HaTikva, un hymne biblique (partie 2)

© Stocklib / vvvita
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La HaTikva « הַתִּקְוָה », le chant rédigé en Ukraine ou en Roumanie, en 1878 et achevé en 1884 par Naftali Hertz Imber (1856-1909) et appelé à devenir l’hymne national de l’Etat d’Israël, s’enracine profondément dans la Tradition hébraïque et le TaNaKh (Bible hébraïque).

L’hymne de la HaTikva (« L’Espérance ») établit un lien entre le passé, le languissement des Juifs à retourner sur la terre de leurs ancêtres, Erets Israël et le futur, la réalisation de la promesse divine du grand retour.

Le texte se compose de deux premières strophes écrites (sur 9 originales) par Naftali Hertz Imber. Le chant initialement intitulé « Tikvaténou » (Notre Espérance) devient, après moultes modifications, « HaTikva » (L’espérance). Ce texte s’inscrit dans le mouvement de la Renaissance nationale du peuple d’Israël sur sa terre, Erets Israël.

La première strophe s’inspire du poète et philosophe de l’Age d’Or espagnol Rabbi Yehouda HaLévi (1075-1141) qui exprime dans son très beau poème « Libi BaMizra’h » la nostalgie de la terre d’Israël :

« לִבִּי בְמִזְרָח וְאָנֹכִי בְּסוֹף מַעֲרָב »

« Mon cœur se trouve en Orient alors que mon être est aux confins de l’Occident. »

כֹּל עוֹד בַּלֵּבָב פְּנִימָה

Aussi longtemps qu’au fond de nos cœurs

נֶפֶשׁ יְהוּדִי הוֹמִיָּה,

Vibrera l’âme juive,

וּלְפַאֲתֵי מִזְרָח, קָדִימָה,

Et que, vers les confins du lointain Orient

עַיִן לְצִיּוֹן צוֹפִיָּה,

Notre regard sur Sion est fixé,

 

Nous pouvons également y voir l’influence des Psaumes :

יב מַה-תִּשְׁתּוֹחֲחִי נַפְשִׁי וּמַה-תֶּהֱמִי עָלָי:
הוֹחִילִי לֵאלֹהִים כִּי-עוֹד אוֹדֶנּוּ יְשׁוּעֹת פָּנַי וֵאלֹהָי. (תהלים מב: יב)

12 Pourquoi es-tu affaissée, mon âme ? Pourquoi t’agites-tu dans mon sein ? Mets ton espoir en Dieu, car j’aurai encore à le louer, lui, mon sauveur et mon Seigneur ! (Psaume 42 : 12).

Puis la seconde strophe se fonde sur l’édifiante « Vision des Ossements desséchés » extraite du livre d’Ezéchiel :

עוֹד לֹא אָבְדָה תִּקְוָתֵנוּ

Notre Espérance n’est pas encore perdue,

הַתִּקְוָה בַּת שְׁנוֹת אַלְפַּיִם

L’Espérance vieille de deux mille ans

לִהְיוֹת עַם חָפְשִׁי בְּאַרְצֵנוּ

D’être un peuple libre sur notre terre

אֶרֶץ צִיּוֹן וִירוּשָׁלַיִם

La terre de Sion et de Jérusalem

Voici version originale écrite par Naftali Hertz Imber :

עוֹד לֹא אָבְדָה תִּקְוָתֵינוּ

Notre Espérance n’est pas encore perdue

הַתִּקְוָה הַנוֹשָׁנָה

L’Espérance d’antan

מִשׁוּב לְאֶרֶץ אֲבוֹתֵינוּ

Du Retour au pays de nos pères

לָעִיר בָּהּ דָוִד חָנָה

Dans la Cité où David campa

Naftali Hertz Imber, s’inspirant du chapitre 37 du livre d’Ezéchiel, modifie le texte biblique original. En effet, dans ce verset d’Ezéchiel, les fils d’Israël perdent réellement espoir « וְאָבְדָה תִקְוָתֵנוּ notre espoir est perdu », tandis qu’il annonce la résurrection du peuple d’Israël en Erets Israël :

יא וַיֹּאמֶר אֵלַי בֶּן-אָדָם הָעֲצָמוֹת הָאֵלֶּה כָּל-בֵּית יִשְׂרָאֵל הֵמָּה הִנֵּה אֹמְרִים יָבְשׁוּ עַצְמוֹתֵינוּ וְאָבְדָה תִקְוָתֵנוּ, נִגְזַרְנוּ לָנוּ. (יחזקאל לז: יא)

11 Alors Il [L’Eternel] me dit : « Fils de l’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Ceux-ci disent : « Nos os sont desséchés, notre espoir est perdu, c’est fait de nous ! » (Ezéchiel 37 : 11).

Cependant, Naftali Hertz Imber, écrivant environ 2500 ans après le prophète Ezéchiel, alors que la diaspora existe depuis 1800 ans et que le grand retour en Israël est d’autant plus improbable, refuse de sombrer dans le désespoir et clame « l’espérance » d’un prochain retour au Pays.

Il est également probable que Naftali Hertz Imber se soit aussi inspiré du livre de Zacharie relatant le grand retour des fils d’Israël (Shivat Tsion) à Jérusalem, au moment où ils recouvrent leur liberté et expriment leur joie et leur espérance :

יב שׁוּבוּ לְבִצָּרוֹן אֲסִירֵי הַתִּקְוָה גַּם-הַיּוֹם מַגִּיד מִשְׁנֶה אָשִׁיב לָךְ. (זכריה ט: יב)

12 Retournez dans la place forte [Jérusalem], vous qui êtes engagés dans les liens de l’espérance ! Aujourd’hui même je vous annonce que je vous paierai au double. (Zacharie 9 : 12).

Le vieux rêve que le peuple émettait de génération en génération au soir du Seder de Pessah : « l’an prochain à Jérusalem » est désormais devenu une réalité palpable :

לִהְיוֹת עַם חָפְשִׁי בְּאַרְצֵנוּ

D’être un peuple libre sur notre terre

אֶרֶץ צִיּוֹן וִירוּשָׁלַיִם

La terre de Sion et de Jérusalem

Bon anniversaire à l’Etat d’Israël !

Haïm Ouizemann

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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