est d’une grande beauté.

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
Comments